Nous avons tous besoin de travailler, mais nous avons aussi envie de bien travailler
Avec Le management équilibré (Éditions EMS ), Karin Warin, Olivier Linot et Sophie de Brabandere proposent une méthode fondée sur les neurosciences, la physiologie et l’observation des comportements humains. Leur ambition : aider chacun à manager en accord avec sa propre personnalité tout en favorisant l’engagement collectif.
Bonjour Olivier Linot, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?
O.L. : Ce livre est né d’une volonté profonde de Karin Warin, présidente de MAGNA-UP, de partager avec le plus grand nombre ce que nous construisons depuis plusieurs années avec ma collègue Sophie de Brabandère.
De mon côté, j’avais développé une approche — qui ne s’appelait pas encore le Management Équilibré — ancrée dans mon parcours au sein de la fonction publique territoriale, où j’ai exercé diverses fonctions jusqu’à devenir directeur général d’une mairie. Très tôt, j’ai compris que dans la sphère publique, les leviers de coercition sont quasi inexistants : il faut donc, dès le départ, travailler sur les leviers de motivation. Et pour cela, il faut d’abord les trouver, car quand on a la motivation et la passion des gens, on comprend comment les faire progresser.
Cette réflexion est aussi profondément liée à mon parcours de professeur d’éducation physique et de spécialiste de la physiologie à l’effort, d’abord auprès de sportifs handisport, puis de sportifs de haut niveau. C’est ce terreau commun — neurosciences, physiologie, sciences du sport — qui a donné naissance à la méthode. Un an de travail collectif, un éditeur trouvé, et la conviction que le moment était venu de formaliser ce que des années de pratique avaient validé.
Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?
O.L. : Sans hésitation, c’est la partie du premier chapitre consacrée aux quatre mots-clés de la méthode : besoin, envie, vouloir, pouvoir. Ce passage est fondateur, car une fois ces quatre concepts intégrés, le reste coule de source.
Le livre y pose une distinction souvent négligée : nous avons tous besoin de travailler, mais nous avons aussi envie de bien travailler. Ce n’est pas la même chose. Le besoin renvoie à une nécessité fonctionnelle ; l’envie, à une recherche de sens, de plaisir, d’épanouissement. De même, vouloir et pouvoir sont deux choses distinctes : ce n’est pas parce qu’une personne veut qu’elle peut, et ce n’est pas parce qu’elle peut qu’elle veut. Or en management, on confond en permanence ces deux dimensions.
Tout cela repose sur une réalité biologique : notre cerveau cherche en permanence l’équilibre. Il mesure les écarts, perçoit les tensions, et déclenche des mécanismes pour se stabiliser — c’est ce que les neurosciences appellent l’homéostasie. Le rôle du manager équilibré, c’est précisément d’observer, d’interroger, et de bâtir un écosystème dans lequel chacun peut s’engager pleinement, en alignant les besoins de l’entreprise avec les besoins et les envies de chaque collaborateur.
Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?
O.L. : La recherche du plaisir au travail. Le COVID a tout changé — et tout accéléré. Il nous a rappelé brutalement notre vulnérabilité, il a repositionné le plafond et le plancher de nos priorités. Des métiers entiers se sont vidés parce que les gens ne voulaient plus sacrifier leur vie à des conditions qui ne leur correspondaient plus. Les jeunes préfèrent parfois un CDD à un CDI — ce qui aurait été impensable il y a trente ans.
Ce que j’observe, c’est que la compatibilité entre les personnes devient une priorité managériale aussi importante que la compétence. On ne passe pas de bons moments avec des gens qui nous agacent. C’est pourquoi nous travaillons de plus en plus sur l’équilibre entre compétences et compatibilité comportementale dans les recrutements : quand les gens sont faciles à comprendre, ils sont faciles à accompagner, et le collectif fonctionne mieux. Ce chantier-là s’imposera, j’en suis convaincu, comme une priorité dans les années qui viennent.
Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?
O.L. : Apprenez à vous connaître. Comprenez votre propre mécanique cérébrale. La plupart du temps, nous confondons des réactions avec des actes de management. Or manager, c’est comprendre, décider, et mettre en œuvre. Dès que vous vous comprendrez mieux, vous accepterez plus naturellement que les autres fonctionnent différemment — et cette simple prise de conscience ajoute immédiatement de la tolérance, de la flexibilité, et de l’efficacité collective.
Le Management Équilibré n’est pas un management de la bienveillance molle : c’est un management assertif et honnête. Mais tout commence par soi.
En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?
O.L. : Tolérance. Et je pèse ce mot. Il faut d’abord s’offrir de la tolérance à soi-même pour pouvoir l’offrir aux autres. C’est cet état d’esprit qui ouvre la voie aux grandes valeurs collectives : le respect, la solidarité, la réussite partagée.
La tolérance n’est pas une faiblesse — c’est une force active, qui demande du courage et de la lucidité. Et c’est, au fond, ce que le Management Équilibré cherche à cultiver.
Merci Olivier Linot
Merci Bertrand Jouvenot
