C’est l’histoire d’une femme partie un an en Amérique Latine avec sa famille en camping car, que le Covid-19 bloque près de trois mois dans une ferme de Colombie. 90 jours que Carolina Sporea Godvin met à profit pour coucher sur le papier ce qui deviendra un livre : Rêver & grandir ensemble. Profitons un instant du recul que donne les longs voyages pour l’écouter nous expliquer comment mieux penser la transformation durable dans un monde qui commence à en comprendre l’impérieuse nécessité.

 

 

Bonjour Carolina, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Carolina Sporea Godvin : Voici un extrait du livre qui répond justement à cette question, en définissant le « maintenant » et son contexte. J’ai démarré l’écriture en mars 2020, la première semaine du confinement en Colombie, qui correspondait avec le début du confinement en France :

« Une semaine a passé depuis le début de notre confinement en Colombie, à cause de la crise de la Covid-19.

Si j’avais projeté depuis quelques mois d’être ici, à ce moment-ci, j’ignorais que j’y resterais si longtemps. Mes enfants auraient dû passer un mois dans la petite école du village de La Estrella, avant que nous ne reprenions notre route vers le nord.

Nous avions atteint l’extrême sud de notre parcours d’un an en camping-car, il y a tout juste quatre mois, en Terre de Feu argentine. Une pandémie nous empêcha de gagner l’extrême nord du du continent américain.

Cette pandémie m’offrit une pause qui me décida à écrire un livre dans lequel j’ai voulu consigner les enseignements que mon mari, mes enfants et moi avons tirés de notre voyage d’un an en camping-car, en Amérique latine. Ces enseignements sont si nombreux et portent déjà tant de fruits que j’aimerais les partager. Pour dire comment il est possible d’opérer une transformation – de soi, des autres et du monde – en ébauchant de petits gestes, d’abord à un niveau personnel, puis au niveau professionnel et de son environnement immédiat, bientôt élargi à un territoire plus vaste. Pour une transformation globale.

… J’ai écrit ce livre avant tout pour moi-même. Pour me souvenir des décisions importantes que nous avons prises au cours de notre voyage et continuer à les appliquer.

Je le dédie, avec toute mon énergie, à toute femme et tout homme qui veut grandir et aller plus loin. »

 

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

C.S.G. : « Nous avons emprunté la route J, en Argentine. C’est la route la plus méridionale des Amériques. Elle mène jusqu’au seuil de l’Antarctique.

Nous avons traversé des forêts de contes de fées, des fermes du bout du monde, joué à cache-cache avec des dauphins, ramassé du bois flotté pour en faire une échelle qu’escaladeront nos garçons.

Nous avons eu la chance de bénéficier de conditions météorologiques très clémentes. Un très beau soleil nous accompagnait et le vent s’était fait oublier. Or, à bien considérer la forme des arbres, reprise sur des panneaux indicateurs, voilà qui doit être assez exceptionnel. Même si les paysages n’y ont rien de spectaculaire, cette région reste une étape clé de notre voyage.

Pourquoi donc ?

Probablement parce que, inconsciemment, c’était l’un des buts de notre voyage.

Le jour où nous avons atteint le point le plus au sud de notre équipée, j’ai ressenti un grand bonheur et une immense fierté, comme après avoir accompli un rêve longtemps caressé.

Je me suis sentie extraordinairement vivante. Capable de réaliser de grandes choses. Ça m’a donné l’envie d’aller plus loin encore, de vivre plus intensément, d’accomplir d’autres rêves. Parce que je rêvais de nouveau. En plus grand, en plus fort, toujours plus résolue à me dépasser.

…..

De prime abord, dans une entreprise, c’est un peu différent.

On pourrait m’opposer qu’il est possible de rêver, d’écouter et de suivre son instinct quand on s’appelle Elon Musk, ou qu’on est le propriétaire de l’entreprise dans laquelle on travaille.

Certes, je considère qu’il s’agit là d’un devoir de la part des dirigeants et de la direction de chaque entreprise, mais cela peut tout aussi bien être très enrichissant, jubilatoire et source de performances pour n’importe quel membre d’une entreprise.

En tant que manager, j’aurais aimé, avec mes équipes, aller plus avant sur ce sujet. Leur faire sentir que l’entreprise peut aussi être le cadre à l’intérieur duquel les grands rêves naissent et s’accomplissent. Réussir à formuler un rêve commun, et l’atteindre ensemble.

 

Je ne crois pas qu’à l’époque j’étais assez mature pour y parvenir.

Je n’avais pas non plus pris assez de recul pour comprendre que tout est possible, même conjoindre rêve personnel et rêve professionnel, sans avoir à choisir auquel des deux accorder le plus d’importance. »

 

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

C.S.G. : Notre voyage nous a montré que nous pouvons nous contenter de moins, nous pouvons vivre (heureux) avec moins de choses : moins d’espace, moins d’énergie consommée, peu de vêtements, moins de diversification alimentaire, mais beaucoup plus de rencontres, beaucoup de lien avec la nature, avec soi-même, notre famille et les autres. In fine, une vie plus riche de sens.

La tendance à laquelle je crois c’est la fin de l’hyperconsommation.

Avec des impacts positifs sur notre moral et sur l’état de la Planète.

Dans le livre, je partage les premiers pas que nous avons fait dans cette voie en tant que famille, les premiers pas que l’école peut faire, car nos enfants ont passé un mois dans une école durable et 100 % autonome en énergie en Uruguay, les avancées que les entreprises peuvent faire, notamment à travers les nouveaux statuts d’entreprise à mission.

Nous pouvons y arriver, tous, ensemble, en faisant des petits pas, progressifs. Comme le dit Pierre Rabhi, agissons tous comme des colibris !

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

C.S.G. : Oser !

Je suis extrêmement heureuse d’avoir osé partir à l’autre but du monde en camping-car, d’avoir anticipé d’un an notre départ (et ainsi pouvoir le faire, car avec la crise du COVID, nous n’aurions pas pu partir à la date prévue initialement), avoir osé partir avec 3 enfants tous scolarisés, osé mettre en stand-by l’entreprise que je venais tout juste de créer, avoir osé nous faire surprendre par le moment présent et découvrir sans planifier de quoi le lendemain sera fait,  avoir osé écrire un livre et me dévoiler en le faisant.

Nous avons osé et nous avons reçu un retour bien plus que tout ce qu’on aurait pu imaginer.

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

C.S.G. :  Sur le plan professionnel, accompagner la relance et la transformation d’une économie qui va sortir endolorie de cette crise majeure que nous vivons. Pourquoi pas m’impliquer dans des écosystèmes qui répondent aux enjeux actuels. Ce voyage m’a donné envie de m’approcher de l’essentiel, de toucher du doigt les transformations que j’opère et sentir les impacts positifs que j’amène.

Sur le plan personnel, l’éducation. Car je suis encore plus convaincue maintenant, après ce voyage, que notre système d’éducation ne prépare pas complètement aux enjeux majeurs que sont la protection de l’environnement, la santé ou le progrès technologique.

 

 

Merci Carolina

 

 

Merci Bertrand

 

 

Le livre : Rêver & grandir ensemble, Carolina Sporea Godvin, 2020.