Dans Manifeste de la vocation, Jean Watin-Augouard souhait convaincre chaque lecteur qu’il a une raison d’être, une finalité sur Terre. Il entend lui révéler (manifestare) cette évidence trop souvent ignorée en dépoussiérant le mot longtemps attribué à la vocation religieuse quand elle est le propre de l’homme. La vocation est « un appel à… » répondre à « la » question existentielle : « Qu’es-tu venu faire de singulier sur cette Terre ? Quelle empreinte originale souhaites-tu y laisser ? Quelle contribution souhaites-tu apporter ? »

 

Voici un extrait du livre :

 

Pourquoi parler de vocation aujourd’hui ? Le momentum est le moment où tout peut basculer. Quand le temps d’hier semble lent à disparaître et que celui de demain peine à naître. « Le vieux monde se meurt, le Nouveau Monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres1 », prévenait Antonio Gramsci, durant les années 1920. La crise de la Covid 19, monstre imprévisible, participe-t-elle de ce basculement ? Les nombreux mois de confinement semblent avoir déclenché des prises de conscience, conscience de soi, conscience des enjeux et défis planétaires qu’on ne peut plus ignorer et qui nous relient tous à une même humanité. On s’interroge sur le sens de sa vie, son travail, son utilité, sa vocation ? Cette crise spirituelle s’est traduite, sur fond de chômage contraint, de télétravail subi, de changement de lieu de vie, de découragement parfois, d’épuisement psychique souvent, par des introspections, une multiplication de bilans de compétence, des demandes de coaching, des reconversions professionnelles qu’on n’aurait jamais imaginées hier. Certaines prendraient leur source dans un rêve d’enfant ou d’adolescent enfoui, une vocation qui aurait été oubliée, négligée (…)

Si la vocation n’est pas une idée neuve, peut-elle trouver enfin au début du XXIe siècle son vrai sens ? Le mot « vocation » n’a jamais été autant utilisé dans le sens de « crise de vocation » quand un métier n’attire plus (les professeurs de mathématiques par exemple..), quand des personnes qui, souhaitant un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, ne veulent plus retourner dans leur poste (la restauration, par exemple), car ils ont découvert une autre vie moins stressante et plus valorisante. D’autres encore veulent quitter leur emploi, car ils n’y sont plus reconnus (infirmière), d’autres trouvent enfin le métier de leur rêve après un chemin de traverse…Ajoutons également que le télétravail a pu conduire certaines personnes à s’interroger sur le sens de leur travail et à le quitter pour d’autres horizons. Aujourd’hui, la crise sanitaire nous conduit, fort opportunément à nous poser de manière radicale — au sens de revenir à la racine, à l’origine -, la question de notre raison d’être, notre finalité. Elle a révélé que nous sommes tous indispensables, car inimitables donc irremplaçables, quand bien même « Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés »2. Non, nous ne sommes ni interchangeables ni remplaçables, nous sommes uniques. Nous sommes les maillons d’une longue chaîne d’union du dirigeant au routier, du chirurgien à l’infirmière, du soigné au soignant, de l’agriculteur au consommateur…d’hier à demain qui sera d’autant plus utile, solide et pérenne que nous aurons, chacun d’entre nous, trouver notre vocation pour l’accomplir sereinement dans une société devenue plus harmonieuse (…) Cette voix nous pose trois questions existentielles et essentielles. Notre vocation est le fruit d’une alchimie entre notre finalité ou raison d’être sur Terre, notre modalité choisie pour l’incarner ou raison de faire, et le résultat ou notre contribution dans la société. Elle est aussi bien l’appel (voix) que l’on reçoit que la singularité (voie) vers laquelle cet appel nous mène dans notre manière d’agir, de faire et de contribuer. C’est par notre vocation que nous écrivons notre propre histoire qui s’inscrit dans celle plus large de la société.

 

 


1 Antonio Gramsci, Cahiers de prison, Paris, Gallimard, 1986, cahier n° 3, paragraphe 34, p. 283.

2 Citation attribuée à Georges Clemenceau. À l’origine, un proverbe arabe : « Les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables ».

Le livre : Manifeste de la vocation, Jean Watin-Augouard, NomBre 7 éditions, 2021.