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Le savoir n’a pas d’âge et il n’a pas de limite

Dans Recrutez et gérez vos talents avec l’IA (De Boeck Supérieur), Alexandre Martin, avec Ismaelle Haddouzi et Lee Schlenker, explore la manière dont l’intelligence artificielle transforme le recrutement, la gestion des compétences et le management. Il revient ici sur la genèse du livre, l’IA responsable et les technologies qui façonneront demain.

 

Bonjour Alexandre Martin, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Alexandre Martin : L’histoire de ce livre commence au deuxième semestre 2024. Non par un projet de rédaction d’un ouvrage, mais plutôt par l’élaboration d’un livre blanc. Ce livre blanc était une collaboration avec Ismaelle Haddouzi, CEO de la société e-Peak People, ainsi que le Business Analytics Institute, avec comme représentant Lee Schlenker, et moi-même.

L’idée de départ du livre blanc était de montrer le potentiel des systèmes d’IA pour la détection et la gestion des talents. Ce qui m’a intéressé dans ce projet, ce sont ces trois thématiques : la gestion des ressources humaines, la détection des talents et les systèmes d’IA.

Ces trois thématiques ont toutes une importance pour moi. Tout d’abord, en tant qu’analyste en intelligence économique au sein du Business Analytics Institute, c’est l’idée de pouvoir expliquer à des cadres dirigeants — ou à toute personne curieuse — comment les systèmes d’IA peuvent faciliter leurs activités professionnelles, ou bien d’expliquer comment les systèmes d’IA fonctionnent.

Ensuite, je suis personnellement impacté par la thématique abordée. J’ai un parcours scolaire atypique. Mon premier diplôme est un BEP Métiers de la comptabilité et mon dernier diplôme, en 2026, un Master en Management des systèmes d’information et d’organisation. Autant dire qu’il n’y a pas de continuité.

Mon parcours professionnel est lui aussi tout aussi atypique. J’ai commencé ma carrière en tant qu’ouvrier manutentionnaire dans un centre de tri postal. Et depuis 2009, j’enchaîne les fonctions : technicien, administrateur système, consultant en systèmes d’information, ingénieur de production informatique et analyste en intelligence économique. Bref, le genre de CV que les recruteurs ne s’attardent pas ou peu à creuser. Surtout dans un pays où les recruteurs préfèrent privilégier l’ancienneté sur une fonction plutôt que les diverses compétences acquises durant ces mêmes périodes. Et malgré le fait que ces compétences aient été acquises soit à l’aide de formations, soit de façon autodidacte.

Et pour conclure, mais pas des moindres, la raison est que la gestion des ressources humaines est une des thématiques couvertes par le Business Analytics Institute.

Lors de la phase de brainstorming, nous avons posé nos idées, beaucoup d’idées. Malgré ce flot d’idées, nous avons décidé de toutes les noter dans le but de potentiellement publier plus tard un livre à partir de ces idées.

Au printemps 2025, le hasard a voulu que vous me contactiez au moment où notre groupe d’écriture était en train de finaliser les écrits et de structurer le livre blanc. Mais aussi en train de structurer les chapitres déjà écrits pour une potentielle publication sous le format d’un livre.

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

A.M. : Étant un ouvrage collégial, je vais citer non pas un unique passage mais trois passages. Chaque passage représente la participation d’un des auteurs qui l’a écrit et est représentatif de ses compétences professionnelles.

Pour Ismaelle Haddouzi, je citerais la partie 2, « Gestion des ressources humaines », chapitre 4, « Cartographier les compétences du futur », pages 34 à 35.

Les compétences techniques restent fondamentales. Mais l’approche proposée va plus loin, en accordant également une place essentielle aux soft skills et à l’évaluation de la personnalité. Cette approche holistique permet de dépasser les modèles d’évaluation classiques. En reconnaissant la valeur des parcours atypiques et des compétences non conventionnelles, les organisations peuvent identifier des talents uniques, capables de proposer des perspectives innovantes et de s’adapter rapidement à des environnements complexes.

Pour Lee Schlenker, je citerais la partie 3, « Management », chapitre 7, « Maximiser la collaboration humaine et IA », pages 59 à 60.

Intégrer l’intelligence artificielle au sein des équipes ne se résume pas au déploiement d’outils : c’est une reconfiguration profonde des rôles, des responsabilités et des modes de coopération. La formation en entreprise évolue vers un modèle d’intelligence collaborative, dans lequel les systèmes d’intelligence humaine et artificielle s’alimentent mutuellement pour relever les défis organisationnels.

Enfin, pour ma contribution, je citerais la partie 5, chapitre 13, « IA responsable : harmonisation des besoins et des valeurs pour l’entreprise », pages 125 à 126.

Un système d’IA responsable a pour but d’obtenir un système d’IA qui soit fiable et transparent auprès des utilisateurs, internes et externes. Un système d’IA responsable couvre à la fois les aspects éthiques et juridiques.

Pour qu’un système d’IA soit responsable, il faut qu’il soit composé de six critères : la confidentialité, l’équité, la fiabilité, la pérennité, la responsabilité et la transparence.

Le déploiement d’un système d’IA responsable ne doit pas être un frein à l’essor de votre entreprise. Bien au contraire. Ce doit être un atout complémentaire au bon développement et au bon fonctionnement de votre entreprise.

Au fur et à mesure que l’IA va se déployer en entreprise, avoir un système d’IA responsable apporte des avantages concurrentiels. Ces avantages sont l’amélioration des choix stratégiques, l’atténuation des risques, le développement d’une confiance auprès de vos partenaires extérieurs et l’innovation durable.

Il faut noter que la viabilité d’un système d’IA responsable ne dépend pas de simples mots inscrits sur une feuille. Ce sont les décideurs et les personnes responsables du développement qui définissent les résultats que vont générer les systèmes d’IA. Au final, c’est l’être humain qui décide comment un système d’IA va réagir.

Quelles sont les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

A.M. : Parmi les tendances émergentes qui m’intéressent, je commencerai par le développement de l’informatique quantique. Car dès lors que ces ordinateurs seront pleinement exploitables, il y aura une vraie révolution dans de nombreux domaines, du médical à l’astrophysique en passant par l’informatique, l’IA et la cybersécurité.

Mais la tendance émergente qui m’intéresse — et m’intrigue — le plus est la robotique. Nous sommes encore loin d’un T-800 pour l’endosquelette ou bien d’un Robocop pour le côté cybernétique, surtout au niveau des prothèses. Mais il y a une évolution de la technologie robotique ces dernières années. En plus d’avoir gagné en autonomie dans leurs systèmes d’alimentation, les robots sont à présent capables de se tenir debout et de se mouvoir de façon stable comme un bipède.

Là, je ne parle pas des jouets et des robots gadgets présentés lors du salon VivaTech 2026 à Paris. D’ailleurs, ce n’était pas non plus une nouveauté. Des exemplaires fonctionnaient déjà depuis un an en Asie, principalement en Chine, qui utilise déjà des androïdes pour réguler la circulation routière. D’un côté, nous avons des adultes qui travaillent pour améliorer le futur de l’humanité — ce qui est paradoxal — et de l’autre côté, nous avons des adultes qui s’émerveillent pour des jouets…

Je parle plutôt des robots Atlas de l’entreprise Boston Dynamics. Ces robots sont capables de se déplacer de façon autonome dans une pièce. Et ils sont capables de transporter des pièces d’un point A à un point B ainsi que de ranger ces mêmes pièces. Tout en étant autonomes.

En tant qu’ancien ouvrier manutentionnaire, je sais ce que c’est de porter des charges lourdes. Mais aussi le coût — car c’est bien un prix au sens d’un coût — de ce que cela implique sur la santé physique d’un être humain.

Si cette technologie s’avère réelle et opérationnelle, car comme tout bon sceptique, j’ai quand même un certain degré de méfiance, le développement de la robotique va révolutionner la santé physique de millions de personnes dans le monde.

Il ne faut pas oublier que la tendance mondiale est à la dénatalité, Chine et Japon en tête. D’ici quelques années, il y aura un problème réel pour s’occuper des personnes âgées. Et même si les robots Atlas seront réservés au secteur industriel, il existe déjà des prototypes, certes avec un système de mobilité simplifié, qui aident les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite dans leur vie quotidienne. Ainsi que les aides-soignants pour les soulager lors de la prise en charge de leurs patients.

Pour conclure, l’autre tendance émergente qui m’intéresse n’est pas une tendance émergente, mais plutôt le renouveau, voire un nouvel engouement, pour la conquête spatiale.

Tout d’abord, il y a la colonisation de la Lune et l’installation d’une base lunaire. Je retrouve dans cette tendance l’importance du développement et du déploiement de la robotique.

En l’état, l’environnement lunaire est hostile à l’être humain : un écart important des températures entre le jour (+121 °C) et la nuit (-157 °C) dans le meilleur des cas. À cela s’ajoutent les radiations des rayons cosmiques et, pour finir, le problème du régolithe, capable de s’infiltrer dans les moindres interstices et aussi tranchant que des lames de rasoir.

Il serait plus simple, même si cela est facile à dire, dans une première phase, de déployer des robots pour préparer le terrain lunaire. Le déploiement de robots permettrait de construire des structures habitables pour les humains. Mais aussi de construire des zones d’alunissage « propres », sans traces de régolithe, et stables pour les modules lunaires habitables.

Toujours dans le domaine spatial, l’autre tendance, ce sont les projets de déploiement de datacenters orbitaux. Cela permettrait de limiter grandement l’impact environnemental des datacenters sur Terre. Mais il y a des contraintes thermodynamiques liées à l’environnement de l’espace pour refroidir les serveurs lames ou les baies de disques. À cela s’ajoute le problème des radiations solaires et la protection contre les micro-impacts.

Et même dans le cas où il y aurait une solution pour ces problèmes naturels, il faut penser aussi aux problèmes liés aux changements de disques de stockage et aux autres éléments qui composent un serveur. Je compatis avec l’hébergeur qui devra intervenir sous quatre heures pour changer des éléments internes de la lame et effectuer des opérations de maintenance sur le datacenter orbital [rire].

L’ensemble de ces contraintes refroidissent mes ardeurs — sans faire de jeu de mots — concernant cette tendance. Mais je reste quand même à l’écoute sur cette thématique.

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

A.M. : L’unique conseil que je donnerais à vos lecteurs, c’est de ne jamais cesser d’apprendre. Le savoir n’a pas d’âge et il n’a pas de limite.

Vous n’êtes jamais trop vieux pour apprendre. Car vivre sur ses acquis est le meilleur moyen de tout perdre et de rester sur le banc de touche de la société.

La connaissance est à portée de main. Même s’il faut faire du tri dans les sources, l’accès au savoir n’a jamais été aussi facile. Le temps où uniquement les élites avaient accès aux connaissances est fini. Les personnes qui disent que seuls les « puissants » détiennent la connaissance sont des menteurs et des manipulateurs.

MOOC, vidéos de vulgarisation, tutos, conférences en accès libre, musées, expositions… il existe de nombreux moyens de s’instruire aujourd’hui et gratuitement. Il faut juste être persévérant, tenace et surtout avoir la volonté d’apprendre.

Et il n’y a pas non plus de limite dans les domaines de connaissances. Être un érudit n’est pas un défaut ni une tare. Bien au contraire, cela permet de connaître le fonctionnement de notre monde — culture, géopolitique… — pour mieux l’appréhender et pouvoir y survivre.

« Nam et ipsa scientia potestas est » (« Car la connaissance elle-même est pouvoir ») — Francis Bacon, Meditationes Sacrae (1597), section « De Haeresibus ».

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

A.M. : J’ai trois sujets qui me passionnent et sur lesquels je travaille depuis un certain temps. Sans grande surprise, la thématique principale de ces trois sujets concerne l’IA. Mais chaque sujet abordera des sous-thématiques différentes : philosophie, sociologie et psychologie.

Le premier sujet est celui de l’éthique de l’IA. Le sujet de l’éthique de l’IA fut le sujet de mon mémoire de Master.

Le second sujet concerne la place de l’être humain dans le monde du travail de demain. C’est un sujet qui est d’actualité, et qui le sera toujours.

Et le dernier sujet concerne la notion de conscience artificielle.

Merci Alexandre Martin

Merci Bertrand Jouvenot

Le livre : Recrutez et gérez vos talents avec l’IA, Ismaelle Haddouzi, Alexandre Martin et Lee Schlenker, De Boeck Supérieur, 2026.