Penser l’innovation comme un système qui évolue dans le temps et l’espace
Les écosystèmes d’innovation sont devenus une formule à la mode, mais leur compréhension reste souvent superficielle. Dans The Handbook of Innovation Ecosystems, John Howard, expert australien en politique d’innovation, propose une grille de lecture internationale et pragmatique sur ces dynamiques complexes.
Bonjour John Howard, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?
John Howard : J’ai écrit The Handbook of Innovation Ecosystems parce que le terme est partout, mais l’analyse reste souvent superficielle. Depuis dix ans, je vois des gouvernements, des universités et des villes parler avec assurance d’écosystèmes tout en continuant à utiliser des outils linéaires, des programmes sectoriels ou des réformes structurelles qui ne correspondent pas à la réalité de l’innovation.
Le moment est critique : transition climatique, intelligence artificielle, vieillissement démographique, tensions géopolitiques… Ces défis traversent les institutions et mettent en lumière les limites des politiques d’innovation traditionnelles. Ce livre est ma tentative de prendre du recul, d’examiner les leçons tirées à l’échelle internationale, et de proposer une manière concrète de penser l’innovation comme un système évolutif.
Un extrait du livre qui vous représente particulièrement ?
J.H. : Ce n’est pas un extrait, mais une idée : les écosystèmes d’innovation ne peuvent pas être construits par décret. On ne peut ni les copier ni les gérer comme des organisations. Ils reposent sur les compétences, la confiance et un effort soutenu.
Cela reflète mon propre parcours. J’ai souvent travaillé à l’interface entre l’ambition politique et la réalité de la mise en œuvre. Le livre s’inscrit dans cette lignée : il s’intéresse moins aux slogans qu’aux conditions concrètes qui permettent aux systèmes de fonctionner, de s’adapter et de durer.
Quelles sont les tendances émergentes auxquelles vous croyez le plus ?
J.H. : La première est un glissement discret de la compétition vers la coordination. De nombreux défis liés à l’innovation exigent désormais une collaboration entre entreprises, secteurs et niveaux de gouvernement.
La deuxième est l’émergence d’organisations qui jouent un rôle de connecteur ou d’intégrateur de système. Elles alignent les intérêts et les capacités sans chercher à contrôler les résultats.
Enfin, il y a un retour de l’attention portée à l’exécution. Après des années de stratégies et de grandes visions, on redécouvre l’importance des compétences opérationnelles, de la mémoire institutionnelle et de l’apprentissage par la pratique.
Quel conseil donneriez-vous aux lecteurs ?
J.H. : Résistez à la tentation de copier ce qui semble fonctionner ailleurs. Les écosystèmes d’innovation sont profondément marqués par l’histoire, les institutions et la culture.
La vraie question est : comment renforcer les capacités et les relations là où vous êtes, au lieu d’importer des modèles conçus dans des contextes radicalement différents ?
Quels sont les prochains sujets qui vous passionnent ?
J.H. : Je m’intéresse de plus en plus à l’intégration des systèmes, une discipline encore absente de la politique et du management de l’innovation.
Je travaille aussi sur le rôle évolutif des universités comme piliers civiques et économiques, au-delà de leurs missions classiques d’enseignement et de recherche.
Enfin, j’explore comment l’intelligence artificielle interpelle l’administration publique, notamment la manière dont les gouvernements peuvent développer à la fois leurs capacités et leur légitimité.
Merci John Howard
Merci Bertrand Jouvenot