En 1999 le français Eric Raymond, cocréateur du terme open source, écrivait The Cathedral and the Bazaar, un essai qui connut un grand retentissement dans ce qui n’était encore que le petit monde de l’Internet. Depuis, le monde tout court se numérise. L’heure est donc venue de poser une question qui tue à un autre de nos compatriotes, Pierre de la Coste : Le monde qui se profile sous l’influence grandissante de la technologie ressemblera-t-il davantage à un bazar ou à une cathédrale ?

 

 

Il faut répondre à cette question dans le cadre de « l’après covid ». Michel Houellebecq y a déjà répondu : « le monde d’après sera comme celui d’avant, en pire ». Autrement dit, un bazar encore pire que le bazar d’avant. Le courant « collapsiste », ajoutera que la fin du monde, environnementale, économique, politique, sociale et autres, va s’accélérer.

 

 

Je répondrai donc à la question posée que « le temps des cathédrales », comme dirait Régine Pernoud, fut aussi un terrible bazar (guerres, famines, épidémies…).

 

 

Il me semble simplement que les choses vont s’aggraver dans les deux directions, vers le bazar et vers la cathédrale. La cathédrale (souvent assez peu spirituelle, à vrai dire) est celle des découvertes scientifiques prodigieuses, des avancées technologiques sidérantes, de l’exploration spatiale, des progrès de la médecine… Le bazar est un mot assez faible pour par parler du désordre mondial provoqué par le coronavirus, du réchauffement climatique et de la montée des eaux, de la plastification des océans, toutes choses que l’on nous prédit à longueur de journées.

 

 

C’est un peu facile, nous dira-t-on. Vous ne prévoyez don rien de précis pour le monde de demain. Mais précisément nous ne voulons rien prévoir, car le déterminisme, le sens de l’histoire, qu’ils reposent sur l’idée de Progrès comme au 19ème siècle, ou sur des prévisions catastrophistes comme aujourd’hui, nous font passer à côté d’un avenir historique ouvert, pour le meilleur et pour le pire. Personne ne voit les dangers terribles, en termes de liberté personnelle, que nous fait courir l’intelligence artificielle, qui permet aux géants du Web de collecter à notre insu nos données privées. Personne n’avait prévu ce virus, apparemment catastrophique, mais peut-être porteur de « destruction créatrice », comme dirait Schumpeter.

 

 

Ni le meilleur, ni le pire des mondes ne sont devant nous, prévisibles, inéluctables. Personne ne peut nous dire ce que sera l’après-covid. A mon avis, il n’y aura pas de troisième vague, parce que nous l’avons prévue. Mais, comme dirait Coluche « pire, vous connaissez ? Eh bien, ça, c’est encore pire. »

 

 

 

Pierre de La Coste

 

Pierre de La Coste a été journaliste (Valeurs actuelles, le Figaro) et « plume » de plusieurs ministres. Il est l’auteur de romans, de nouvelles et d’un essai : L’Hyper-République. Son dernier ouvrage, Un idiot dans la ville, est paru aux éditions Persée. Il a également animé le blog Hyper-republique.org et est intervenu régulièrement sur le média citoyen Agoravox.fr. C’est l’un des fondateurs des « Rendez-vous du futur » et de la revue en ligne du Cube-Art3000.

 

 


Le principe de la Question qui tue et les règles du jeu sont simples :

1 – L’interview est composée d’une seule et unique question.

2 – Celui ou celle qui répond, doit le faire exclusivement par écrit, via e-mail.

3 – L’interviewé a carte blanche et je n’interviens aucunement sur sa réponse.

4 – La réponse doit contenir à minima une dizaine de lignes, mais peut faire plusieurs pages et pourquoi pas, devenir le point de départ d’un prochain livre de l’interviewé.

5 – Toutes les photos, tous les liens hypertextes, toutes les vidéos, sont les bienvenues.

6 – L’interview est publiée sur le blog de Bertrand Jouvenot et sur Linkedin

7 – L’interviewé fera de son mieux pour répondre aux commentaires laissés sur Linkedin et Twitter notamment.