Fini le bullshit, il est temps de remettre le bon sens au coeur du management. Le monde change trop vite pour s’offrir le luxe de se déconnecter de la réalité. Il faut des repères pour fixer un nouveau cap en matière de management et susciter l’engagement. C’est ce que Christian Grellier propose dans son livre : Management : Le retour au bon sens. Interview de l’auteur.

 

Bonjour Christian Grellier, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Christian Grellier : Cette envie de faire partager mes convictions sur un management plus humain et plus authentique me taraudait depuis quelque temps. Cette crise de la COVID a vraiment été le déclencheur : Les crises sont souvent des accélérateurs et des révélateurs et l’actuelle crise sanitaire, qui nous oblige à nous réinventer, est vraiment une chance.

Je pense franchement que nous sommes à un moment charnière où il faut en finir avec le « fake management » !

Plusieurs études récentes témoignent d’ailleurs d’une attente très forte des Français pour un retour au sens et au bon sens dans leur vie professionnelle.
Un Français sur trois a le sentiment d’occuper un « bullshit job », dont il ne perçoit ni le sens ni l’utilité. Ils sont autant à envisager une mobilité professionnelle lorsque la crise de la Covid sera passée. Soit deux fois plus qu’en juin 2019 ! Par ailleurs, un Français sur cinq déclare également avoir envie de créer son entreprise ou d’en reprendre une en 2021.

D’ici à 2025, les milléniaux et la génération Z représenteront près de 75 % de la population active dans le monde. Ils chercheront, plus que d’autres, à concilier business et engagement sociétal. Une étude de Mai 2021 du Ministère du Travail confirme d’ailleurs que 6 actifs sur 10 signalent être exposés à des conflits de valeurs dans leur travail, avec pour certains un impact sur leur santé.

Enfin, le baromètre Edelman de la confiance indique que les citoyens et les salariés font davantage confiance à leurs dirigeants qu’aux hommes politiques. D’ailleurs, le mouvement des Gilets Jaunes a révélé que, pour 76 % des Français, c’est aux entreprises d’imposer le changement sans attendre le gouvernement. C’est donc le moment pour les leaders d’entreprise de partager leurs convictions et leurs engagements pour fidéliser leurs clients et attirer des talents !

Après les années d’euphorie exubérante de la « nouvelle économie », nous sommes désormais dans un monde d’incertitudes tout aussi excessives, où même les valeurs les plus fondamentales semblent être remises en cause. Que nous soyons expérimentés ou simples débutants, nous avons tous besoin de sens, d’authenticité, de transparence et de l’affirmation forte de fondamentaux de management nous permettant de mieux gérer l’incertain auquel nous sommes confrontés.

Back to basics !

Le management de proximité s’impose désormais comme une évidence.
Les leaders qui galvanisent vont reprendre le pouvoir sur les coachs qui béquillent les managers noyés dans les process.

 

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

C.G. : Difficile de choisir mais je pense que le passage sur l’authenticité du manager est sans doute celui qui me tient le plus à cœur. J’y rappelle notamment que les collaborateurs réclament désormais de la transparence, de l’empathie et, surtout… du bon sens. Ils veulent comprendre et donner du sens à leur vie perso et pro. Or le sens passe d’abord par le bon sens.

Il faut parler au cœur, aux tripes, aux convictions, pas seulement à l’intelligence. Les jeunes saturent des raisonnements et leur préfèrent de la passion, du supplément d’âme et de la générosité. Par-delà l’intelligence, ils désirent surtout plus de cœur et plus d’enthousiasme.
Je cite notamment Sébastien BAZIN, PDG du Groupe ACCOR, l’un des patrons préférés des Français (Classement Forbes – Mai 2021) : « Trop de décisions sont prises par des gens intelligents qui manquent de générosité et d’altruisme. Les décisions doivent se prendre d’abord avec l’estomac, puis avec le cœur, et enfin avec le cerveau. Inverser l’ordre, c’est se tromper. »

Les jeunes talents attendent des faits et moins de discours. C’est comme en amour, on préfère les preuves d’amour aux promesses !
Je crois vraiment à une entreprise avec un peu moins d’experts et un peu plus de décideurs, moins de compétence et plus d’appétence, moins d’intelligence et plus de sens.
Une entreprise ne vit plus seulement de ce qu’elle produit, mais de ce qu’elle promet.

 

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

C.G. : Dans un monde toujours plus digital, la tendance de fond qui s’impose, paradoxalement, est un retour à plus d’humain.

On parle notamment de « l’expérience client », où les clients n’attendent pas seulement des produits de qualité au bon prix, mais un véritable service personnalisé où l’on prend ses besoins particuliers en considération et où la relation qu’il entretient avec son fournisseur est simple et automatisé pour ce qui relève de l’administratif, et est incarnée par un conseiller de clientèle faisant preuve d’empathie pour les échanges concernant ses besoins propres.
Le digital a changé définitivement notre niveau d’exigence : le client ne cherche plus seulement à être satisfait, il faut désormais le surprendre. Les entreprises pionnières et performantes sont celles qui réenchantent l’expérience client dans leur secteur d’activités. Je cite notamment, dans l’ouvrage, quelques exemples remarquables comme CitizenM, Nescafé ou Decathlon.

Il en est de même pour « l’expérience collaborateur » : le collaborateur cherche à être libéré des tâches administratives par des applications digitales qui lui simplifient la vie et lui laissent plus de temps de qualité à consacrer à ses collègues et à ses clients. D’ailleurs, le fait de moins nous voir pendant le confinement a nourri notre ferveur du collectif.
Le confinement a également contribué au retour du leader qui donne un cap et qui est un repère stable dans une situation instable. C’est la fin des petits chefs, des managers nounous et des managers flous qui infantilisent leurs équipes par manque d’engagement, de confiance et de courage.

Le moment est donc venu de réenchanter le management, de remettre l’humain et le sens au cœur de l’entreprise.

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

C.G. : Dream big, Work Hard, Never give up !

Dream big : Ne limitez pas vos défis, défiez vos limites.
Work hard : Misez sur la force du collectif pour faire bouger des montagnes. Soyez force de proposition et incarnez le changement par l’exemple.
Never give up : Ne lâchez rien tant que vous n’avez pas atteint votre objectif. Face à l’inertie, gardez votre enthousiasme et votre pugnacité.

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

C.G. : Je suis très concerné en ce moment par les enjeux de l’entreprise inclusive : je pense vraiment que l’entreprise a beaucoup à gagner à donner leur chance aux jeunes issus des quartiers démunis, d’où je viens. Ces jeunes ont besoin d’abord de confiance en eux, d’accès facilités aux entreprises et de mentors qui les conseillent avec bienveillance. Personnellement, je suis bluffé par le talent et l’enthousiasme de jeunes étudiants issus de foyers modestes que j’accompagne via la Fondation Francis Bouygues : ils font un parcours remarquable en dépit de leurs précarités. C’est également une raison de plus pour mettre fin à la reproduction des élites dans les grandes écoles et dans les entreprises. De la diversité nait la richesse.

Une entreprise inclusive, c’est également donner une vraie place aux talents en situation de handicap. Allez au-delà du respect des quotas et de la compassion pour faire de ces collaborateurs de vrais acteurs de l’entreprise en considérant d’abord leur talent et leur compétence avant de voir leur handicap.

Plus que jamais, l’entreprise doit être le reflet de la société.
C’est sans doute la meilleure garantie d’attirer des talents et de fidéliser durablement des clients.

 

Merci Christian,

 

Merci Bertrand

 


Le livre : Management : Le retour au bon sens, Christian Grelier, Eyrolles 2021.