Netflix a provoqué une véritable révolution dans l’univers de l’entertainment. L’entreprise est devenue un monstre qui fascine autant qu’elle effraie le monde de l’audiovisuel, producteurs et chaînes confondus. Toute la vie quotidienne, la philosophie et l’expérience d’une entreprise unique qui a su créer son propre modèle révolutionnaire est relatée dans un livre : No Rules Rules. Son fondateur, Reed Hastings a choisi d’y exposer ses idées d’une manière originale : un dialogue souvent contradictoire avec Erin Meyer. Nous avons interviewée Cécile Leclère, leur traductrice dans le cadre de notre série Ils ont traduit, ils ont appris…

Bonjour Cécile Leclère, quelles réflexions vous a inspiré ce travail de traduction ?

Cécile Leclère : Lorsqu’on est traductrice littéraire comme moi, ce type de traduction est terriblement exotique ! Il s’agit d’une plongée au cœur d’une très grande entreprise, or la traduction est une pratique solitaire, nos seuls collègues sont nos ordinateurs et nos dictionnaires, il n’y a pas de manager ou de patron direct.

C’est donc passionnant de s’immerger dans un monde inconnu, celui de l’entreprise en général, mais surtout de celle-ci en particulier : Netflix a connu une réussite hors du commun et ses pratiques sont assez singulières, surtout si on les compare au monde du travail français. Le livre contient à la fois l’histoire de la création de Netflix, ses pratiques concrètes et leurs évolutions au fil du temps. Il résume comment peu à peu, Netflix s’est débarrassé de nombreux carcans.

Qu’aimeriez-vous nous apprendre sur l’auteur ?

C.L. : Qu’ils sont deux ! Plus sérieusement, on cite et on pense d’abord à Reed Hastings, « le patron », bien sûr, mais c’est un ouvrage écrit à 4 mains et c’est pour cela qu’il est intéressant.  L’autrice qui a collaboré avec le patron de Netflix s’appelle Erin Meyer, elle apporte le contrepoint au récit. J’ai aimé ce double regard, les anecdotes très concrètes d’une part, qui nous permettent de découvrir le mode de fonctionnement au sein de Netflix et le recul, voire les critiques mêmes, qu’apporte Erin Meyer, qui nous font réfléchir.

 

Qu’imaginiez-vous trouver dans ce livre en l’ouvrant pour la première fois ?

C.L. : J’imaginais un compte-rendu idyllique de la vie de l’entreprise Netflix – après tout, il nous vient du patron lui-même. Pourtant, et c’est un peu lié à ma réponse précédente, Erin Meyer est là pour mettre les choses en perspective, à l’échelle du monde.  Je craignais qu’on y brasse beaucoup de concepts que je ne maîtrise pas, loin de là : il s’agit pour une grande partie d’anecdotes très intéressantes sur le monde du travail, souvent racontées par les différents protagonistes, offrant ainsi des points de vue contradictoires, puis l’appréciation de la spécialiste, Erin Meyer. Le livre nous met dans une position privilégiée de lecteur omniscient.

Qu’aviez-vous appris en définitive, lorsque vous avez écrit le mot FIN de cette traduction ?

C.L. : J’ai appris que j’étais capable de me glisser dans la peau d’un grand patron… à travers ses mots en tout cas ! Et c’était très plaisant. J’ai aimé comprendre ce qui est à l’origine des modes de fonctionnement de cette entreprise où l’on est à la fois très libre et jugé par ses pairs comme par ses supérieurs. À travers l’ouvrage, Netflix nous paraît un lieu de travail aussi motivant que potentiellement stressant, une entreprise où règne une grande confiance vis-à-vis des salariés et où l’on sent toute la difficulté que cela peut susciter. À tel point que l’entreprise a dû s’adapter aux différents pays où elle est implantée, modifiant ses pratiques. Un dernier avis aux lecteurs et lectrices : l’ouvrage n’aborde pas seulement les aspects management, on aperçoit aussi ce qui nous touche finalement le plus en tant que spectateurs : les programmes. Car un programme Netflix ne se conçoit pas tout à fait comme les autres. Il s’agit somme toute d’une découverte assez complète.

Merci Cécile Leclère

Merci Bertrand

 


Le livre : La Règle ? Pas de règle ! : Netflix et la culture de la réinvention, Reed Hastings, Erin Meyer, Cécile Leclère (traduction), Buchet-Chastel, 2021.