Associer les compétences de chacun pour trouver des solutions aux problèmes les plus complexes, qui n’en rêve pas ? Le design thinking est une méthode permettant de débloquer la créativité au travail. Mais, avant de commencer, il convient de démythifie la créativité en s’appuyant sur l’analyse d’entreprises pionnières telles que Spotify, Pixar et Dyson. Un projet auquel s’est attelé Jean-François Marti pour pouvoir rédiger Innovez avec le design thinking. Écoutons-le nous parler de son livre.

 

 

Bonjour Jean-François Marti, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

 

Jean-François Marti : Parce que dans de nombreuses entreprises, l’injonction à innover ou à faire preuve de créativité se multiplient.

Mais au delà de l’injonction, ces mêmes entreprises ne créent pas l’environnement propice. Elles laissent donc leurs collaborateurs se débrouiller seuls pour penser différemment.

Innover, affronter l’inconnu ne peut se faire sans méthode. C’est l’un des paradoxes de la créativité. On pense qu’il faut se libérer des process pour devenir créatif et innovant. C’est tout l’inverse, plus vous voulez faire preuve de créativité, plus vous avez besoin de processus.
Mais du bon type de processus. Pas celui de l’entreprise traditionnelle.
Le Design Thinking, c’est cette méthode qui en mêlant intelligences intuitive et analytique va permettre de prendre confiance en soi et de mener vers le chemin de la créativité.

Comme son nom l’indique, c’est une méthode qui s’inspire de l’état d’esprit, des outils et des processus des designers mais qui s’applique à tous les sujets d’innovation, à des champs ou des fonctions qui n’étaient pas considérés comme créatif jusqu’à présent.

Face à l’instabilité croissante auxquelles les entreprises ont à faire face, il est nécessaire de diffuser ce type de méthode au plus grand nombre.

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

J-F.M. : Ce serait le résumé sur les « 10 essentiels » du Design Thinking. En voici l’extrait.

« Le design thinking est autant un état d’esprit qu’un processus. Pour adopter cet état d’état d’esprit, essayez de retenir ces dix essentiels :

Ce n’est pas ce que vous savez d’un produit qui compte, mais à quel point vous connaissez vos utilisateurs. Travaillez votre empathie avant tout. Sachez vous mettre à la place de vos futurs utilisateurs pour mieux comprendre les raisons qui feront qu’ils adopteront (ou pas) les futurs produits ou services que vous allez concevoir.

 

Travaillez en groupe, profitez des différentes perspectives, mobilisez l’intelligence collective. Mais ne recherchez pas le consensus interne, les outils du Design Thinking vous permettront de confronter les points de vue pour les enrichir, en évitant les conflits d’égo.

Pour innover, c’est le nombre d’itérations qui compte, pas le nombre de jours passés. Oubliez la linéarité. L’objectif n’est pas le calendrier mais le nombre d’aller retours.

Assurez-vous de toujours diverger avant de converger. C’est dans la divergence que réside la source de l’innovation. Commencez par elle, mais sachez refermer et finir par converger.

Travaillez votre pensée soustractive : V2 = V1-10 %. N’oubliez jamais ce réflexe créatif. Vous avez fini votre travail quand vous avez fini d’enlever, pas lorsque vous avez tout ajouté.

Les émotions avant les fonctions, l’empathie (à nouveau !) avant la connaissance. Ce sont les émotions créés qui feront la valeur de vos futurs produits ou services, bien plus que leurs fonctions.

Tout se raconte par l’histoire de vos utilisateurs. Si vous voulez obtenir un feu vert de votre organisation, parlez d’abord de vos utilisateurs et de leurs expériences, pas de vos produits.

Tout peut se prototyper. Sans prototype, n’importe quelle idée demeurera abstraite et aura peu de chance d’être adoptée. A partir du moment où votre idée devient « manipulable », elle devient concrète et prend de la valeur. Elle aura plus de chance d’être adoptée.

Pas de perfectionnisme. M, montrez votre ugly baby le plus tôt possible. Plus vite vous obtiendrez des retours, plus vous gagnerez du temps et meilleur sera votre produit,

Vos idées ne sont que des hypothèses tant qu’elles n’ont pas été expérimentées. Allez sur le terrain le plus souvent possible pour confronter vos idées à la réalité et mesurer leur impact. Inspirez-vous des méthodes de la recherche scientifique.

 

Le design thinking fusionne rigueur et créativité, mais ne doit surtout pas se transformer en un dogme. Un peu comme dans une recette de cuisine, conservez ces ingrédients mais surtout sentez-vous libre d’en modifier l’ordre en fonction de ce qui est le plus adapté à votre environnement et votre organisation. »

 

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

J-F.M. : A mon avis, la tendance qui émerge le plus est l’autonomie des collaborateurs au sein des entreprises. On entre clairement dans une approche post-taylorienne du travail, notamment dans le secteur des services.

Le modèle taylorien a démontré son efficacité… en période de stabilité. En période d’instabilité, il montre ses limites et toutes les entreprises cherchent à le dépasser. Mais au delà du discours la mise en place est souvent longue et laborieuse.

L’erreur est de croire que ce modèle post-taylorien serait le fait des Startups uniquement. Les GAFAM sont ceux qui l’ont mieux intégré. Peut-on parler de startups ? Ce sont des géants qui comptent des salariés par centaines de milliers. Ce n’est pas la taille qui compte pour adopter ce type de méthode, mais l’habitude d’intégrer le changement à grande vitesse.
Plus les entreprises se digitalisent, plus elles doivent intégrer la loi de Moore : le doublement de la puissance des technologies tous les 18 mois et la division de leur coût par 2. La Silicon Valley y est habituée depuis près de 50 ans. Ces entreprises ont eu le temps de l’intégrer dans leur modèle opératoire.

Mais la tendance la plus forte me parait venir de Chine. Car si la Silicon Valley demeure un modèle d’innvation, il se limite bien souvent à du software uniquement (à la notable exception de Tesla). Côté chinois, c’est encore plus puissant car la dimension Software et Hardware est beaucoup plus mêlée. Notamment lorsqu’il s’agit de recueillir des données pour entrer dans l’âge de l’Intelligence Artificielle.

Côté innovation, je conseillerai donc désormais de commencer par regarder du côté de l’Asie et de sa fusion du monde physique et digital.

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

J-F.M. : Démythifier la créativité. 75% des personnes ne se considèrent pas comme créatifs. D’abord parce que l’on confond « Art » et Créativité. Ensuite parce notre système éducatif (et ce n’est pas une spécificité française) nous a fait choisir très tôt entre un enseignement analytique et le choix d’une éducation créative, en séparant de manière étanche les 2 univers.

Mais, avec les bonnes méthodes, on peut réconcilier ces approches. Mais il faut oser. Faire preuve de créativité est encore une prise de risque en entreprise. Mais je pense que ne pas oser et s’ancrer dans une stabilité qui n’existe plus est encore plus risqué.

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

J-F.M. : Si vous me permettez 3 réponses, je dirai :

– Le développment des compétences créatives face au tsunami de l’arrivée de l’Intelligence artificielle.
– Le modèle d’innovation asiatique.
– La révolution culturelle des entreprises post-tayloriennes.

 

Merci Jean-François Marti

 

 

Merci Bertrand

 


Le livre : Innovez avec le design thinking, Jean-François Marti, Diateno, 2020