La crise du Covid-19 a accéléré la transformation digitale,. A présent, il convient pour les entreprises et les administrations d’adopter une démarche visant la résilience et l’amélioration continue de leur maturité numérique. C’est le point de vue que défendent David Fayon et Michaël Tartar dans leur livre La transformation digitale pour tous, qui fournit un modèle pour déterminer le niveau de maturité numérique de tout type de structure.

 

 

Bonjour David Fayon et Michaël Tartar, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Avec la crise de la Covid, la transformation digitale des entreprises s’est accélérée. Le télétravail a fait un boom colossal plus pour les fonctions en col blanc et pour les organisations qui avaient anticipé avec des outils comme Teams de Microsoft et Zoom apparu quelques mois avant mars 2020 et le premier confinement. En outre la prise en compte de la sobriété numérique et les évolutions des outils (tiktokisation et succès des formats vidéos courts de moins d’une minute) mais surtout les retours des praticiens du modèle DIMM (Digital Internet Maturity Model), des cas d’usage traités par, entre autres, les utilisateurs de la plateforme dimmup.com nous ont conduit à faire évoluer le modèle DIMM librement utilisable et inclus dans le livre. Il s’agit de pouvoir évaluer la maturité numérique de toute organisation à un instant donné, de la TPE au grand groupe en passant par la PME, l’association, l’administration afin de connaître ses forces et ses faiblesses. Pourquoi ? Justement pour établir sa feuille de route de transformation. Ce n’est pas simplement un gadget comme être présent sur des thématiques qui font le buzz mais pour avoir un avantage compétitif par rapport à des concurrents en étant plus agile, plus résilient (par exemple fonctions davantage télétravaillables, hiérarchie plus plate et apprenante et surtout décloisonnée et réactive comme une start-up, documents de travail et outils disponibles dans le cloud avec des mises à jour régulières y compris pour la protection contre les cybermenaces qui ont bondi avec la crise et maintenant avec la guerre en Ukraine, etc.).

 

Il s’agit de donner les clés aux managers et à l’ensemble des utilisateurs du numérique dans l’entreprise, ce qui correspond à une cible considérable.

 

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

Nous pourrions citer ce passage issu du chapitre 2, « L’impact de la Covid sur la transformation digitale et les erreurs à éviter » : « La transformation digitale se traduit par les données au cœur de l’organisation, une valorisation de l’humain, avec une omnicanalité à rechercher et des clients et son écosystème au centre.

 

La crise a rendu nécessaire cette omnicanalité. Celle-ci consiste à pouvoir atteindre une marque par différents canaux physiques (en boutique, par courrier, par téléphone…) ou numérique (par mél, SMS, via les réseaux sociaux, par le site ou l’App…) de manière consistante et à capitaliser sur la connaissance client. Elle permet d’avoir un historique complet et d’enrichir la base de données des événements passés (achats, interactions avec le SAV ou prises de contact, etc.). Elle permet de mieux comprendre le client et d’anticiper ses attentes, le tout dans le respect de la règlementation en vigueur, RGPD en particulier.

 

La crise a eu un effet d’accélération de la transformation digitale sans précédent. Selon l’étude McKinsey[1] menée auprès de 900 cadres d’entreprises, de tailles, de secteurs différents et du monde entier, une année de crise sanitaire équivaut à un bon en avant de 7 ans pour la vitesse de transformation digitale des organisations. Ainsi alors que la mise en place du télétravail dans une entreprise demande en moyenne plus d’un an selon l’étude, le premier confinement a été mis en place en moyenne en seulement 11 jours. Ce qui démontre aussi le bon niveau de préparation amont des infrastructures de communication et des équipes techniques, et la levée soudaine de freins managériaux. »

 

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Il y en a plusieurs. Nous retiendrons d’une part la sobriété numérique notamment à travers les 2 nouveaux indicateurs de maturité numérique décrits dans le levier Environnement qui est le sixième du modèle qui comprend également les leviers Stratégie, Organisation, Personnel, Offre et Technologie & Innovation. Le combat n’est pas simple car il s’agit de lutter contre l’obsolescence programmée et la course effrénée entre le monde du matériel et celui du logiciel. Il reste beaucoup à faire tout en trouvant un équilibre conciliant croissance saine et écologie car de nombreuses ressources sont limitées et non renouvelables ou difficilement recyclables comme les terres rares. Nous avons également le low code et le no code car il s’agit d’une querelle entre les directions des systèmes d’information et les directions métiers notamment le marketing qui toutes les deux veulent être actrices de la transformation digitale. Néanmoins c’est le sens de l’histoire en combinant des développements sur étagère, d’autres sur mesure et faciles pour tous et enfin d’autres complexes réalisés par la direction du système d’information, le tout avec une vision collaborative et des silos supprimés, ce qui est un frein à la bonne transformation digitale de l’organisation. Ce n’est pas gagné car il convient de garantir l’évolution des systèmes et la portabilité vers d’autres outils pour conserver son patrimoine informationnelle, mais c’est la tendance pour que les entreprises puissent être agiles et davantage tournées vers leurs clients. Enfin nous ne pouvons ne pas faire l’impasse sur le métavers, la blockchain, le NFT même s’il est probable qu’il y aura une bulle. Tout ceci suit la courbe du hype cycle avec certainement des sur-attentes et des usages différenciés selon les degrés d’acceptation qui varient selon les CSP, les âges, les habitudes car il ne s’agit pas d’entrer dans un enfermement numérique mais dans une transformation dans laquelle le phygital ne doit pas hypothéquer la vie physique mais la sublimer en augmentant avec le numérique le champ des possibles.

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

L’évidence serait d’utiliser le modèle DIMM décrit dans le livre et de l’appliquer à votre organisation. Cela permettrait de mieux comprendre son fonctionnement, ses points de blocage ou « irritants » comme le disent les ressources humaines mais aussi découvrir sa vision numérique à 360 degrés. Et pour les plus curieux d’aller plus loin et de se benchmarker par rapport à d’autres organisations concurrentes, faire une veille des bonnes pratiques de transformation digitale et voir si elles sont transposables dans sa propre organisation.

 

Ajoutons que les sites DIMMUP.com et digitalimpacts.fr dans des registres complémentaires le prolonge.

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

Nous sommes tous les deux passionnés de numérique. C’est notre ADN. Il s’agit de poursuivre car comme en Formule 1, si on ne fait pas de veille permanente, qu’on ne se remet pas en cause en permanence on recule. Le monde numérique, avec la loi de Moore qui perdure et qui voit aussi les données produites qui explosent avec notamment le big data et les données non structurées en particulier, nécessite de s’autoformer et d’avoir une démarche permanente qui est un cycle en 3 temps : apprendre, produire et partager, le tout sur différents projets menés en parallèle.

 

Michaël est plus dans la mise en œuvre du modèle avec du support et des prestations avec DIMM, David plus dans le développement de l’écosystème numérique et de la souveraineté numérique. Bref, on se complète.

 

David Fayon (@fayon)

Michaël Tartar (@michaeltartar)

 


Le livre : La transformation digitale pour tous, David Fayon Michaël Tartar, Pearson, 2022. Et pour trouver des informations complémentaires pour passer à l’action, c’est par ici 

 

[1] How COVID-19 has pushed companies over the technology tipping point—and transformed business forever, McKinsey, Octobre 2020