Le traducteur d’un livre entretient nécessairement une relation particulière avec son auteur et finit par connaître son œuvre mieux que quiconque. C’est pourquoi nous interviewons régulièrement ces hommes et ces femmes de l’ombre afin qu’ils partagent avec nous leur compréhension intime des meilleurs ouvrages. Dans le cadre de notre série « Ils ont traduit. Ils ont appris… », voici donc l’interview de Florence Meyer, traductrice de La Méthode de Seth Godin.

Bonjour Florence Meyer, quelles réflexions vous a inspiré ce travail de traduction ?

J’ai réalisé que dans un travail créatif, quel qu’il soit, créer n’est finalement qu’une étape parmi d’autres au sein d’un processus itératif. Vous ne pouvez pas vous contenter de créer et d’admirer votre œuvre, il faut trouver le courage de la partager, de la montrer à d’autres, d’aller chercher du feedback puis d’utiliser ce feedback pour améliorer l’œuvre et … recommencer !
Ce travail de création constant m’a d’abord semblé épuisant et frustrant : l’œuvre (quelle qu’elle soit) n’est jamais finie ! Mais après réflexion, je réalise que c’est aussi une façon de dédramatiser la création : elle n’est qu’une étape dans le processus créatif, et elle est constamment perfectible. Cela devrait nous encourager à oser davantage faire preuve de créativité dans nos domaines respectifs !

Qu’aimeriez-vous nous apprendre sur l’auteur ?

Seth Godin est , à tort, assez peu connu en France. Il est à la fois un grand gourou du marketing et de l’entrepreneuriat (même s’il n’aime probablement pas l’idée de gourou !) mais aussi de la créativité, qui est un terrain où je l’attendais moins. Mais bien sûr ces trois domaines se nourrissent les uns les autres et sont cohérents. Il est constamment en veille et repère bien en avance les tendances à venir. D’ailleurs, son ouvrage consacré à la créativité fait sens en cette période de crise globale : beaucoup de personnes ont trouvé dans le développement de leur créativité, que ce soit par l’écriture, les photos ou encore  la cuisine, une façon de faire face au bouleversement de nos modes de vie.
Enfin, ce qui m’impressionne à titre personnel chez Seth Godin, c’est sa discipline : il écrit un billet de blog tous les jours ! Certes, son billet est parfois très court, mais cette régularité, qu’il prône d’ailleurs dans La Méthode, est très rare chez les créatifs et Seth Godin est un modèle pour moi qui manque régulièrement mon objectif d’un billet par semaine !

Qu’imaginiez-vous trouver dans ce livre en l’ouvrant pour la première fois ?

Je m’attendais à y trouver des conseils pratiques pour développer sa créativité. J’y ai trouvé beaucoup plus : une réflexion globale sur l’audace, sur nos croyances limitantes et sur le pouvoir créatif illimité dont nous disposons. J’y ai trouvé aussi une synthèse très complète des meilleures pratiques de créativité car Seth Godin a interviewé des créatifs de domaines très variés : chefs cuisiniers, musiciens, auteurs, peintres, comédiens, scénaristes etc. et il est intéressant de voir qu’au-delà de domaines d’expression très différents, les ressorts de la créativité sont identiques !

Qu’aviez-vous appris en définitive, lorsque vous avez écrit le mot FIN de cette traduction ?

Je retiens pour ma part deux grands messages :
  • L’angoisse de la page blanche n’existe pas, ce n’est qu’une excuse  ! Je n’y suis pas confrontée dans mon travail de traduction, car j’ai un point de départ : le texte de l’auteur.  En revanche, je suis aussi auteure et j’ai parfois du mal à me lancer. J’avais besoin d’entendre que ce vide n’existe pas et que je peux le dépasser par un premier jet, un brouillon, aussi mauvais soit-il, qui aura le mérite de constituer un tremplin vers quelque chose de mieux.

 

  • Si vous ne partagez pas ce que vous avez créé, vous passez à côté d’une opportunité de recevoir du feedback et d’améliorer votre création. J’y vois une incitation forte à dépasser ses complexes ou son sentiment d’imposture pour oser enfin produire, créer, inventer  et surtout partager, livrer au public et tirer parti des feedbacks. Sur le sujet des feedbacks, Seth Godin insiste bien sûr sur leur utilité, mais il nous alerte aussi sur le fait que tous les feedbacks ne se valent pas. Certains feedbacks, comme les commentaires rageurs à une étoile que l’on peut trouver sur Amazon, n’aident pas à améliorer son œuvre. Que faire ? Passez à autre chose et admettez que vous ne pouvez pas plaire à tout le monde !

 

Merci Florence Meyer

 

Merci Bertrand

 


Le livre :  La Méthode, Seth Godin, Diateino, 2021. Traduction de Florence Meyer