Le marketing est en profonde mutation. La création d’un musée du marketing, rendant hommage à cette discipline, illustre combien le marketing, pris comme science autant que comme pratique, est à la croisée des chemins, oscillant entre usure et renouveau.

Selon Philip Kotler, le marketing aurait connu trois phases. Le marketing 1.0 axé sur le produit. Le marketing 2.0 tourné vers le client. Le marketing 3.0, centré sur l’humain. Une évolution que l’auteur de Marketing 3.0 résume en une formule : Win-Win-Win, autrement dit, la nécessité pour le marketing de ne plus seulement proposer un échange gagnant-gagnant entre une entreprise et un client, mais un échange également profitable à l’écosystème dans lequel il s’effectue (une économie, la société, la planète, etc.).

Le livre Marketing 3.0 eut un tel retentissement qu’il fut traduit en 24 langues, mais surtout engendra la création du Musée of Marketing 3.0 à Ubud, Bali. Ubud et son atmosphère de spiritualité étant l’endroit idéal pour installer le premier musée du marketing de ce genre. Des modèles d’actions, d’initiatives ou de campagnes marketing y sont présentés. Le musée privilégie ceux qui reflètent la spiritualité. Le tout est exposé entouré d’une scénographie mariant multimédia, outils virtuels et réalité augmentée.

Que peut-on en comprendre ?

Tout d’abord, une ultime tentative marketing, précisément – Désormais mieux compris, le marketing, ses stratégies, ses recettes et ses méthodes, se mettrait en scène pour se donner un peu de glamour, un air culturel, pour convertir son audience en un public.

Ensuite, un complexe d’infériorité – N’étant pas parvenu à s’affirmer véritablement comme une science, et relégué au rang de pratique bien que discipline académique , le marketing s’inviterait au musée, réceptacle ordinaire de contributions esthétiques (Musée du Louvre, MOMA, Prado…), scientifiques (Cité des Sciences), techniques (Musée des Arts & Métiers, Musée de la Marine), sociales (Musée des Arts et Traditions Populaires), naturelles (Jardin des Plantes, Musée de l’homme)… pour trouver une nouvelle voie.

Enfin, une tentative de sortie par le haut – Tel le métier de conseil qui n’a de cesse de vouloir jouer un rôle de plus en plus national, sociétal, voire global, à l’instar d’un McKinsey qui accompagne désormais des Etats du Golf dans leur transformation visant à passer d’un économie basée sur les hydrocarbures, à une nouvelle économie tirée par de nouvelles sources de création de richesse.

Pour finir, l’aveu de son appartenance au passé et que ses beaux jours sont derrière lui.

Le marketing, qui ne cesse de se réinventer sous la pression de la véritable colonisation par les nouvelles technologies, pour lesquelles il est un territoire de prédilection (automatisation de l’achat de l’espace publicitaire, développement des réseaux sociaux, co-innovation, fixation dynamique des prix, buzz…), doit rester bel et bien vivant. Accepter d’entrer au musée, lieu par essence de présentation et de préservation de ce que le passé à produit de mieux, est-il le signe de sa perte de souffle progressive ?