On ne peut pas faire sa carrière et son métier en même temps. L’un et l’autre sont un travail à plein temps. Il faut choisir, disait Churchill. Une leçon que le plus méconnu, le plus incroyable et aussi le plus influent des pilotes de chasse, John Boyd, ne manquait pas de donner à ses protégés.

 

 

Un héro méconnu

 

John Richard Boyd (23 janvier 1927 – 9 mars 1997) démarra sa carrière comme pilote de chasse de l’armée de l’air américaine et la termina comme consultant au Pentagone. Ses théories ont eu une grande influence dans le domaine militaire, dans le sport de haut niveau, en entreprise et pour la résolution de conflit juridique.

John Boyd a également inspiré le programme d’évaluation technologique militaire Lightweight Fighter (LWF) qui a donné naissance à deux avions supersoniques : le  General Dynamics F-16 Fighting Falcon et le  McDonnell Douglas F/A-18 Hornet, qui sont toujours utilisés par les États-Unis et plusieurs autres puissances militaires.

Toute sa vie durant, il officia comme coach tantôt officiel, tantôt officieux, de jeunes pilotes de chasse qu’il prenait sous son aile. La réponse qu’il leur donnait était quasiment toujours la même et se résume en un mot : humilité. Elle devint une sorte de rite de passage auquel chaque pilote voulait se soumettre.

 

John Boyd disait à ses disciples

 

John Boyd disait à ses disciples : « Ecoutez moi bien. Un jour vous vous trouverez à la croisée des chemins. Ce jour, il faudra choisir quelle direction suivre. »

Pour mieux illustrer son propos, John Boyd écartait ses bras et poursuivait ainsi :

« Si vous voulez devenir quelqu’un il vous faudra aller par ici. Vous aurez à ravaler votre fierté, à faire des concessions, à mettre de côté vos valeurs, à avaler des couleuvres, à faire des choses que vous n’auriez pas aimé faire ou que vous ne raconterez pas le soir à vos enfants en rentrant du travail. Peut être pas même à votre épouse. Vous perdrez peut-être même vos amis. Certains jours vous ne vous reconnaîtrez plus en vous regardant dans le miroir. Mais vous serez membre du club, vous aurez les honneurs, vous gagnerez de l’argent, vous serez quelqu’un dans l’œil de vos voisins. »

Il continuait en indiquant avec son autre bras la second direction avant d’ajouter :

« Si en revanche, vous voulez faire quelque chose, quelque chose pour votre pays, pour l’US Air Force, pour vous-même, vous n’aurez pas de promotion, vous ne vous verrez pas confier les meilleures missions et vous ne serez sans doute pas le favoris de vos supérieurs. Mais vous ne perdrez pas d’amis, vous ne vous mentirez pas à vous même sur vous même et vous ferez quelque chose qui a du sens, aussi petit soit il.

Etre quelqu’un ou faire quelque chose est une question qui forcément se posera à un moment de votre carrière. Et il vous faudra répondre. »

 

DRH, écartez donc les bras

 

John Boyd aurait pu aider les directions des ressources humaines et les directions générales. Il les aurait certainement aidé à définir quatre populations au sein de l’entreprise :

Les ambitieux qui veulent « être quelqu’un ». Ils le sont parfois en arrivant en entreprise. Quelquefois ils le deviennent ensuite. Ce sont ceux qui se servent parfois plus de l’entreprise qu’il ne la servent.

Les serviteurs qui « font quelque chose ». Leur ambition se limitant à bien faire les choses, à faire bien, à être un bon collaborateur. Ils sont précieux et indispensables, mais souvent instrumentalisés par les premiers.

Les ni-ni qui sont ni dans l’ambition qui les feraient devenir des ambitieux, ni non plus de simples serviteurs. Entre deux, ils peuplent sans doute les rangs les plus pourvus de leurs entreprises.

Enfin, les leaders actuels ou potentiels, qui réussissent le difficile exercice de conjuguer avec succès leur ambition personnelle avec le intérêts de leurs entreprises. Des oiseaux rares dont les pilotes de chasse d’exception comme John Boyd connaissent la valeur.

 

 

Etre ou ne pas être ? Là est la question écrivait Shakespeare. Etre ou ne pas être ? Faire ou ne pas faire ? Là sont les questions, expliquait John Boyd, mort sans grande richesse, sans véritables gloires et aujourd’hui presque oublié. Espérons avoir ravivé son nom dans la mémoire cachée au fond de nos cervelles de moineaux.