Le monde du travail vous pressurise. Vous avez le sentiment que la quantité prime sur la qualité. Qu’il faut être à tout prix occupé, avoir l’air de travailler comme un dingue, être débordé. Halte. Il est temps de s’intéresser sérieusement au slow working qui propose une autre vision du travail en conciliant sérénité et efficacité. C’est possible et recommandé. Diane Ballonad Rolland se propose de vous convaincre avec son livre : Slow Working. Interview.

 

Bonjour Diane Ballonad Rolland, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Diane Ballonad Rolland : Ce livre, écrit entre l’automne 2018 et l’automne 2019, n’a évidemment aucun lien direct avec le confinement et la crise sanitaire que nous venons de traverser, même si son propos résonne tout particulièrement après cette période.

Pourquoi avoir écrit ce livre maintenant ? Parce que ce projet est arrivé au moment précis où je me sentais mûre pour développer le sujet du slow working. Je travaille depuis longtemps, dix ans maintenant, sur notre relation au temps, et sur l’importance de se le réapproprier, de ne plus le subir. Et je m’intéresse depuis longtemps aussi à la façon dont on « vit » le temps dans le monde du travail, et sur l’impact de cette perception sur notre qualité de vie au travail. Je milite à mon niveau par exemple, avec mes armes, pour convaincre les entreprises qu’il est nécessaire de réhabiliter des temps de réflexion dans nos journées de travail.

J’avais écrit plusieurs billets de blog et épisodes de podcast sur le sujet, j’ai été interviewée à plusieurs reprises, sur My Happy Job, sur Courrier Cadres, Psychologies, et l’idée du livre est venue assez rapidement, comme une évidence finalement, lors d’un déjeuner avec la directrice des Editions Vuibert, qui était mon ancienne éditrice chez Eyrolles. J’avais envie d’approfondir le sujet, de contribuer à diffuser les grands principes du slow working auprès d’un public plus large, et surtout de le rendre accessible à tous afin que chacun puisse le mettre en pratique dans son quotidien professionnel.

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

D.B.R. : J’hésite entre plusieurs pages, mais je dirais peut-être la page 152, et le passage intitulé « Se donner le temps de réussir », dans la clé n° 2 « Se développer de manière durable » (chapitre 9, « Entreprendre slow »). Se donner le temps de réussir, c’est le premier conseil que je donne à mes stagiaires lorsqu’ils projettent de se lancer dans l’entrepreneuriat !

 

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

D.B.R. : Le slow working en fait partie car même si le concept n’est pas nouveau, il peine encore à s’implanter dans la réalité du monde de l’entreprise, alors que je suis convaincue que nous y viendrons nécessairement, d’une manière ou d’une autre. L’entreprise d’aujourd’hui ne peut globalement plus perdurer dans des modes d’organisation du travail qui privilégient le « court-termisme », le culte de l’urgence et le multitâche, au détriment de la santé des salariés et de la qualité de vie au travail.

Et enfin, je suis convaincue que nous serons tous nomades demain ! A l’ère digitale, de nouveaux modes d’organisation du travail apparaissent autour du « travail flexible » : les nouveaux travailleurs sont tantôt des slasheurs qui cumulent plusieurs activités, des nomades digitales qui travaillent de partout dans le monde grâce aux outils numériques, ou encore des freelances boostés par le régime du micro-entrepreneur. Télétravail, mobilité, coworking, tiers-lieu : les règles changent, le monde du travail se réinvente et innove sans cesse. Les nouvelles technologies nous affranchissent des distances et du temps, il est désormais possible de travailler en tous lieux ou presque, de n’importe où dans le monde et à des rythmes (et fuseaux horaires) différents. Nous travaillons un peu partout, au bureau et hors du bureau, dans des configurations variées. C’est l’entreprise « hors les murs ». Le « flex office » va progressivement remplacer les bureaux fixes, les salariés vont de plus en plus investir les espaces de coworking et se familiariser pour de bon au télétravail. C’était déjà le cas avant le confinement, cela le sera encore plus après ce que nous avons vécu.

Je suis pour ma part une « entrepreneuse nomade » épanouie, travaillant aussi bien dans le train que dans un café, dans un espace de coworking ou chez moi.

C’est un mode de vie qui me ressemble, doux, libre et créatif, dans lequel je m’épanouis réellement et peux donner le meilleur.

Je me suis créée une vie professionnelle sur-mesure : mon quotidien aujourd’hui s’organise autour de mes différentes activités. Chacune d’elles sans exception me passionne, qu’il s’agisse d’accompagner sur le chemin de l’équilibre et du sens, d’écrire pour mes blogs, de travailler à un nouveau livre, de concevoir un nouvel atelier, d’animer une formation en présentiel ou à distance, ou encore une conférence dans une entreprise.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

D.B.R. : Assurément, ce serait de travailler moins mais mieux. On continue à corréler efficacité et nombre d’heures passées au travail. Or, on sait aujourd’hui que ce sont bien deux choses distinctes et que ce n’est pas en s’épuisant à la tâche qu’on devient plus efficaces, bien au contraire. Aucun travail, aussi satisfaisant, valorisant soit-il, ne mérite qu’on y laisse sa santé physique, psychique ou émotionnelle. Aucun !

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

D.B.R. : Ils sont nombreux, mais globalement, je m’intéresse beaucoup en ce moment et depuis longtemps à la consommation responsable ou raisonnée, à notre rapport à la consommation, à ce qui la conditionne, à notre rapport aux objets également. Vivre mieux avec moins, là encore, mais pas uniquement dans nos espaces de vie. C’est une réflexion qui nous impacte tous et qui rejaillit sur tous les aspects de notre vie : nos relations, notre agenda, notre façon de consommer, de nous alimenter, notre rapport aux technologies et à l’information, etc. C’est un chemin que j’ai emprunté il y a des années et qui continue de m’inspirer. Plus que jamais, je suis portée par un besoin de simplicité et d’authenticité et j’ai le sentiment que ce besoin est de plus en plus partagé, a fortiori depuis le confinement.

 

Merci Diane,

 

Merci Bertrand

 

 


Le livre : Slow Working, Diane Ballonad Rolland, Vuibert 2020.