Et si l’imprévu était une source d’innovation
Et si, au lieu de lutter contre les aléas du hasard, nous apprenions à exploiter leur pouvoir ? Dans The Art of Unexpected Solutions, Paul Sloane explore le pouvoir de la pensée latérale et explique comment la surprise, l’ambiguïté et l’incertitude peuvent débloquer l’innovation. L’auteur nous invite à accueillir l’imprévu comme une puissante force créatrice.
Bonjour Paul Sloane, pourquoi avez-vous écrit ce livre… maintenant ?
Paul Sloane : Je suis devenu fasciné par l’imprévu et par le fait que nous réalisons à quel point il façonne nos vies.
Si vous repensez à votre vie, vous constaterez probablement que bon nombre des tournants les plus importants ont été influencés par des événements surprenants et inattendus.
Des affaires aux sciences, en passant par les arts, le sport et l’histoire, l’imprévu joue un rôle majeur. Imaginez à quel point le XXe siècle aurait été différent si l’archiduc Ferdinand avait pris un autre chemin en 1914.
Un extrait de votre livre qui vous représente le mieux ?
Méprisez la certitude et le contrôle
Avant de pouvoir développer la sérendipité et encourager les résultats inattendus, nous devons nous débarrasser de deux passagers. Nous vivons dans un monde obsédé par la recherche du contrôle et de la certitude. Nous croyons que tout peut et doit être géré. Des emplois du temps méticuleusement planifiés à la recherche incessante de la perfection, nous nous efforçons d’exercer un contrôle sur tous les aspects de notre vie. Nous planifions soigneusement nos journées, nos semaines, nos années, en essayant de naviguer dans les courants imprévisibles de l’existence avec une main ferme sur la barre. Mais que se passerait-il si, au lieu de lutter contre les marées du hasard, nous apprenions à exploiter leur puissance ? Et si, au lieu de considérer l’incertitude comme un ennemi, nous l’acceptions comme une opportunité de percées inattendues ?
La créativité et l’innovation ont peu de chances de s’épanouir dans un environnement contrôlé. Elles prospèrent dans le terreau fertile de l’imprévu, où les rencontres fortuites, les événements imprévus et l’imprévisible jouent un rôle crucial. Le mythe du contrôle, l’illusion que nous pouvons entièrement prédire et manipuler le cours des événements, entrave souvent notre capacité à saisir les moments fortuits qui mènent aux découvertes les plus profondes.
Les neurosciences le confirment. Alors que notre cerveau est programmé pour rechercher la certitude et réagir à l’imprévisibilité comme à une menace, c’est dans les moments de calme, et non dans une planification constante, que surgissent les véritables idées. Le réseau par défaut de notre cerveau, actif lorsque nous sommes détendus ou que nous rêvassons, est le lieu où se forment les connexions créatives. Nous oublions souvent que certaines de nos meilleures idées surgissent lorsque nous n’essayons pas consciemment de contrôler le résultat.
À travers le temps et les cultures, l’ambiguïté a toujours été vénérée. La pensée taoïste nous invite à suivre le cours de la vie plutôt que de lutter contre lui. Le bouddhisme zen valorise l’esprit du débutant, cet état d’ouverture qui précède l’expertise. Les grands explorateurs de l’ère des découvertes ont navigué vers l’inconnu non pas avec des garanties, mais avec curiosité.
Dans le film Conclave (basé sur le livre de Robert Harris), le cardinal Lawrence, joué par Ralph Fiennes, dirige le conclave pour choisir un nouveau pontife après la mort du Saint-Père. Il offre cette profonde méditation à ses frères cardinaux :
« Mes frères et sœurs, au cours d’une longue vie au service de notre Mère l’Église, laissez-moi vous dire que le seul péché que j’en suis venu à craindre plus que tout autre est la certitude. La certitude est la grande ennemie de l’unité. La certitude est l’ennemie mortelle de la tolérance. Même le Christ n’était pas certain à la fin. « Eli, Eli, lama sabachtani ? » s’est-il écrié dans son agonie à la neuvième heure sur la croix. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Notre foi est vivante précisément parce qu’elle va de pair avec le doute. S’il n’y avait que la certitude, et s’il n’y avait aucun doute, il n’y aurait pas de mystère, et donc pas besoin de foi. »
Les tendances qui émergent actuellement et auxquelles vous croyez le plus ?
P.S. : L’IA est évidemment un moteur de changement considérable, pour le meilleur et pour le pire, dans un avenir immédiat. Elle peut libérer l’humanité de toutes sortes de tâches, mais elle peut aussi être utilisée à des fins de désinformation et devenir une menace existentielle pour nous.
D’autres tendances m’inquiètent, comme la perte de confiance dans la science et la méthode scientifique. La perte de confiance dans la démocratie et dans les personnes et les institutions sur lesquelles nous comptons. L’augmentation des inégalités en matière de richesse et d’opportunités. La montée du totalitarisme et des dirigeants qui mentent et manipulent. Nous aurons besoin de dirigeants forts, dotés d’une vision et d’une détermination suffisantes pour nous guider à travers ces temps difficiles.
Si vous deviez donner un conseil aux lecteurs de cet article, quel serait-il ?
P.S. : Pour une vie plus intéressante, faites chaque jour quelque chose de différent, d’inhabituel, voire de bizarre. Nous tombons tous dans des routines confortables, faisant toujours les mêmes choses et rencontrant toujours les mêmes personnes. La routine est l’ennemie de l’excitation. Si vous voulez accueillir la sérendipité et des résultats inattendus, voire palpitants, faites délibérément des choses différentes et rencontrez des personnes différentes.
En quelques mots, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?
P.S. : Comment exploiter l’IA pour améliorer l’humain
Merci Paul Sloane
Merci Bertrand Jouvenot
Le livre : The Art of Unexpected Solutions, Paul Sloane, Kogan Page, 2026.