L’ex PDG d’Air France a perdu son emploi, en conditionnant son maintien à son poste au résultat d’un vote des salariées de l’entreprise. Si une telle pratique serait sans doute moins surprenante aux Etats-Unis, son importation avortée en France révèle que nous ne travaillons pas encore dans des entreprises tout à fait libérées.

 

Le 2 mai 2018, dans un contexte de grève, le PDG d’Air  France, Jean-Marc Janaillac  décide de conditionner son propre maintien à son poste, aux résultats d’un vote des salariés sur un projet d’accord. Le 4 mai 2018, il annonce sa démission face aux résultats du scrutin : 55,44 % de non chez les 46 771 salariés de la compagnie avec, qui plus est, une forte participation (80,33 %).

Jean-Marc Janaillac avait-il en tête l’exemple de Phillip Rosedale, fondateur de Second Life et désormais PDG de High Fidelity, qui adresse chaque trimestre à tous ses salariés ainsi qu’à ses actionnaires, un questionnaire ne comprenant qu’une seule question : « Souhaitez-vous que je continue à occuper le poste de PDG de votre société le trimestre prochain ? «  Et ce, avec deux règles : premièrement, les réponses sont anonymes et se bornent à oui ou non ; deuxièmement, le vote est obligatoire.

La différence entre les deux exemples est marquante. Le PDG d’Air France a soumis en réalité sa stratégie au vote, plus que sa personne. En revanche, Phillip Rosedale invite ses collaborateurs à voter pour ou contre lui. Jean-Marc Janaillac a-t-il fauté par excès d’orgueil ou par manque d’expérience politique ? En France, comme chacun sait, lorsqu’une question est soumise au peuple par vote de référendum, les français répondent moins à la question qui leur est posée qu’à celui qui la pose, le Président de la République.

Plus symboliquement, cette mésaventure de l’un de nos dirigeants du CAC 40 révèle peut-être une rupture plus profonde entre le sommet et la base des entreprises françaises, ou à minima, une méconnaissance du moral et de l’état d’esprit des femmes et des hommes qui les font vivre au quotidien, par ceux qui les dirigent. Les applaudissements et les galvanisations des collaborateurs lors des conventions d’entreprise si bien orchestrées, ne seraient donc qu’un leurre qui tromperait les dirigeants eux-mêmes et leurs salariés, du moins le temps que l’émotion redescende ? Pire, nos entreprises auraient inventé un story-telling se retournant contre elles, puisque les conduisant à se raconter une histoire à elles-mêmes.

Monsieur Coué, psychologue, pharmacien et inventeur de la fameuse méthode Coué doit se retourner dans sa tombe. Sa méthode consistait à pratiquer l’autosuggestion censée entraîner l’adhésion du sujet aux idées positives qu’il s’impose et ainsi un mieux-être psychologique ou physique. Tout comme la méditation, le yoga ou la sophrologie sont pratiqués par les sportifs de haut niveau pour gagner et non pour s’autodétruire.