Si on en juge par les articles qu’on trouve dans les médias spécialisés, l’avènement attendu, espéré et annoncé de l’informatique quantique fait clairement rêver !

Cela peut se comprendre : les promesses de gain de performances (par rapport aux ordinateurs “traditionnel”) et l’adjectif “quantique” donne tout de suite un parfum d’aventure et d’exotisme qu’on peut effectivement trouver irrésistible…

Et ça tombe bien parce que, justement, la locomotive des progrès techniques de l’électronique (la bien connue loi de Moore, voir à https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/tendances-decryptees/la-prochaine-ere-it-un-plateau) est en train de caler ou, au moins, plafonner. Il fallait trouver autre chose et l’informatique quantique nous l’apporte sur un plateau à point nommé !

La propagande s’en empare

Pas étonnant que la propagande technique s’en soit emparé au moment où le hype autour de la blockchain est retombé pour de bon (et c’est mérité, voir à https://www.silicon.fr/blockchain-desillusion-263273.html#) et que celui autour de l’IA (principalement sur le machine learning et ses dérivés) est en train de faire de même (nous allons doucement mais sûrement vers un nouvel “hiver de l’IA”, voir à http://michelvolle.blogspot.com/2019/08/est-ce-lhiver-de-lintelligence.html).

Donc, la nouvelle mode est à l’informatique quantique même si très peu de gens comprennent effectivement ce que cela veut dire et ce que cela implique… Comme Richard Feynman l’a fameusement expliqué : si vous croyez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous ne comprenez pas la mécanique quantique…

Cela n’empêche pas l’emballement habituel de nous promettre la Lune comme si la large disponibilité des ordinateurs quantiques était pour demain. Alors, certes, on voit les grands acteurs mettre en avant leurs recherches dans ce domaine et même commencer à proposer de tester ces nouveaux modes de calcul pour les plus impatients. 

https://builtin.com/hardware/quantum-computing 

Ou encore à se disputer sur qui a réussi à prouver la “suprématie quantique” le premier (voir à https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/ordinateur-quantique-ordinateur-quantique-ibm-conteste-suprematie-quantique-clamee-google-64234/).

Rien avant longtemps

Mais il ne faut pas se laisser abuser : nous sommes loin, très loin d’avoir des ordinateurs quantiques stables et utilisables avant longtemps. Longtemps mais ça fait combien “longtemps” ?

Eh bien, au moins cinq ans pour les plus optimistes et facile dix ans pour les plus réalistes (les pessimistes, eux, pensent que les ordinateurs quantiques ne peuvent être stables, carrément !). 

 

Noisy Intermediate-Scale Quantum

Donc, inutile d’attendre rien de réellement utilisable avant dix ans (comme d’habitude en fait : dix ans est le palier incompressible de disponibilité de toutes les innovations techniques et cela se vérifie depuis des décennies, voir à https://www.redsen-consulting.com/fr/inspired/tendances-decryptees/les-grands-principes-de-levolution-1-la-maturation). Car l’état actuel réel de la technologie quantique est encore très brouillon pour ne pas dire pire. Les prototypes qui sont actuellement mis en avant par les IBM, Google et autres ne sont que des premières réalisations encore très instables (et donc inutilisables pour des applications sérieuses), à tel point qu’on les surnomme NISQ pour “Noisy Intermediate-Scale Quantum” (voir à https://www.oezratty.net/wordpress/2018/comprendre-informatique-quantique-panorama-des-acteurs/). Aller plus loin et améliorer cela va demander beaucoup de temps, d’argent et d’efforts. Et il y aura des échecs en chemin (et des victimes). Mais, finalement, cela en vaut-il la peine ?

Gain en performance mais pour faire quoi ?

La question mérite d’être posée, toujours. En gros (en fonction de ce que j’ai compris…), les ordinateurs quantiques vont être très utiles pour les calculs complexes qui comprennent beaucoup de variables. Typiquement la cryptographie. Bon, tant mieux pour la NSA mais pour les autres, ça apporte quoi ?

Eh bien, si on arrive à s’isoler des promesses délirantes, il faut bien avouer qu’on ne le sait pas encore. Et c’est normal : seule la pratique réelle et le recul sur le domaine permettra d’identifier les contextes applicatifs où le quantique permet de vraiment creuser l’écart sur les ordinateurs électroniques (à un moment, il faudra bien les différencier autrement que par “les ordinateurs traditionnel”…).

De plus, n’oublions pas que les ordinateurs quantiques imposent une programmation spécifique… en clair, tout est à (re)faire… Donc, ajoutez encore dix ans avant qu’on soit vraiment capable de tirer parti de ces nouveaux et formidables ordinateurs !

En attendant, cesser de rêver à l’informatique quantique et revenez sur terre : le concept d’informatique raisonnée vous permet de reprendre la main positivement sur l’informatique de votre organisation, découvrez cela à http://www.alain-lefebvre.com/un-nouveau-livre-vers-linformatique-raisonnee/

 


Article invité, rédigé par Alain Lefevbre sur le blog de Bertrand Jouvenot.