Des contenus performants pour respecter la charge mentale de vos publics, réduire l’empreinte écologique du web et faire gagner en efficacité votre communication. C’est possible grâce à Ferréole Lespinasse,contributrice sur notre blog mais surtout auteur d’un second livre : Sobriété éditoriale. Interview.

Bonjour Ferréole, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

  • D’une part, pour remettre du bon sens en communication

Aujourd’hui, un modèle erroné persiste : « plus je publie, plus mon entreprise sera visible ». Résultat : le message – inaudible – se noie dans la masse, les publics sont saturés et certains producteurs de contenus s’interrogent sur l’utilité et le sens de leur fonction.

Cet impératif de communiquer tous azimuts nous surcharge mentalement tous, sans exception – de l’internaute au producteur de contenus – , affecte notre discernement et brouille notre réflexion. Il est extrêmement difficile de s’assurer de la fiabilité des sources. Ne parlons pas de l’éthique, la grande absente.

Le côté stratégique que peut porter la communication se rétrécit sacrément devant l’attente d’un like ou d’un taux d’engagement qui validerait la qualité du travail.

À trop vouloir marquer l’attention, divertir et faire rêver les publics, le sens originel du mot communiquer – rendre commun – est totalement occulté.

Parmi les objectifs de ce livre, il me tient à cœur de réfléchir à proposer une communication utile pour le lecteur et redonner de la hauteur aux métiers des communicants.

  • Ensuite, pour accompagner les prises de conscience sur la pollution du web et la criticité de ces ressources

Aujourd’hui, le numérique et le digital cristallisent toutes les attentions et actions. Bon nombre de modèles économiques et de manières de faire dépendent du numérique, en l’imaginant invincible. Ce dernier est utilisé comme si les ressources dont il dépend pour fonctionner – notamment, électricité et métaux rares – étaient extensibles à l’infini. Nous en disposons aujourd’hui : quand sera-t-il demain ?

Et si nous repensions nos usages du numérique, en le réservant aux essentiels ?

Et pourquoi ne pas rêver à un internet qui contribuerait au bien commun, l’émancipation individuelle, un internet qui viserait à élever l’humanité ? Non pas à nous asservir à un outil pour se distraire et consommer.

C’est certainement utopique, mais voici un autre élan de ce livre.

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

« Et si un autre modèle de communication était envisageable ?

Entamer un cheminement de sobriété éditoriale, c’est s’offrir le temps d’interroger l’utilité ses actions de communication pour les simplifier.

La sobriété éditoriale propose de s’affranchir des habitudes de communication

« parce qu’on a toujours fait comme cela ou parce que les autres le font. »

Elle incite à prendre conscience de l’impact de ses actions de communication, pour les envisager de manière plus harmonieuse.

Pour reprendre le pouvoir au lieu d’être asservi à des outils de communication et à des indicateurs de mesure comme si notre survie en dépendait. »

Comme je l’ai expliqué plus haut, tôt ou tard, nous allons être confrontés à des manières de faire autres.

Et si nous anticipions en dénumérisant, en pensant hors ligne, en imaginant une communication alternative ?

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Timidement, j’observe de plus en plus de personnes qui remettent en cause le modèle de publication à outrance sur les réseaux, qui souhaitent s’en écarter. Par exemple, Émilie Guillerez et son LinkedIn#Sober : une publication par semaine.

C’est un rythme que j’adopte depuis quelques années, une publication/semaine et si je n’ai rien à dire, j’évite de publier et quand je suis en vacances, je ne programme rien. Et pourtant, LinkedIn m’assure une visibilité efficace.

C’est ce modèle de sobriété que je soutiens, bien qu’il fasse peur au plus grand nombre.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

Osez faire moins, faites le pari de la sobriété.

Voilà aussi une tendance qui effraie : moins faire, moins publier, moins s’agiter. Et pourtant, le moins est lié au mieux : davantage de temps disponible, davantage de respect envers ses publics, davantage de visibilité des messages dans une masse informationnelle inaudible.

La sobriété éditoriale implique l’audace d’affirmer sa singularité, de faire différemment, d’assumer le « moins » au profit du « mieux ». Elle apporte un soulagement, celui de s’affranchir du « toujours plus », de ne plus s’encombrer du superflu, de se satisfaire de ce qui est.

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

Le numérique responsable dans son ensemble. Car il est temps d’agir pour éviter un monde dans lequel on fabrique des adultes perdus sans leur doudou smartphone, où l’on nivelle la pensée, ou la qualité d’une œuvre, en général, est déterminée par son nombre de likes. Tu l’avais évoqué d’ailleurs dans tes écrits il y a une dizaine d’années.

Il y a quelques très bons ouvrages sur le sujet qui aident à une prise de conscience. Je pense notamment à

Je pense également à la SF, qui imagine des mondes sans Internet : une manière de nous préparer ?

  • « Les déliés » de Sandrine ROUDAUT
  • Ou une BD comme Bug d’Enki Bilal : Plus de connexion internet dans le monde entier.

Pour en savoir plus sur le livre

Pour commander le livre : Sobriété éditoriale : 50 bonnes pratiques pour écoconcevoir vos contenus