A force de trop vouloir façonner le monde de demain, le numérique est taxé d’être hyper-polluant.  Pour comprendre l’empreinte climatique du digital, qui décidément ne manque pas d’air, nous avons posé notre question qui tue à Noel Bauza, entrepreneur de l’écologie 2.0 : Le numérique est-il l’allié ou l’ennemi de l’écologie ?

Comme souvent, cela dépend de plusieurs facteurs. Le numérique n’est pas un secteur à part mais un outil. Comme tous les outils, et les technologies en général, leur impact dépend de l’utilisation que l’on en fait.

 

Ce qui est sûr, c’est que l’empreinte numérique n’est pas neutre sur l’environnement :

 

– Sur le climat : les émissions de CO2 du numérique correspondent à 4% des émissions mondiales. E, France, c’est un peu moins de 1% si l’on exclut les importations.

50% de ces chiffres sont liés aux équipements et terminaux (smartphones, serveurs, ordinateurs, écrans, etc) et 50% sont liés à la consommation d’énergie des serveurs et de ces terminaux.

Ces émissions augmentent aussi très vite : la consommation d’énergie liée au numérique augmente de 9% par an (source : The Shift project)

 

– Sur les ressources : le numérique consomme beaucoup de métaux rares qui pourraient être utilisés à d’autres fins, notamment dans des technologies bas carbone (transports, électricité dans les pays fortement carbonés, énergie,…)

 

En se basant sur ces informations pour répondre à la question, il faut étudier si le numérique permet des économies dans leur applications : en quelque sorte, si le ROIE (Retour sur Investissement Environnemental) est positif.

 

D’un côté, certaines applications du numérique permettent de rendre des processus beaucoup plus sobres et beaucoup plus efficaces. Quelques exemples :

– Le mail permet d’éviter d’envoyer un courrier imprimé (impact du papier et de l’encre + transport). – – La visio permet d’éviter des trajets en voiture ou en avion.

– TooGoodToGo permet d’acheter un plat sur le point d’être jeté.

– Le GPS permet d’emprunter les routes les plus efficientes.

– Blablacar permet de grouper des voyages. Oui.sncf permet de réserver un voyage sans se déplacer à la gare.

– Alertgasoil utilise des algorithmes pour réduire la consommation des flottes de véhicules.

 

Ces innovations numériques ont un ROIE très largement bénéfique, car elles sont relativement peu gourmandes. 

 

– Mais de l’autre côté, l’efficacité permise par le numérique entraîne un effet rebond dans certaines applications : les pubs passent d’une page dans un journal à une pub vidéo sur un article en ligne, les bitcoins qui n’ont aucune application réelle consomment plus d’électricité que la Norvège, les gens stockent des milliers de photos sur leur smartphone et des millions de personnes regardent les Marseillais à Miami en streaming.

 

Résultat : aucun impact positif sur l’environnement, et beaucoup d’énergie et de ressources consommées. 

 

Il est donc très complexe de définir si l’impact positif de certaines utilisations du numérique compense l’impact négatif des autres utilisations. Ce qui est sûr, c’est que le numérique a le potentiel d’être un des meilleurs alliés de l’écologie. À condition de bien s’informer sur le sujet pour appliquer les bons gestes 🙂

Merci Noel
Merci Bertrand

 

 

 


Le principe de la Question qui tue et les règles du jeu sont simples :

1 – L’interview est composée d’une seule et unique question.

2 – Celui ou celle qui répond, doit le faire exclusivement par écrit, via e-mail.

3 – L’interviewé a carte blanche et je n’interviens aucunement sur sa réponse.

4 – La réponse doit contenir à minima une dizaine de lignes, mais peut faire plusieurs pages et pourquoi pas, devenir le point de départ d’un prochain livre de l’interviewé.

5 – Toutes les photos, tous les liens hypertextes, toutes les vidéos, sont les bienvenues.

6 – L’interview est publiée sur le blog de Bertrand Jouvenot et sur Linkedin

7 – L’interviewé fera de son mieux pour répondre aux commentaires laissés sur Linkedin et Twitter notamment.