Manager, c’est gérer le futur, dans le présent. C’est un peu jouer l’équilibriste… Il faut aligner son équipe sur la vision long terme de l’entreprise tout en gérant le quotidien et en étant très à l’écoute des changements qui s’opèrent en continu autour de soi, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise. Par définition, le présent n’est jamais figé. Avec l’avènement des technologies, la vitesse avec laquelle le présent se modifie s’est même accélérée. Le manager, lui, a dû suivre, s’adapter, se métamorphoser. A elle seule, la position hiérarchique ne garantit plus au manager sa capacité d’impliquer une équipe. Le manager ne peut plus non plus avoir pour mission de “contrôler”, de “donner des ordres”, il doit aujourd’hui inspirer autant par sa clairvoyance que par son humanité.

On jette encore facilement la pierre à des managers pour leur manque de “leadership”, mais plus pour les mêmes raisons. Inspirer quelqu’un aujourd’hui c’est lui inspirer confiance. Cependant de façon générale en entreprise, on a parfois confondu confiance et transparence. En effet, on s’est méfié, souvent à raison, des entreprises trop opaques. Alors pour compenser on s’est empressé d’utiliser massivement les multiples nouveaux outils de communication et de partage d’information, et les réseaux sociaux. On peut maintenant accéder à l’information partout et tout le temps. On en reçoit également à chaque instant. Mais a-t-on alors le temps de les digérer ? En entreprise, on a parfois cru que la diffusion d’information était une fin en soi, et qu’elle allait induire la collaboration et la confiance.

Parce qu’il est devenu technologiquement possible de recevoir 100 mails par jour, d’enchaîner les visioconférences sans coupure tout en dialoguant en même temps sur une messagerie interne et en parcourant un document mis à jour en temps réel par nos collègues, on a fait du manager un gestionnaire d’informations instantanées, un “infobèse”. Nous sommes tombés dans la sur-communication. Aujourd’hui, un employé perd en moyenne 25 minutes par jour à “repêcher” des informations au milieu du flux continu qui lui parvient.

 

Mais heureusement, la confiance transcende la communication, et même l’information.

Je dois avouer que la construction de confiance est mon sujet favori, car la confiance est le socle de la collaboration. Construire BlaBlaCar, c’était avant tout construire de la confiance entre des personnes qui ne s’étaient jamais rencontrées, de manière à ce qu’elles décident de voyager ensemble. Comment y sommes-nous parvenus ? En identifiant 6 fondamentaux, nous avons élaboré un modèle qui structure la confiance dans la communauté du covoiturage : déclarées, notées, engagées, actives, modérées, reliées, voilà comment sont catégorisées les informations circulant sur BlaBlaCar. Grâce à cette nouvelle confiance, le réseau rassemble aujourd’hui plus de 100 millions de covoitureuses et de covoitureurs, dans 22 pays.

En entreprise, c’est la même chose ! Il faut identifier et catégoriser les informations pour structurer la confiance. Si j’osais, j’avancerais même que les piliers de la confiance en entreprise sont les mêmes que ceux du covoiturage. En tous cas une chose est sûre : le manager doit responsabiliser, en créant un cadre dans lequel chaque collaborateur est force de proposition. Pour cela, il doit faire vivre les valeurs de l’entreprise et les transmettre à ses équipes afin que les décisions ne se fassent plus en suivant un process imposé en sens unique mais sur la base de valeurs et visions communes, discutées et validées ensemble. Le but ? Faire adhérer l’équipe à l’ensemble de la démarche et augmenter ses chances de réussite. Quoi de plus responsabilisant que d’obtenir le pouvoir de traduire des principes en action ?

Voltaire, Churchill ou encore Spider-Man s’entendent pour dire qu’« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Le manager s’émancipe, il n’est plus une simple figure d’autorité et il comprend qu’il doit détacher du temps pour l’humain. Alors son pouvoir et son impact grandissent jusqu’à le rapprocher de plus en plus de la figure de l’entrepreneur. Rien ne me fait donc plus plaisir que de voir notre monde évoluer vers l’avènement des managers-entrepreneurs, responsabilisés et responsabilisants, et qui construisent des équipes soudées avec lesquelles ils partagent les rênes de la construction de l’avenir de l’entreprise, et de notre société.

 

 

Frédéric Mazzella

Président – Fondateur de BlaBlaCar