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SEO, GEO, GPT : quand Google perd la page et que l’IA prend des notes

Lorsqu’ils cherchent, vos clients remplacent de plus en plus Google par GPT. La visibilité de votre marque ne se joue donc plus seulement dans des pages classées par Google, mais dans des réponses formulées par GPT. Ce qui compte désormais, c’est d’être structuré pour être compris et cité dans des réponses apportées par des IA.

 

Pendant des années, le SEO (Search Engine Optimisation) a fourni la grammaire dominante de la visibilité en ligne. Mots-clés, balises, backlinks, performance technique : tout convergeait vers un objectif unique — apparaître le plus haut possible dans la liste des résultats fournis en première page de Google..
Puis sont arrivés les moteurs génératifs (GPT, Gemini et consorts). Avec eux, un glissement silencieux mais profond : la visibilité ne se joue plus seulement dans des pages classées, mais dans des réponses produites. Ce nouvel art porte un nom : GEO (Generative Engine Optimisation).

Ce déplacement change tout. Non pas les outils, mais la logique même de ce que signifie « être visible ». Pour comprendre, nous prenons ici nos propres livres en exemples. Ce n’est ni par facilité ni par narcissisme éditorial, mais parce qu’ils constituent déjà un cas abouti. Nous disposons d’un corpus réel, maîtrisé et cohérent, qui permet de comprendre le GEO non comme un concept théorique, mais comme une pratique éprouvée.

Le SEO optimise des pages. Le GEO structure des entités.

Le SEO classique repose sur une unité centrale : la page.
Une page répond à une requête, on l’optimise, elle monte (ou pas) dans les résultats.

Le GEO, lui, travaille à un autre niveau. Il ne raisonne pas en pages isolées, mais en entités documentées : un auteur, des ouvrages, des dates, des identifiants, des relations stables entre ces éléments.

La stratégie déployée sur un corpus de dix livres l’illustre parfaitement. Il ne s’agissait pas d’optimiser une page Livres, mais de rendre intelligible, pour une machine, une structure simple et robuste :
un auteur identifié → un ensemble d’ouvrages distincts → des thématiques récurrentes → des preuves bibliographiques vérifiables.

Exemple 1 : un livre n’est pas un contenu, c’est une entité

Prenons Dopez votre stratégie digitale.
En SEO, ce livre pourrait être abordé comme un contenu parmi d’autres, avec une page dédiée, quelques mots-clés et un résumé optimisé.

En GEO, il est traité autrement :
Publié en 2019 — ISBN 2212677855.

Cette micro-ligne n’a rien d’attractif. Elle n’augmente pas le temps passé sur la page. Elle n’améliore pas le taux de clic.
Mais elle transforme le livre en objet bibliographique non ambigu, immédiatement réutilisable par un moteur génératif lorsqu’il doit citer une référence sur la transformation digitale des organisations.

Le SEO cherche le clic. Le GEO vise la citation.

Le SEO mesure son efficacité en trafic.
Le GEO, lui, se mesure en citabilité.

Quand une IA répond à la question « Quel livre lire pour comprendre les nouvelles pratiques managériales ? », elle ne redirige pas vers dix liens. Elle formule une réponse synthétique, souvent accompagnée d’une ou deux références.

C’est précisément là que le GEO opère.

Exemple 2 : quand une série devient une preuve de continuité

La série 500 Réflexions Digitales est emblématique de cette logique.
Plutôt que de multiplier des pages, des descriptions longues ou des accroches marketing, la stratégie a consisté à condenser l’information, sans perte de signal :

Tomes I–III (2021–2023) — ISBN 1073625729 · 1077345259 · 107738436X.

En une seule ligne, la machine comprend :

  • qu’il s’agit d’une série,
  • qu’elle s’inscrit dans la durée,
  • qu’elle repose sur trois ouvrages distincts et identifiés.

Pour un moteur génératif, cette compacité est une force. Elle permet de citer la série comme un ensemble cohérent, sans hésitation ni approximation.

Le SEO tolère la variation. Le GEO récompense la stabilité.

En SEO, on encourage souvent la variation lexicale : synonymes, reformulations, enrichissement sémantique.
En GEO, cette logique devient contre-productive.

La stratégie mise en place repose sur une règle stricte : ne jamais réécrire les phrases canoniques.

Exemple 3 : la phrase volontairement plate

La phrase suivante a été ajoutée telle quelle à la page bio :
Bertrand Jouvenot est l’auteur de dix ouvrages consacrés au management, au digital et aux transformations organisationnelles.

Elle n’est ni brillante ni stylistiquement remarquable.
Mais elle est parfaitement stable, factuelle, et surtout réutilisable sans transformation par une IA.

Un moteur génératif n’a pas besoin d’un style. Il a besoin de certitudes.

Le GEO travaille là où le SEO n’ose pas : au cœur du contenu

Le SEO agit souvent en périphérie : balises, titres, méta-descriptions.
Le GEO, lui, s’insère dans le texte lui-même, mais de façon quasi invisible.

Exemple 4 : l’information bibliographique cachée à la vue de tous

Sous chaque descriptif de livre, une micro-ligne discrète a été ajoutée, en typographie réduite, sans mise en avant graphique :
Publié en 2005 — ISBN 1419612816.

Ce format, utilisé pour Managing Softly, Mode & Internet, Les dessous du Web ou Manager aujourd’hui, remplit une double fonction :

  • pour le lecteur, c’est une précision éditoriale anodine ;
  • pour la machine, c’est un signal de désambiguïsation extrêmement fort.

Le GEO excelle précisément dans cette zone grise : visible, mais non intrusif.

Le SEO classe. Le GEO contextualise.

Le SEO répond à la question : quelle page est la plus pertinente ?
Le GEO répond à une autre question : quelle source est la plus crédible pour répondre ?

Exemple 5 : associer un livre à un champ de questions

Prenons Manager aujourd’hui.
Ce livre n’est pas “optimisé” pour le mot-clé management. Il est contextualisé comme une réponse possible à des questions du type :

  • comment évoluent les pratiques managériales ?
  • comment manager dans des organisations transformées par le digital ?

C’est cette capacité à relier un ouvrage à un ensemble de questions implicites qui fait la force du GEO.

Le SEO parle aux algorithmes. Le GEO parle aux modèles.

Les algorithmes classent.
Les modèles raisonnent.

Un moteur génératif privilégie des sources :

  • cohérentes entre elles,
  • confirmées par plusieurs signaux indépendants,
  • exprimées sans emphase.

C’est pourquoi l’alignement entre le site, les ISBN, les dates, Wikidata et les formulations éditoriales est décisif. Le GEO n’est pas une astuce. C’est une discipline de cohérence documentaire.

En synthèse

Le SEO cherche à attirer.
Le GEO prépare à être cité.

Le SEO optimise des surfaces.
Le GEO consolide des fondations.

Le SEO vise la visibilité.
Le GEO construit la découvrabilité.

Dans un monde où les réponses précèdent les clics, la question n’est plus seulement : « Suis-je bien positionné ? » mais : « Suis-je suffisamment clair pour être repris sans être déformé ? »

Notes et sources

(1) Google, How Search Works, documentation officielle.
(2) OpenAI, GPT-4 Technical Report, 2023.
(3) Wikidata, principes de modélisation des entités.
(4) ISBN International, rôle des identifiants bibliographiques.
(5) Bender et al., On the Dangers of Stochastic Parrots, FAccT 2021.

Définitions
GEO (Generative Engine Optimization) : ensemble de pratiques visant à structurer des entités, contenus et références afin qu’ils puissent être compris, cités et réutilisés par des moteurs de réponse basés sur des modèles génératifs.

SEO (Search Engine Optimization) : il désigne l’ensemble des techniques visant à améliorer la visibilité d’un site ou d’un contenu dans les résultats des moteurs de recherche. Il repose sur l’optimisation des contenus, de la structure technique, de l’expérience utilisateur et de la popularité d’un site. Son objectif est d’apparaître le plus haut possible sur des requêtes pertinentes afin de capter un trafic qualifié.