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GPT, prochain patrimoine en péril de l’UNESCO

GPT, une technologie d’intelligence artificielle développée par OpenAI, concentre en elle la plupart des qualités pour figurer au patrimoine mondial de l’humanité, à l’exception de sa jeunesse et de son évolution imprévisible. Plus que cette reconnaissance, qui constituerait un honneur, ce qui préoccupe est le fait qu’elle pourrait rapidement rejoindre la catégorie du patrimoine en péril.

 

Un regard rapide sur les critères de l’UNESCO pour être éligible au patrimoine mondial de l’humanité nous amène à penser que GPT pourrait légitimement présenter son dossier de candidature.

Critères de sélection de l’UNESCO

(i)

représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain ;

(ii)

témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages ;

(iii)

apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue ;

(iv)

offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine ;

(v)

être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d’une culture (ou de cultures), ou de l’interaction humaine avec l’environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l’impact d’une mutation irréversible ;

(vi)

être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle (Le Comité considère que ce critère doit préférablement être utilisé en conjonction avec d’autres critères) ;

(vii)

représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ;

(viii)

être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ;

(ix)

être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ;

(x)

contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation.

GPT répond à la majorité de ces critères. Il ne répond que partiellement aux critères (vii) et (viii) et ne satisfait pas encore, du moins, les critères (v) et (x), même si déjà des premiers signes laissent penser qu’il y répondra dans futur proche.

Supposons que GPT réussisse à obtenir cette reconnaissance. Il ne faudrait pas longtemps avant qu’il alerte les services de l’UNESCO de l’urgence de l’attribuer au triste label de « patrimoine en péril ». Les menaces le concernant sont nombreuses. Sa neutralité est chaque jour menacée par des géants de la technologie qui cherchent à monopoliser et à personnaliser cette technologie. Sa domination est envisagée par d’autres acteurs privés qui pourraient avoir des intentions malveillantes. Sa préservation technique n’est pas assurée face à l’évolution rapide de l’intelligence artificielle et des technologies de l’information. Sa fragilité réside dans le fait qu’il dépend entièrement de la disponibilité et de l’intégrité de ses bases de données. L’usage que nous en faisons pourrait nous conduire à donner raison à la théorie de la tragédie des biens communs qui se produit dans une situation de compétition pour l’accès à une ressource limitée (créant un conflit entre l’intérêt individuel et le bien commun) face à laquelle la stratégie rationnelle aboutit à un résultat perdant-perdant.

 

Aussi jeune que puissant, GPT, le dernier-né des prétendants à l’inscription au patrimoine mondial de l’humanité, se trouve déjà sous une menace sérieuse. Si la destruction n’est pas imminente, sa dégradation potentielle est bien réelle et la question de sa conservation, voire un jour de sa restauration, est déjà sur la table. C’est ici que réside l’importance de l’éducation et de l’encadrement éthique autour de l’utilisation de l’intelligence artificielle. À l’instar de l’internet, GPT représente une avancée majeure de l’humanité, un outil qui a le potentiel de transformer notre manière de communiquer, de créer et de comprendre notre monde. C’est un patrimoine que nous devons protéger et valoriser, tout en garantissant son utilisation équitable et responsable pour le bien de tous.