La gentillesse est une qualité pour les uns et un signe de faiblesse pour les autres. Elle est surtout entourées d’idées reçues et de fausses croyances à son sujet, que Delphine Luginbuhl et Aurélie Pennel énoncent et dénoncent dans leur livre Trop bon trop con ? Un ouvrage très vivant qui vous fera changer de regard sur la gentillesse, que vous la croisiez dans la vie courante, le monde du travail, au cinéma, en littérature, et même en psychologie…

 

Bonjour Delphine et Aurélie, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Delphine Luginbuhl et Aurélie Pennel : Ce livre a trouvé naturellement sa place à la suite des deux précédents que nous avions écrits. Avec « Cultiver l’optimisme » (en 2018), nous souhaitions montrer que l’optimisme n’est pas une question de nature mais bien une question de posture, un choix que chacun peut faire au quotidien, jour après jour. Cet état d’esprit positif est un formidable socle sur lequel nous appuyer pour construire la vie à laquelle nous aspirons, ce qui est le propos de notre second livre « J’arrête de renoncer à mes rêves » (sorti en 2019).

Or nous avions souvent des discussions avec des personnes qui se plaignaient de ne pas réussir à suivre leurs envies car elles faisaient toujours passer les besoins des autres (famille, amis, voire collègues) avant les leurs. Comme si le fait d’être gentil impliquait de s’oublier au profit d’autrui… On nous demandait même souvent : « mais comment faites-vous pour ne pas vous faire marcher sur les pieds en étant gentilles ? ».

Avec « Trop bon, trop con ? », nous souhaitons mettre en lumière les fausses croyances qui enferment les gentils dans une image qui ne leur correspond pas toujours et proposer des pistes concrètes et des exercices pour les aider à transformer les quelques défauts courants liés à la gentillesse en bienfaits, mais aussi à s’assumer tels qu’ils sont et à trouver leur juste place, à la maison comme au travail ! Nous sommes en effet convaincues que tout le monde y gagnerait, la bienveillance envers soi-même et envers les autres étant un élément fondamental de l’épanouissement individuel et collectif.

 

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

« Trop de personnes gentilles se plaignent encore de se faire marcher dessus, dans leur vie personnelle comme dans leur vie professionnelle. De ne pas se sentir respectées. Ou d’être obligées de masquer leur gentillesse pour faire carrière.

D’autres, à l’inverse, s’attristent qu’on leur renvoie d’elles-mêmes l’image de personnes dures et peu empathiques (alors qu’elles se savent profondément douces et humaines à l’intérieur) du fait qu’elles osent affirmer leurs besoins et ne pas les faire passer systématiquement après ceux des autres.

La gentillesse est une grande qualité, mais elle peut devenir une faiblesse si ceux qui la possèdent ne mettent pas le curseur au bon endroit.

En étant trop gentil, on finit par se perdre soi-même. On peut alors en vouloir aux autres, qui abusent de notre gentillesse, ou nous en vouloir à nous-mêmes, qui ne sommes pas capables de nous faire respecter. L’excès de gentillesse agit d’ailleurs comme un aimant à personnes nocives : ces dernières repèrent tout de suite la bonne poire qui ne sait pas dire non. Manipulatrices, elles font croire aux gentils qu’elles les apprécient, mais installent une relation purement utilitaire et unilatérale. Le jour où la personne gentille s’en rend compte, la déception est amère et peut conduire à une grande tristesse, parfois à une dépression.

Dans certains cas, cette peur d’être abusée peut conduire une personne gentille à se protéger des autres, en évitant de créer des liens profonds, voire en agissant de manière à repousser ceux qui viendraient chercher cette gentillesse. Quel gâchis ! »

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

D.L., A.P. : Nous partageons toutes les deux une conception de l’être humain comme petite part d’un écosystème global. D’où l’importance d’être à l’écoute de soi, des autres, de respecter le vivant et l’ensemble de la nature, de soigner nos relations sociales.

La crise sanitaire nous semble avoir violemment remis certaines pendules à l’heure, en nous faisant prendre conscience de la fragilité de notre équilibre à l’échelle de la planète… Individuellement, nous ne sommes pas grand-chose ! Curieusement, nous avons un jour été saisies par une sorte de bouffée d’amour universel en nous promenant dans la rue et en voyant tous ces gens masqués autour de nous : qui aurait imaginé début 2020 que nous nous retrouverions TOUS dans cette situation ? Nous vivons une aventure collective et pour la première fois ou presque de notre histoire, nous sommes tous reliés par quelque chose de palpable. Certes, il s’agit d’un virus aux conséquences dévastatrices… pour autant, il est important de chercher à tirer des choses positives de la situation.

Nous intégrons cette tendance dans notre vie personnelle et professionnelle, chacune à notre manière et en fonction de nos envies, qui fluctuent beaucoup car nous sommes extrêmement curieuses et avides de découvertes ! Par exemple, en ce moment, Aurélie s’investit beaucoup dans le yoga, qui lui permet de se connecter à elle-même et au reste du monde, tandis que Delphine est en plein approfondissement des théories systémiques de l’école de Palo Alto.

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

D.L., A.P. : Vous voulez dire un conseil autre que celui d’acheter « Trop bon, trop con ? » ? 
Notre conseil serait le suivant : écoutez-vous, respectez-vous, soyez authentique et ouvrez-vous au monde. Identifiez les croyances qui vous aident et celles qui vous freinent dans votre vie, chérissez les premières et débarrassez-vous des secondes (si vous avez besoin d’un coup de pouce pour cela, n’hésitez pas à nous solliciter !).

Vous ne pouvez pas toujours choisir les événements qui vous arrivent, mais vous êtes libres de choisir la manière dont vous décidez d’y réagir, pour vivre une vie qui vous ressemble.

Ayez confiance en vous-même et faites confiance aux autres, vous constaterez que dans la grande majorité des cas, cela vous aidera à réussir ! Si vous réalisez de temps en temps que certaines personnes cherchent à abuser de votre bonté ou de votre crédulité, vous aurez tout le loisir de réagir… mais surtout, ne vous fermez pas aux autres de manière préventive, par crainte de souffrir un jour. Seuls, nous ne sommes rien ou presque.

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

D.L., A.P. : Probablement quelque chose autour du lâcher prise : comment se centrer sur l’essentiel et se donner les moyens d’être heureux ?

Combien de fois entendons-nous des plaintes du type « j’en ai vraiment marre de mon boulot, mais je n’ai pas le choix, il faut bien que je gagne ma vie » ? On a toujours le choix de changer ce qui ne nous convient pas… mais pour cela, il faut faire des renoncements… et c’est là justement que se situe l’idée de choix ! Je peux choisir de renoncer à vivre dans un joli pavillon dont je paye les traites grâce à un confortable salaire pour partir élever des chèvres dans le Larzac… mais c’est un choix qui n’est pas forcément facile à assumer, surtout si j’ai des enfants scolarisés et un conjoint allergique au pollen ! Plutôt que de se dire « je n’ai pas le choix », mieux vaut se dire « en fonction des choix que je fais à un instant t, voilà les contraintes que je dois assumer… suis-je en accord avec cela ? ». Et si la réponse est non, là, il est urgent de se demander ce que l’on souhaite changer, pour vivre pleinement ce qui est essentiel pour nous !

 

Merci Delphine Luginbuhl et Aurélie Pennel

 

Merci Bertrand

 


Le livre : Trop bon, trop con ?, Delphine Luginbuhl, Aurélie Pennel, Eyrolles 2021.