Sous des airs libéraux, l’économie n’a en réalité jamais été aussi réglementée. Oui mais voilà, le numérique qui échappe encore à bien des lois, tapi dans l’ombre, pourrait bien permettre de faire travailler les enfants.

 

La crise des sub-prime, dont le monde ne s’est toujours pas complètement remis, a stigmatiser combien la déréglementation en générale, et celle de la finance en particulier, pouvait s’avérer dangereuse.

 

Si le sentiment général qui conduit à penser que l’écononie est de plus en plus libéralisée et de moins en moins règlementée, prévaut, il n’en est rien.

Comme le démontre avec talent l’économiste coréen Ha-Joon Chang dans son livre 2 ou 3 choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme, l’économie est en réalité de plus en plus réglementée :

 


Tout d’abord la terre

L’une des premières écoles de pensée de la science économique, remonte à une époque antérieure à la révolution industrielle. Dans une France encore majoritairement agricole, les physiocrates pensaient que la richesse provenait de la terre et de sa bonne exploitation.

Et si une chose est bien réglementée, aujourd’hui comme hier, c’est bien le sol. On ne construit pas une usine n’importe où. On ne plante pas n’importe quoi où l’on veut. On ne construit pas une ville, ni même un immeuble, comme on veut et où l’on veut. On n’achète ni ne vend une terre, un sol, un espace, sans se plier à des règles parfaitement strictes. Acceptons- le, cette première composante de l’économie, le sol, vie sous la coupe de la réglementation.

 

Ensuite le travail

Quoi de plus réglementé que le travail. Il y a cent cinquante ans en Europe ou aux Etats-Unis, le travail des enfants se pratiquait encore. Un scénario parfaitement impensable aujourd’hui, même s’il se produit dans d’autres pays. Le travail n’a cessée d’être de plus plus régenté, encadré, organisé, contrôlez, surveillé, régulé, réglementé. Le droit du travail est l’un des corpus juridique qui s’est plus enrichi au point d’en devenir étouffant, contre-productif et sclérosant, selon certains. Prenons-le comme un fait établi : cette seconde grande composante d’une économie, le travail, est réglementé.

 

Puis l’argent

Une économie moderne n’en serait pas une sans argent. Et là encore la réglementation a trouvé un terrain de prédilection. La monnaie est sous le contrôle de l’Etat. La masse monétaire est parfaitement contrôlée. Le prix de l’argent, que ce soit pour l’emprunter (taux d’intérêt) ou pour le voir être rémunéré (Livret A), n’est pas déterminé uniquement pas le jeu de l’offre et de la demande, mais en grande partie par des décisions politiques. Comme le sol et le travail, l’argent est règlementé.

 

Sans omettre la production

Il ne reste plus qu’à produire, des biens ou des services. Mais cela ne se fera pas en toute liberté. Au contraire. Les normes, les règles et les obligations qui encadrent la productions des biens, leurs entreposage, leurs transports, leurs consommations, leur financement… prolifèrent depuis des décennies. Il en va de même dans l’économie des services où l’on ne fait pas ce que l’on veut. Admettons-le, la production est réglementée, elle aussi.

 

Certes la déréglementation des marchés financiers est bien là. C’est incontestable. Et la crise des sup-primes n’a pas nécessairement permis la mise en place des éléments qui assureraient sa non répétition. Au contraire, le spectre d’une nouvelle crise possible plane même au dessus des têtes de nombreux économistes ou observateurs avisés.

Mais ce serait aller un peu vite en besogne que d’affirmer que l’histoire politique récente va tout entière dans le sens de la déréglementation. Les politiques s’attellent même à mieux régir, contrôler et sécuriser Internet.

 

Mais en oubliant le travail des enfants

Faisant oublier qu’elles sont très réglementée, ou fustigeant l’hyber-déréglementation de l’économie financières, les économie modernes nous feraient un peu vite oublier que le numérique peut permettre aux enfants de travailler, hors de tout contrôle.

Le Mechanical Turk d’Amazon en est une belle illustration : une plateforme sur laquelle s’inscrivent des particuliers (des travailleurs) d’un côté, et des entreprises de l’autre. Le principe est simple : les entreprises proposent des micro-taches, auxquelles sont associées une rémunération (en général minime, 10 cents, 20 cents, 0.25 dollar) assorties d’un temps alloué : traduction de fragments de textes, transcription de sons en textes, classement d’images en différentes catégories, tagage (identifier des objets sur une image et nommer ces objets), etc. Combien de collégiens s’y connectent chaque jour via leurs mobiles, depuis les salles se classes, pour gagner de l’argent plutôt que d’écouter la leçon ? Sans doute peu en France. Mais un très grand nombre en Inde puisque les utilisateurs de la plateforme se sont mobilisés en masse pour pourvoir être payés en Roupies.

 

Dans sa foulée, une partie de l’économie des pays en voie de développement, repose sur les possibilités de travail offertes aux mineurs, via Internet. A titre d’exemple, toutes l’économie des micro-crédits a permis à des adolescents de se faire récompenser pour l’aide apporté à leurs aînés dans l’obtention de micro crédits. Les plateformes mettant en relations offreurs et demandeurs de services locaux (ménages, garde d’enfants, bricolages, livraisons…) n’on fait qu’amplifier des pratiques existantes et développer leur assimilation dans le quotidien, leurs acceptation dans les mœurs et leur rôle moteur dans l’économie de certaines zones du monde.

 

 

 

En somme, la finance devenue l’échappatoire d’entreprisse, souffrant d’une trop grande réglementation de l’économie à leur goût, pourrait être remplacée par le digital. Si les sites pour adultes, comme on dit pudiquement, affichent régulièrement des pages préventives demandant de confirmer que l’on a + de 18 ans, sans pouvoir le vérifier d’ailleurs, beaucoup d’autres sites pourtant bien plus recommandables, ne se fendent même pas de ce semblant de moralité.