Le leadership traverse une crise dû aux nouveaux enjeux post pandémie. Si vous êtes manager, être vous-même est le plus beau cadeau que vous pouvez vous faire à vous-même, à votre équipe et à votre entreprise. C’est le point de vue que Minter Dial défend dans son livre You Lead. Interview.

 

Bonjour Minter Dial, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

J’ai écrit ce livre, You Lead, avant la pandémie, il est sorti en plein milieu et je suis devenu certain de l’importance du sujet que je portais : que le monde (et le business) a besoin d’une nouvelle forme de leadership. Dans un premier temps, nous sommes passés par une crise qui est, au fond, est existentielle. Ainsi, nous réfléchissons davantage à notre existence sur terre et à pourquoi nous travaillons. Dans un deuxième temps, avec les changements au travail (la transformation digitale, les protocoles liées à la crise sanitaire, le travail à distance et les enjeux financiers), nous recherchons plus de sens, de communion et d’authenticité dans nos relations. La vie professionnelle a dû se chevaucher avec la vie personnelle du fait, pour beaucoup d’entre nous, de devoir travailler depuis la maison. Dans ce contexte, le temps est venu pour un nouveau style de leadership. Avec autour de 70% des employés se déclarant pas engagés au travail, ce qui implique d’énormes pertes en productivité, nous avons besoin d’adapter la culture de l’entreprise et le management de nos équipes.

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

« J’ai eu un point tournant dans ma carrière un magnifique matin de fin d’été il y a vingt ans. Je m’inquiétais de la prochaine réunion mondiale annuelle à Paris, où tous les cadres supérieurs se réunissent pour entendre parler du panier à provision de nouveaux produits de chaque marque et du soutien marketing prévu pour garantir les budgets des trois prochaines années. Mon équipe, basée à New York, passait à la vitesse supérieure dans la course folle avant que nous devions tous nous envoler pour Paris. J’étais assis à mon bureau dans mon bureau au 19e étage dans le centre de Manhattan. Le téléphone a sonné. J’ai décroché. Et, en même temps, j’ai jeté un coup d’œil vers la droite. À environ six kilomètres de là, avec une vue cristalline, j’ai vu du feu émanant du tour. Cela ne semblait pas si grand, mais c’était certainement visible. J’ai raccroché le téléphone et me suis levé. De la fumée s’élevait. J’ai appelé mon assistante, Mary Ann, qui, sans perdre de temps, a prévenu qu’il devait s’agir d’un attentat terroriste. En moins de dix minutes, à peu près tout le monde à l’étage avait envahi mon bureau car c’était le seul avec une vue sur les World Trade Towers. Le bavardage était nerveux, modéré. J’ai allumé une radio locale. On parlait d’un petit avion de ligne. Tout le monde s’est dispersé et j’ai appelé Paris pour une courte conversation avec mon patron. Je lui ai parlé de l’explosion. Dès que l’appel a pris fin, je me suis levé et j’ai regardé le paysage urbain animé. J’ai pris quelques photos agrandies du bâtiment en feu. J’étais en partie engourdi par la distance et distrait par les problèmes entourant les préparatifs de la réunion.

J’ai gardé en moi un souvenir vif mais inexact de ce qui s’est passé ensuite. Au loin, j’ai pensé avoir repéré un avion, qui descendait le long de la ville. Peut-être était-ce un Canadair venu éteindre l’incendie qui faisait rage aux étages supérieurs de la tour ? Mon attention est restée collée à cet avion. J’ai imaginé la manœuvre habile nécessaire pour déverser de l’eau à cette vitesse, à cette hauteur. L’avion s’est dirigé droit vers l’ouverture fumante, puis s’est soudainement incliné à droite et a plongé hors de vue. Quelque trente secondes plus tard, à ma grande horreur, une autre boule de flammes engloutit le milieu de la tour sud. La réalité s’est installée. J’étais frappé par une pensée pénétrante : comment mon grand-père, l’homme dont je porte le nom, aurait-il réagi dans ces circonstances ? Officier de la marine américaine, marié avec un garçon et une fille, il avait été envoyé aux Philippines à l’été 1941. Aux premières heures du 8 décembre 1941, en tant que capitaine de l’USS Napa ancré dans la baie de Manille, il avait écrit en marge du journal de bord du navire, “0340 heures. J’ai appris que les hostilités avec l’Empire japonais avaient commencé.” En découvrant sa vie abrégée, j’ai commencé à faire le point sur mon propre passé, mon propre caractère et à me connecter à ce qui était le plus important.

Dans les cinq heures qui ont suivi, j’ai eu un électrochoc qui continue de résonner aujourd’hui. Je me suis demandé : qu’est-ce que je fais vraiment qui compte ? Au fil des années, j’ai compris à quel point ma vie personnelle était étroitement liée à ma carrière professionnelle. Nous sommes en effet façonnés par nos expériences vécues et il est important de reconnaître le rôle de notre vie personnelle dans la façon dont nous nous développons en affaires. J’ai emprunté un nouvel chemin vivifiant pour être la meilleure version de moi à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du bureau. J’ai cherché à comprendre et adosser mon vrai moi et à fusionner mon moi personnel et professionnel pour les combiner dans une seule identité. Pourtant, je me pose depuis longtemps une question lancinante : pourquoi ai-je attendu de vivre un événement bouleversant pour changer ? Je suis convaincu que vous pouvez trouver la réponse sans avoir besoin de subir un électrochoc. J’espère que vous vous inspirerez de cette histoire pour commencer votre propre voyage. »

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

L’avenir du travail (the « future of work ») sera un grand défi, bien plus difficile que certains pensent. Même pour les PME, mais surtout pour les grands groupes avec un héritage de travail en présentiel, il sera très complexe à l’avenir d’arriver à renforcer une culture d’entreprise, à créer une ambiance et l’appartenance avec des locaux qui doivent être repensés et une façon de travailler qui doit être adaptée. D’autre part, le travail « hybride » qui semble être le choix de prédilection, sera difficile justement parce que ça permet le choix. Autant avant les entreprises avaient la culte et l’habitude du présentiel, et que pendant la pandémie le travail à distance était imposé, maintenant quand il s’agit de choisir où on travaille, la difficulté sera d’accommoder les uns et les autres. Le choix rendra l’accomplissement du travail problématique, sans oublier la difficulté d’établir une bona fide culture.

A mon sens, le travail « hybride » va être un cauchemar pour bien des entreprises. Beaucoup d’entreprises sont en train d’évaluer si/comment retourner au travail. Faut-il insister à être en présentiel ? Devrait-on continuer avec le travail essentiellement à distance ? Peut-on permettre le travail de partout, comme ont expérimenté des groupes comme Revolut ou Spotify ? Ou passer en mode hybride, au choix multiple pour tous ? Et puis, comment changer les modes de management ? Quels bureaux avoir ? Quelles implications pour le recrutement et même pour la rémunération ? Tout ceci va rendre l’avenir du travail bien plus compliqué que l’on imagine.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

Passez du temps – donnez-vous ce cadeau – à réfléchir à qui vous voulez être. C’est-à-dire, concevoir un Nord comme boussole pour vous aider et à vous guider à travers toutes les options et choix que vous devriez prendre à l’avenir. Ceci vous permettra de mieux gérer votre temps et d’assurer une vie plus satisfaisante où vous vous sentirez le plus épanoui.

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

La belle conversation, le débat riche.

 

Merci Minter

 

Merci Bertrand


Le livre : You Lead de Minter Dial