Bonjour Pierre Haski, lequel de vos articles préférez-vous ?

Pierre Haski : Comme beaucoup j’imagine, je dirais le premier article, objet de fierté et d’espoir. J’étais encore étudiant en journalisme, et j’avais été envoyé pour le « journal-école » en reportage en Angleterre « couvrir » une grande grève de mineurs en 1972-73. Une expérience inouïe pour le jeune novice que j’étais. Une de mes profs avait aimé l’article et m’avait proposé de le publier dans une revue de relations sociales dont elle était la rédactrice en chef, ma première publication dans un « vrai » journal. Près d’un demi-siècle plus tard, je m’en souviens comme d’hier.

Lequel de vos articles a eu le plus de retentissement ?

Pierre Haski : C’était en Chine en 2001, alors que j’étais correspondant de « Libération » à Pékin. Je me trouvais avec un photographe et des amis dans un village très pauvre du sud de la province du Ningxia, dans le nord-ouest du pays, quand une femme nous confia trois carnet et une lettre. Une fois rentré à Pékin, je réalisais que c’était le journal personnel d’une adolescente que nous avait donné sa mère, désespérée parce qu’elle n’avait plus les moyens d’envoyer sa fille à l’école. Je retournais alors dans le village, à 1500 km de Pékin, rencontrer la fille et la mère, et raconter cette histoire. L’article dans « Libé » a changé leur vie car des dons sont arrivés, un livre est sorti, et une association en est née, qui a permis à des dizaines d’enfants d’aller jusqu’à l’université. Je suis retourné au Ningxia en 2019 rencontrer certains de ces enfants dont la vie a changé radicalement à la suite de la publication de cet article, c’est une source de bonheur infini.

Qu’aimeriez-vous voir se produire dans l’actualité pour pouvoir écrire l’article de votre vie ?

 

Pierre Haski : Je crois que l’événement me permettant d’écrire « l’article de ma vie » s’est déjà produit, et j’ai écrit l’article dont je rêvais. C’est une interview de Nelson Mandela libre. Il se trouve qu’en 1977, en plein apartheid, alors que j’étais journaliste au bureau de l’Agence France-Presse à Johannesburg, j’ai eu le privilège de faire partie du seul groupe de journalistes autorisés à visiter la prison de Robben Island où Mandela purgeait sa peine de prison à vie. Nous l’avons vu, sans pouvoir lui parler car c’était interdit par les autorités pénitentiaires. J’espérais sans trop y croire qu’un jour, Mandela quitterait sa prison pour voir la fin de l’apartheid. Non seulement ce jour est arrivé, mais il en est devenu le président; et j’ai pu l’interviewer pour « Libération » en 1991, peu de temps après l’abolition de l’apartheid. C’était la réalisation d’un rêve. Mandela, au passage, se souvenait très bien de notre visite, et était furieux car les autorités le donnaient en pâture à la presse sans lui permettre de s’exprimer – il existe une photo de lui faisant la tête qui le montre ! J’ai raconté des années plus tard, sur Rue89, l’histoire de cette photo…

 

 

 

 

Merci Pierre Haski

 

Merci Bertrand

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot

 


La rubrique The Really Mirror du blog de Bertrand Jouvenot réunit des interviews de journalistes destinées à leur donner l’occasion de révéler un peu plus qui se cache derrière leurs plumes.