Le monde digitale est en perpétuelle transformation, nous condamnant à acquérir et développer de nouvelles compétences sans relâche. Et s’il fallait désapprendre avant de pouvoir apprendre ? Pour répondre, nous avons posé cette question à Jules Fereol, Formateur Le Bahut.

 

Bonjour Jules Fereol, dans le digital faut-il désapprendre pour apprendre ?

Jules Fereol : D’abord, il faut s’accorder sur ce que l’on entend par “apprendre” : l’apprentissage, et donc l’action d’apprendre, est un processus. Cela suppose donc une transformation, une évolution des connaissances, des compétences ou des comportements. Pour laisser place à une telle modification, en particulier chez les adultes, il faut faire de la place dans un cerveau déjà plein ! Cela implique bien évidemment une reconfiguration des connaissances ou pour le dire autrement un ré-agencement.

Il n’y a pas, en tant que tel, de désapprentissage. Pourtant du point de vue de l’apprenant, il faut bien occulter un certain nombre de choses déjà apprises pour pouvoir se concentrer sur les nouveaux éléments à intégrer. Et cela se fait parfois avec difficulté et résistance. L’apprentissage ne se fait jamais ex nihilo, nous n’apprenons jamais rien à partir de rien. Nous faisons toujours des ponts avec ce que nous connaissons déjà, nous apprenons par association.

 

Lorsqu’une personne découvre un champ d’application complètement nouveau, il lui faut finalement apprendre à voir ce qu’elle sait déjà sous un nouvel angle afin de pouvoir effectuer des associations avec son savoir préexistant. Et cela s’apparente en effet, à une forme de désapprentissage. Pour être plus précis, on parle davantage de ré-apprentissage.

 

Le digital apporte une nuance majeure à ce réapprentissage. Il est d’une part une médiation particulière de l’apprentissage, pour le dire autrement, un moyen d’apprendre. Tous les moyens d’apprentissage ne sont pas équivalents, ils sont des médiations entre l’objet d’apprentissage et l’apprenant. En tant que pédagogue, nous devons nous interroger sur l’impact de telle ou telle médiation sur l’apprentissage de nos apprenants. Dans les grandes lignes, le digital peut permettre d’optimiser l’attention et la mémoire de l’apprenant jusqu’à un certain point. Pour d’autres apprenants, le digital représente davantage un frein qu’un véritable moyen d’apprendre. Toutes les situations sont particulières, il y a autant de situations d’apprentissage qu’il y a d’apprenants, malheureusement pour ceux qui conçoivent les dispositifs mais heureusement pour nous pédagogues !

 

Toutefois, il y a une particularité, en termes de ré-apprentissage, que le digital impose : c’est un travail d’autonomisation. Les technologies du numérique au service de la formation oblige en premier lieu une prise en main. Cette prise en main doit être accompagnée vers une autonomie d’utilisation. Pour les formations asynchrones en ligne, l’apprenant doit nécessairement se débrouiller seul. Bien qu’il puisse pour cela être guidé avec des tutoriels et autres vidéos explicatives sur le fonctionnement global de telle ou telle plateforme, il n’en est pas moins seul. Cette “solitude” le conduit également à apprendre en autonomie, d’où le rôle crucial des communautés d’apprentissage. Mais cet apprentissage solitaire doit se transformer en apprentissage autonome, c’est-à-dire que l’apprenant doit connaître et optimiser ses propres capacités d’apprentissage, en situation. Cela opère non pas comme un désapprentissage mais comme un apprentissage de soi en situation d’apprentissage. Un ré-apprentissage de sa propre autonomie d’apprentissage.

 

Jules Fereol

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Le principe de la Question qui tue et les règles du jeu sont simples :

1 – L’interview est composée d’une seule et unique question.

2 – Celui ou celle qui répond, doit le faire exclusivement par e-mail.

3 – L’interviewé a carte blanche et nous n’intervenons aucunement sur sa réponse.

4 – La réponse doit contenir à minima une dizaine de lignes, mais peut faire plusieurs pages.

5 – Toutes les photos, tous les liens hypertextes, toutes les vidéos, sont les bienvenues.

6 – L’interview est publiée sur le blog de Bertrand Jouvenot et sur Linkedin

7 – L’interviewé fera de son mieux pour répondre aux commentaires laissés sur Linkedin et Twitter notamment.