Vous êtes fatigués de la « guerre des écrans » à la maison ?
La guerre des écrans fatigue toutes les familles. Interdire ne suffit pas. Dans Téléphones Maison (Librinova), Alexandra Beucler, psychologue clinicienne, et Alain Goudey, expert du numérique, racontent trois familles confrontées au défi du smartphone. Un récit inspiré du réel pour comprendre les pièges des écrans — et reprendre le contrôle du temps qui compte vraiment.
Bonjour Alain Goudey et Alexandra Beucler, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?
Alain Goudey et Alexandra Beucler : Dans un monde de plus en plus numérique (réseaux sociaux, streaming à volonté et contenus illimités), nous constatons que dans toutes les familles, la question du temps passé sur le téléphone est un sujet tant pour les enfants, les adolescents que les adultes !
En effet, « le temps est la monnaie de la vie », comme le dit notre sous-titre, reprit de Carl Sandburg, et les familles laissent peut-être trop les algorithmes la dépenser à leur place. Cela nous semblait important de pouvoir éclairer le débat de société avec deux aspects majeurs de notre contribution :
Sortir du débat binaire pro vs. anti-écrans pour proposer une approche positive, équilibrée, ni dans l’ignorance des effets délétères, ni dans une illusions béate de cette technologie.
Profiter de nos regards combinés : l’accompagnement régulier de familles confrontées au sujet au sein de son cabinet pour Alexandra (Psychologue clinicienne), l’expertise sur le numérique et l’innovation de rupture (pour moi) et surtout notre vision combinée de parents de trois enfants. On sait de quoi on parle et on le vit aussi directement !
Au cours des quatre années d’écriture, nous avons pu voir le décalage grandissant entre l’évolution technologique et la réelle capacité d’adaptation des parents.
Nous avons donc décidé de tenter de contribuer à développer une meilleure culture du numérique à travers un meilleur usage du smartphone au sein des familles avec ce livre facile à lire, en mode partage d’expérience et romancé, loin des grands discours moralisateurs ou accusateurs.
Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?
A.G. & A.B. : Le livre mêle une histoire romancée (pour favoriser la compréhension des situations auxquelles nous exposent la technologie) et des moments de prise de recul pour expliquer, outiller, réfléchir.
Le passage qui nous représente bien est un moment de prise de recul avec la No Phone Box (p. 61 à 64) qui éclaire bien notre démarche globale avec trois points clés :
Une approche simple : pour gérer la technologie, un objet physique simple et un rituel familial peut suffire
La co-construction : laisser les enfants s’emparer de l’objet en le décorant afin de transformer la contrainte en projet créatif et fun
L’exemplarité : le parent doit aussi poser son téléphone. C’est le cœur de notre démarche éducative globale, et a fortiori autour des technologies.
Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?
A.G. & A.B. : Nous croyons beaucoup à l’autonomie numérique. Passer du contrôle parental externe (le policier qui interdit) à l’auto-contrôle par l’enfant de son outil numérique.
La prochaine tendance majeure de l’éducation des jeunes sera de leur apprendre à comprendre les mécanismes de manipulation (renforcement par récompenses aléatoires, FOMO, scrolling infini, etc.) autour des technologies pour s’en libérer, par eux-mêmes.
Cela sera d’autant plus important que les compétences techniques arrivent de plus en plus tôt et qu’il faut bien orienter les enfants, parfois jeunes, autour d’un usage éthique et positif pour eux et pour les autres.
Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?
A.G. & A.B. : Soyez un phare, pas une bouée ! Il ne faut pas chercher à tout contrôler et à interdire les écrans. Il faut fixer des limites claires et rigoureuses dès le départ (le plus tôt possible), pour pouvoir offrir de la flexibilité et de la confiance plus tard.
L’éducation au numérique (et donc au bon usage du smartphone) est un accompagnement de tous les jours et pas une série d’interdictions ou de limitations. C’est d’autant plus important qu’un adolescent a plutôt envie de transgresser l’interdit et de repousser les limites… autour d’un outil qui le manipule pour capter son attention au maximum. C’est tout ça qu’on décortique dans le livre.
En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?
A.G. & A.B. : Notre sujet du moment c’est l’intelligence artificielle et notamment les enjeux dans la sphère privée et dans l’éducation des enfants.
Ce n’est pas neutre à l’école, ce n’est pas non plus neutre au sein des foyers, à la maison. Nous avons déjà pas mal d’idées sur le sujet…
Merci Alain GoudeyMerci
Bertrand Jouvenot