L’aviation a progressé à partir du moment où elle a cessé de vouloir faire ressembler les avions à des oiseaux. L’intelligence artificielle ne progressera pas tant qu’elle continuera à imiter la nature en prenant l’intelligence humaine comme modèle.

Les premières pages de l’histoire de l’aviation sont remplies de photos montrant des engins rappelant des insectes volants, des machines aux ailes d’oiseaux, des premiers avions ressemblant à des chauves-souris. Mais c’est en se libérant de la tentation consistant à essayer de ressembler à des animaux volants que l’aéronautique a véritablement progressé. Les avions d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec les oiseaux, tant dans leurs formes, que dans leurs apparences, que dans les principes qui les font voler (moteur à réaction, réservoir d’essence, hélices…).
Les premières lignes de code de la récente histoire de l’intelligence artificielle font, quant à elles, apparaître une multitude de tentatives convergeant vers une quête de ressemblance, puis de dépassement de l’intelligence humaine, du moins de certains de ses aspects : mémoire, logique, résolution de problème, apprentissage, etc. avec comme archétype de l’intelligence celle du joueur d’échec.

Tout comme l’aviation, l’intelligence artificielle prendra peut-être son véritable envol lorsqu’elle comprendra qu’il lui faut se libérer du travers consistant à trop vouloir se calquer sur l’intelligence humaine. Son avenir repose au contraire dans sa capacité à se libérer de cette pesanteur, à s’émanciper, à s’inventer elle-même.

Mais comment des machines, des intelligences artificielles qui ne sont que l’âme de leurs créateurs pourraient-elles le décider ? Charge à l’homme d’interrompre cet exercice dans lequel il sort forcément flatté. Soit parce que la machine ne parvient pas à le dépasser. Soit parce que la machine se montre supérieure, mais en n’ayant justement fait que porter une caractéristique de l’intelligence de l’homme au plus haut point.

Les intelligences artificielles et les machines ne seront sans doute jamais géniales. Pendant ce temps, les meilleurs spécialistes du monde ont enfermé la recherche sur l’intelligence artificielle dans un gigantesque aéroport, duquel il faudra bien un jour décoller afin de prendre de la hauteur.

 


Article initialement paru sur le Journal du Net