Et si la plus belle histoire de l’entreprise c’était tout simplement les femmes et les hommes qui la composent. Dans son livre Être et raconter, le journaliste Thierry Watelet invite les dirigeants à puiser dans le passé de leurs entreprises pour y dénicher les éléments qui lui redonneront la confiance dont elle a plus que besoin aujourd’hui.

 

 

 

Bonjour Thierry, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Thierry Watelet : En réalité, mon projet consiste à d’écrire 6 livres sur l’oralité, c’est-à-dire une petite encyclopédie pratique à l’usage des décideurs.  C’est une collection : « Être et… »  J’ai commencé par le premier pilier « Être et parler ».  Comment mettre la parole au service du management.

 

Le deuxième de la série est celui-ci « Être et raconter ».  Sa philosophie tient en une phrase : « Le passé de l’entreprise n’est pas un lieu de résidence, mais un lieu de référence ».  Ce qui signifie que dans notre passé vécu en commun se trouvent des épisodes qui nous structurent aujourd’hui et nous rendent plus confiants pour demain. Encore faut-il les exhumer et les raconter.

80% du livre étaient rédigés au début du confinement.  Les événements m’ont poussé à ajouter deux chapitres supplémentaires.  Le livre vient d’être publié.  Une conférence lui est jointe ainsi qu’une formation.  La conférence s’intitule « La plus belle histoire du monde s’est vous ».  La formation permet aux dirigeants d’apprendre à utiliser le passé de l’entreprise pour rendre ses équipes plus confiantes.

 

Durant cette période de confinement, j’ai entendu des dirigeantes et des dirigeants me confier « que les réunions en ligne, ce n’était pas la même chose ».  J’ai alors étudié les plateformes pour me rendre compte qu’elles combinaient des techniques radio, des techniques tv et des techniques de rhétorique.  Et j’ai écrit un deuxième livre assorti de deux conférences et de deux formations lui aussi.  Il s’intitule « Être et parlé à son écran ».  C’est le troisième de la collection.  Il contient deux parties.  D’abord, comment redonner du tonus à son management dans les réunions en ligne ; ensuite, comment réussir son webinaire clients.

 

Pour la petite histoire, les experts-comptables qui réunissent fréquemment leurs clients en ligne me demandent de les former.  Et les professeurs de l’École de Management du Havre dont certains attachés à Oxford, me demandent de les former pour rendre leurs cours en ligne plus attractifs.

 

Trois autres livres paraîtront dans les trois prochaines années : « Être et répondre » ou comment réussir son interview ; « Être et expliquer – Quand tout va mal on dit quoi ? », c’est la communication de crise ; « Être et marquer les esprits », c’est-à-dire l’art de la persuasion.

 

Une page de votre livre « Etre et raconter », ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

T.W. : ‘Le point de départ {d’une histoire} est toujours un problème.  Ensuite vient la solution. Entre les deux s’élève la crise, le moment de l’insoutenable incertitude. L’instant où se concentrent tous les hasards du monde et la volonté des hommes pour forcer le sort.  Les beaux destins cachent toujours de grandes épreuves (…) La curiosité naturelle de l’homme se porte sur les pics de crise.  A ce moment-là de l’histoire, les éléments et les acteurs s’entrechoquent et provoquent de l’irrésolu. « Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien écrit Jean d’Ormesson. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde ».  L’histoire accumule cette énergie de plus en plus dense des contraires, tremble, s’enfièvre, puis crève les poches du destin et engendre de l’inattendu.  « Et tout le bonheur du monde est dans l’inattendu ».  En cela chaque fin d’histoire est une naissance qui nous exalte ou nous dépite ‘.

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

T.W. : Les leaders aujourd’hui doivent être capables de s’inspirer du temps long qui est le temps des hommes tandis que la seconde est le temps des robots.  Seul le temps long permet d’augmenter les compétences, de se taire et d’écouter, de se mettre à la place d’autrui pour mieux le comprendre, de le faire grandir.  La naissance d’un leader capable de raconter l’histoire vécue ensemble est souhaitable parce que le récit structure le sens de l’action commune.  La parole aujourd’hui, n’est plus une option.  Mais il faut la faire voyager en classe « sincérité » pour qu’elle porte avec force.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

T.W. : De s’exercer à l’introspection.  Dans ce que je viens de vivre ces dernières 24H00, qu’est ce qui m’a fait vraiment plaisir ?  En répondant à cette question, on se rendra compte que dans nos histoires personnelles, les moments les plus importants n’ont pas les visages que nous avions imaginés.  Le livre « Être et raconter » vous plonge dans le monde des histoires en répondant à trois questions finalement : qu’est-ce qu’une belle histoire ? Comment la raconte-t-on ?  Elles nous servent à quoi ?  Cette troisième question nous oblige à des cheminements profonds, opérationnels, enthousiasmants.  Nous voyageons à travers les neurosciences et la philosophie pour mieux comprendre l’utilité des histoires.   Cela concerne tous les décideurs.  Cela concerne tout le monde.

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

T.W. : Les dirigeantes, les leaders lisent mon livre et appliquent mes conseils.  Ils m’appellent pour donner des conférences ou former leurs cadres.  Ce qui me passionne alors c’est de voir briller les yeux lorsque chacun comprend la puissance de la narration et l’utilité qu’il peut en tirer dans son quotidien professionnel ou privé.

Mon prochain sujet, celui qui retient mes pensées concerne cette période exceptionnelle entre le 12 et le 17 mars.  On leur a dit : vous avez quatre jours et trois nuits pour fermer boutique.  Les entrepreneurs ont dû faire face à l’inattendu, dans l’urgence.  Ils ont réorganisé leur entreprise comme jamais ils n’avaient eu à le faire.  Et ça a marché !  C’est une période où il ne servait à rien de savoir.  Il fallait comprendre.  Je prépare un colloque de 8H00 sur ces journées d’inventions magnifiques.  J’aimerais exhumer toutes les bibliothèques que ces milliers d’entrepreneurs ont écrites dans ces heures-là et qu’ils n’ont pas partagées.  Ils ne savaient pas si c’était cela qu’il fallait faire.  Ils ont conduit leurs décisions avec intelligence et intuition.  C’était pour moi un réel moment d’humanité profonde dans l’histoire du management.  Avec des erreurs peut-être et souvent beaucoup de réussite et d’enthousiasme.  Ils ont retrouvé le sens profond de leur action, ils travaillaient au cœur de leur raison d’être.  Avec des à—peu-près, des corrections successives, des mises au point permanentes.  Ils ajustaient leur monde et opéraient des réglages fréquents.  L’erreur était la bienvenue.  Elle permettait une amélioration immédiate.  « Interdisez l’erreur, écrit Saint Exupéry et vous empêchez la victoire ».

 

 

Merci Thierry Watelet

 

 

Merci Bertrand

 

 

Le livre : Être et raconter : la plus belle histoire du monde, c’est vous, Thierry Watelet, Osenor, 2020.