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Une œuvre née dans la nécessité garde son cap dans le temps

Avec Les nécessités de créer, Isabel Gilbert propose une réflexion sur ce qui distingue un créatif d’un véritable créateur. À l’heure où l’intelligence artificielle transforme les pratiques, elle invite artistes, designers, architectes et leaders créatifs à retrouver les forces profondes qui donnent naissance aux œuvres durables.

 

Bonjour Isabel Gilbert, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Isabel Gilbert : Je pense qu’à l’ère de l’IA, nous atteignons le paroxysme de l’industrialisation et de la technocratie. La technologie a, et a toujours eu, sa place aux côtés de l’humain pour transcender ses capacités naturelles à imaginer, créer et solutionner.

Mais aujourd’hui, le danger réside, selon moi, dans le fait de lui donner tout pouvoir, comme si l’humanité avait décidé de renoncer à ce qui fait sa sensibilité, sa singularité, son expressivité, sa capacité de création en somme.

J’ai écrit ce livre pour rappeler aux leaders de la création – artistes, designers, architectes… – que les plus grands créateurs et les chefs-d’œuvre qui ont traversé le temps répondaient à des nécessités profondes, et non à des tendances. Ces cinq nécessités agiront, je l’espère, comme une boussole.

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

I.G. : L’introduction (p. 37), parce qu’elle pose l’origine de ma démarche : ramener à l’essence de l’élan créateur.

« Selon l’adage, « la nécessité est mère de la créativité », et les créatifs le savent. Le besoin est grisant. Il stimule l’imagination, les sens, l’instinct de survie. Il donne une direction à l’énergie et aux prises de position. Pour un esprit en ébullition, il est plus facile de ne pas avoir le choix.

Dans les moments de doute, le sentiment de nécessité agit comme une ancre. Il montre le droit chemin. Il rappelle aussi pourquoi créer. Il rend utile. Il vous met au service de quelque chose de plus grand, une révolte ou une façon de vivre, une part de culture.

Alors, quand elle s’installe, la nécessité est une force motrice considérable. Mais ce n’est pas tout. Cette nécessité impacte l’œuvre elle-même. Les productions se démarquent (elles portent la signature unique de leurs créateurs), sont plus impactantes (elles abordent des sujets universels), plus risquées aussi (elles engagent la responsabilité des créateurs), voire plus durables (le public développe souvent un sentiment d’attachement à ces productions originales, tandis que les tendances s’oublient vite).

Une œuvre née d’une simple motivation est sujette aux revirements. Une œuvre née dans la nécessité garde son cap dans le temps. La nécessité rend les directions créatrices puissantes et durables. »

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

I.G. : Je constate une prise de conscience croissante de la responsabilité culturelle des créateurs. Ils comprennent progressivement que leur mission n’est pas seulement de divertir, mais aussi d’inspirer de nouveaux imaginaires et de nouveaux modes de vie.

Je l’observe autant chez des professionnels expérimentés, dont la voix rejoint aujourd’hui les préoccupations de la société – notamment autour des enjeux environnementaux –, que chez certains jeunes talents qui estiment n’avoir rien à perdre et osent exprimer leurs visions et leurs coups de gueule de manière plus explicite.

C’est cet état d’esprit que je souhaite continuer à soutenir.

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

I.G. : Osez vous inspirer des grands créateurs qui vous ont précédé, mais n’ayez jamais peur de votre propre puissance.

Vous retrouverez certainement dans ce livre de nombreux échos à ce que vous faites déjà. Il est là pour encourager les bonnes pratiques et vous aider à les pousser encore plus loin.

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

I.G. : Depuis dix ans, j’accompagne les dynamiques d’équipes en création.

Une question me passionne : quelles sont les conditions qui permettent à un groupe de fortes personnalités de s’allier pour créer quelque chose de singulier et d’universel à la fois ?

J’aimerais rendre compte des expériences de mes clients, mais aussi de mes analyses d’équipes emblématiques comme les Beatles ou le studio Ghibli.

Merci Isabel Gilbert


Merci Bertrand Jouvenot


Le livre : Les nécessités de créer, Isabel Gilbert, Nullius In Verba, 2026