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Les croyances ne sont pas des faits. Ce sont des outils.

Dans Beyond Belief, Nir Eyal explore la manière dont nos croyances personnelles façonnent notre comportement, notre santé et nos performances. S’appuyant sur des recherches scientifiques récentes, l’auteur de Hooked examine comment les croyances que nous entretenons à notre propre sujet peuvent soit nous limiter, soit déclencher un changement profond.

Bonjour Nir Eyal, pourquoi avez-vous écrit ce livre… maintenant ?

Nir Eyal : J’ai passé des années à étudier comment les habitudes et les distractions façonnent le comportement, mais plus j’approfondissais mes recherches, plus je me heurtais à quelque chose de plus fondamental : les croyances que les gens ont à leur propre sujet. Pas leurs habitudes, pas leur environnement — leurs croyances. J’ai vu des personnes intelligentes et compétentes rester bloquées, non pas parce qu’elles manquaient de compétences ou d’opportunités, mais parce qu’elles avaient la conviction profonde que le changement n’était pas vraiment possible pour elles. J’ai écrit Beyond Belief parce que les données scientifiques à ce sujet sont extraordinaires et que presque personne n’en parle. Les recherches montrent que ce que vous croyez au sujet de votre propre vieillissement, de votre santé, de votre potentiel — ces croyances ont des effets mesurables, parfois spectaculaires, sur les résultats. Il me semblait urgent de partager cela.

Un extrait de votre livre qui vous représente le mieux ?

N. E. : Ce passage du livre résume bien la situation : « Les croyances ne sont pas des faits. Ce sont des outils. Et comme tout outil, la question n’est pas de savoir si elles sont vraies, mais si elles sont utiles. » Ce simple recadrage est le moteur de tout le livre. On nous a appris à évaluer nos croyances en nous demandant : « Est-ce exact ? » Mais la question la plus puissante est : « Cette croyance m’aide-t-elle ou me freine-t-elle ? » Une fois que l’on considère les croyances comme des outils que l’on peut prendre ou poser, tout change.

Les tendances auxquelles vous croyez le plus ?

N. E. : Deux choses. Premièrement, la science des effets des attentes évolue rapidement. Nous savons depuis des décennies que les placebos fonctionnent, mais les chercheurs cartographient désormais précisément comment les croyances modifient la physiologie — les niveaux d’hormones, la réponse immunitaire, voire la durée de vie. Becca Levy, de Yale, a découvert que les personnes ayant des croyances plus positives sur le vieillissement vivent en moyenne 7,5 ans de plus que celles ayant des croyances négatives. Ce n’est pas du discours de motivation. Ce sont des données concrètes.
Deuxièmement, je pense que nous entrons dans une période de rejet du discours de la victimisation — non pas parce que la souffrance n’est pas réelle, mais parce que les gens commencent à reconnaître qu’un diagnostic ou une étiquette, aussi valable soit-il, peut devenir un plafond. Avoir une forte capacité d’action ne consiste pas à nier les difficultés. Il s’agit de refuser de laisser les difficultés définir ce qui est possible.

Quel conseil donneriez-vous au lecteur de cette interview ?

N. E. : Passez vos croyances au crible comme vous le faites avec vos finances. La plupart des gens acceptent leurs croyances comme des faits sans jamais se demander d’où elles viennent ni si elles leur sont encore utiles. Prenez une croyance que vous avez sur vous-même — « Je ne suis pas du matin », « Je ne sais pas gérer mon argent », « Je suis trop vieux pour changer » — et demandez-vous : d’où cela vient-il ? Est-ce vraiment vrai ? Que serait-il possible de faire si ce n’était pas le cas ? Vous n’avez pas besoin de basculer dans un optimisme aveugle. Il vous suffit de cesser de traiter une vieille histoire comme une vérité immuable.

Quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

N. E. : Je m’intéresse de plus en plus à la dimension institutionnelle des croyances — la manière dont les organisations et les cultures transmettent des croyances limitantes aux personnes qui les composent. Une grande partie du développement du leadership se concentre sur les compétences et les stratégies, mais la variable cachée réside souvent dans les croyances tacites qu’une entreprise nourrit à l’égard de ses collaborateurs, de son marché ou de ce qui est possible. Je pense que c’est là la prochaine frontière pour la science du comportement appliquée au monde des affaires.
Merci Nir Eyal
Merci beaucoup Bertrand Jouvenot
Le livre : Beyond Belief, Nir Eyal, Portfolio, 2026