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La souveraineté numérique ne commence ni dans les lois ni dans les infrastructures

Alors que la dépendance technologique de l’Europe aux géants du numérique suscite débats et inquiétudes, Souveraineté numérique européenne, utopie ou trajectoire de survie ?, le nouveau livre de Fabrice Willot, explore les enjeux cruciaux de la souveraineté numérique européenne. Une réflexion urgente sur notre capacité à reprendre le contrôle de nos données… et donc de notre avenir.

 

Bonjour Fabrice Willot, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Fabrice Willot : Ce livre est la suite logique de mes travaux précédents sur la Shadow AI, c’est-à-dire l’usage non déclaré de l’intelligence artificielle. En travaillant sur ces sujets, j’ai pris conscience d’une réalité à la fois simple et inquiétante : nous exposons, volontairement ou non, une quantité massive de données personnelles dans nos usages quotidiens.
Prises isolément, ces données ont souvent peu de valeur. Elles peuvent même sembler insignifiantes et sans conséquence. Mais mises bout à bout, croisées, analysées, elles constituent une puissance considérable entre les mains de ceux qui savent les exploiter. Et cette exploitation n’est pas toujours bienveillante : cyberattaques, criminalité numérique, mais aussi stratégies industrielles, communication d’influence ou manipulation de masse.
Cette prise de conscience m’a naturellement conduit vers une réflexion plus large : celle de la souveraineté numérique européenne ou, à défaut, de la maîtrise de nos dépendances extra-européennes. Non pas comme un idéal abstrait, mais comme une nécessité concrète pour reprendre un minimum de contrôle sur les données que nous produisons, utilisons et exposons.

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

F.W. : Sans aucun doute, le passage où j’explique que la souveraineté numérique ne commence ni dans les lois ni dans les infrastructures, mais dans la compréhension des usages.
C’est probablement le cœur du livre : montrer que nous avons confié énormément, parfois trop, de pouvoir à des systèmes que nous utilisons sans toujours les comprendre, et que la première étape pour redevenir acteur consiste simplement à en prendre conscience.

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

F.W. : Je crois beaucoup à une forme de souveraineté par la lucidité.
On observe une prise de conscience politique progressive, mais surtout, et c’est le plus important, une évolution dans les entreprises et chez les citoyens. Le numérique n’est pas neutre. Chaque choix technique embarque des dépendances. Cette lucidité ouvre la voie à des arbitrages plus responsables, même imparfaits, mais assumés.

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

F.W. : Ne cherchez pas l’indépendance totale : elle est illusoire.
(Spoiler alert : la souveraineté numérique totale est donc une utopie.)
Cherchez plutôt à comprendre vos dépendances. Savoir à quoi vous êtes exposé, pourquoi, et avec quelles conséquences possibles transforme profondément votre rapport au numérique et redonne une marge de manœuvre réelle.

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

F.W. : Un seul mot ? Savoir, éducation, transmission.
Oups, ça en fait trois, désolé.
Parce que les véritables enjeux se joueront avec les générations futures. Sans éducation citoyenne au numérique, sans culture partagée des usages et des risques, aucune stratégie technologique ou politique ne pourra tenir dans le temps.

Merci Fabrice Willot

Merci Bertrand Jouvenot

Le livre : Souveraineté numérique européenne, utopie ou trajectoire de survie ?, Fabrice Willot, 2026.