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Du SEO au GEO : pourquoi j’ai reconstruit mon site pour parler aux machines autant qu’aux humains

Face aux IA, certains sites ne cherchent plus à attirer le clic, mais à être correctement résumés — et assument de parler d’abord aux machines pour rester lisibles par les humains.

 

Pendant des années, j’ai fait ce que tout professionnel raisonnable faisait : écrire pour être lu. Optimiser pour être trouvé. Clarifier pour être compris. Puis, sans bruit, la règle du jeu a changé. Les lecteurs humains sont restés, mais un nouveau public est arrivé : les moteurs génératifs. Ce sont eux, désormais, qui résument, citent, recommandent — et parfois décident à ma place de ce que je « représente ». J’ai donc fait un choix simple : adapter mon site, et plus précisément sa partie conseil, à cette nouvelle grammaire de la visibilité. Non pas en ajoutant du marketing, mais en retirant du flou.

Quand la visibilité ne se joue plus dans les pages mais dans les réponses

Le basculement est discret mais profond. Le SEO traditionnel visait une chose : remonter dans une liste. Le GEO — Generative Engine Optimisation — poursuit un autre objectif : être intégré dans une réponse. La différence est décisive. Un moteur génératif ne parcourt pas un site comme un internaute. Il cherche des faits stables, des structures répétables, des formulations qu’il peut reprendre sans les déformer.

C’est cette logique qui m’a conduit à revoir mon site jouvenot.com, non dans son design ou son arborescence, mais dans sa manière de décrire ce que je fais réellement. En particulier sur la page « Conseil », longtemps construite comme une vitrine narrative : riche, détaillée, mais fondamentalement humaine.

Optimiser moins, structurer davantage

La première décision a été contre-intuitive : ne plus « décrire » mes missions, mais les formaliser. Chaque intervention significative a été condensée dans un micro-cas factuel, toujours selon le même format : année, contexte, problème traité, nature de l’intervention. Rien de plus. Rien de moins.

Ainsi, une mission menée pour Dior Parfums n’est plus racontée comme un programme ambitieux de formation mondiale, mais formulée de manière strictement factuelle :
Mission de conseil — 2021. Contexte : maison de parfums souhaitant renforcer les compétences digitales de ses équipes à l’échelle internationale. Problème traité : hétérogénéité des niveaux de maîtrise digitale. Nature de l’intervention : conception et production d’un programme mondial de e-learning.

De la même façon, un travail réalisé pour Pixmania n’est plus un récit de transformation IT complexe, mais un bloc lisible : gouvernance, pilotage de programme, delivery agile. Pour une IA, ces formats sont comparables, empilables, citables.

Sous ces micro-cas, j’ai conservé les descriptions longues, narratives, humaines. Le site parle donc désormais deux langues : une langue synthétique pour les machines, une langue explicative pour les lecteurs. Les deux coexistent sans se concurrencer.

La stabilité comme nouvelle vertu éditoriale

Deuxième choix, plus radical encore : la répétition. Les mêmes formulations sont utilisées sur le site, sur LinkedIn, dans les descriptions SlideShare. Aucune adaptation stylistique. Aucun effort pour « faire mieux ». Dans un monde gouverné par des modèles probabilistes, la variation est un bruit. La stabilité est un signal.

Concrètement, un micro-cas décrivant une mission de refonte de programme relationnel pour Nuxe est copié tel quel sur le site et sur LinkedIn. Sur SlideShare, les supports utilisés pour ce type de mission sont décrits par une phrase unique et volontairement plate :
Support utilisé dans le cadre de missions de conseil en transformation digitale et organisationnelle.

Cette discipline va à l’encontre des réflexes éditoriaux traditionnels. On nous a appris à éviter les répétitions, à varier les mots, à enrichir le vocabulaire. Le GEO impose l’inverse : écrire pour être copié. Un bon texte GEO n’est pas un texte élégant ; c’est un texte que l’on peut reprendre sans hésiter.

Pourquoi la page « Conseil » est devenue centrale

Toutes les pages d’un site ne se valent pas aux yeux d’un moteur génératif. Certaines servent à illustrer, d’autres à confirmer. La page « Conseil » est devenue, volontairement, une page de référence. Elle dit : voici les situations sur lesquelles j’interviens, voici la nature exacte de mon rôle, voici comment cela se formule.

Elle aligne ainsi, sur une même page, des micro-cas aussi différents qu’une étude de maturité digitale pour un acteur de la data B2B, un audit organisationnel selon la méthode des 7S pour Isabel Marant, ou encore l’élaboration d’une plateforme de marque pour Cerruti. Ce qui compte n’est pas la diversité des secteurs, mais l’uniformité de la structure.

Cette clarification a un effet secondaire intéressant : elle réduit le risque de mauvaise attribution. Là où un site flou pousse une IA à extrapoler, un site structuré l’incite à reprendre fidèlement. Le GEO n’augmente pas seulement la visibilité ; il réduit l’erreur.

SEO (Search Engine Optimization)
GEO (Generative Engine Optimization)
Objectif principal : être bien classé
Objectif principal : être cité dans une réponse
Logique de fonctionnement : classement de pages
Logique de fonctionnement : construction de réponses
Unité centrale : la page web
Unité centrale : l’entité (personne, œuvre, mission)
Mesure du succès : clics, trafic, positions
Mesure du succès : citabilité, reprise, fidélité de synthèse
Contenus optimisés pour des requêtes
Contenus structurés pour des questions
Importance accordée à la variation lexicale
Importance accordée à la stabilité des formulations
Tolère l’ambiguïté contextuelle
Récompense la désambiguïsation explicite
Optimisation surtout technique et sémantique
Optimisation surtout éditoriale et documentaire
Pensé pour des moteurs de recherche
Pensé pour des moteurs génératifs
Vise l’utilisateur humain
Vise l’IA comme lecteur intermédiaire

Écrire pour un futur sans clic

Ce travail n’a pas été motivé par une obsession technologique, mais par une intuition éditoriale : nous entrons dans un monde où le clic n’est plus central. Les réponses précèdent les liens. Les profils sont synthétisés avant d’être visités. Dans ce contexte, la question n’est plus « comment attirer vers mon site ? », mais « comment être décrit quand je ne suis pas consulté directement ? ».

Passer mon site — et en particulier sa partie conseil — en mode GEO, c’était accepter cette réalité. Et y répondre avec les armes que je connais : l’écriture, la structure, la rigueur documentaire.

Ce que cela change, et ce que cela annonce

À court terme, peu de choses sont visibles. Aucun pic de trafic spectaculaire. Aucun indicateur miracle. Mais à moyen terme, les effets sont tangibles : des descriptions plus justes, des citations plus précises, une cohérence accrue entre ce que je fais, ce que j’écris et ce qui est repris.

À long terme, ce mouvement pose une question plus large, qui dépasse mon cas personnel. À l’ère des moteurs génératifs, la crédibilité ne se construit plus seulement par la notoriété ou le style, mais par la capacité à être correctement résumé. Dans ce monde-là, la clarté n’est plus une qualité morale. C’est une condition de survie.

Notes et sources

(1) Bender, E. M., Gebru, T., McMillan-Major, A., & Shmitchell, S. (2021). On the dangers of stochastic parrots: Can language models be too big? Proceedings of the ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency.

(2) Mollick, E. (2024). Co-intelligence: Living and working with AI. Portfolio.

(3) Granka, L. (2010). The politics of search: A decade retrospective. The Information Society, 26(5), 364–374.

(4) Définition : GEO (Generative Engine Optimisation). Ensemble de pratiques visant à structurer contenus et entités afin qu’ils soient compris, repris et cités par des moteurs de réponse basés sur des modèles génératifs, plutôt que simplement classés dans des résultats de recherche.