Lundi matin, le réveil sonne et vous n’avez vraiment pas envie de vous lever. Dire qu’il faut en plus motiver une équipe qui traîne les pieds. C’est normal, car vous n’avez pas encore lu Vivement lundi, le livre de Franck Pagny, Happyculteur d’entreprise de profession. Pour se lever du bon pied, nous l’avons interviewé.

 

Bonjour Franck Pagny, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Franck Pagny : Tout a commencé en 2012. J’avais rendez-vous avec un DRH à Paris. Il souhaitait une formation pour ses managers dans ce groupe. Arrivé à l’accueil de l’entreprise, je me dirige vers les ascenseurs, et là 2 managers arrivent. Et l’un d’eux pose sa main sur l’épaule de l’autre et lui demande : « Comment ça va ? Et il lui répondit : Bof Comme un lundi. Allez bon courage ! » Nous étions un lundi ! Et Il fallait du courage le lundi pour venir travailler dans cette entreprise. Ce jour-là, j’ai eu l’idée de créer Vivement lundi. La vocation de Vivement lundi est d’améliorer les performances économiques et sociales des entreprises par le plaisir et l’engagement au travail. Et que de plus en plus de salariés disent : « vivement lundi ! »

Ensuite, je suis allé sur le terrain dans 55 entreprises pour mener une étude. J’ai rencontré des managers, des opérateurs, des Dirigeants. Je leur ai demandé : Comment faites-vous pour générer du plaisir au travail. Et j’ai identifié 11 leviers qui génèrent du plaisir et de l’engagement au travail. Et une loi de cause à effet : On est plus performant si on est engagé. Et en est plus engagé si on a du plaisir dans ce que l’on fait ! C’est du bon sens. J’utilise ces 11 leviers dans mes missions de diagnostic, de formation et d’accompagnement dans les entreprises.

 

Puis en 2018 Fabienne Broucaret (responsable de la collection My Happy Job chez Vuibert)  m’a incité à écrire un livre. Mon but a été de partager des convictions, des expériences, des méthodes qui donnent des résultats chez mes clients.

C’était le bon moment pour l’écrire, je crois. Car Le livre sort actuellement.

Et aujourd’hui, toutes les entreprises ont plus que jamais besoin de retrouver une performance économique et cela passe par l’engagement des collaborateurs donc par des actions sur les leviers du plaisir au travail.

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

F.P. : Le paragraphe qui me représente le mieux est assurément celui qui aborde le sens et les valeurs.

D’abord les entreprises sont en quête de sens. Nous le voyons avec l’évolution du droit des sociétés et les entreprises à missions. Danone, la Maif la Camif sont des entreprises à mission. Emery Jacquillat, PDG de la CAMIF m’a fait l’honneur de rédiger la préface de ce livre.

Il dit : ce livre est un outil complet et concret pour accompagner cette révolution de l’entreprise contributrice. J’ai retrouvé les leviers de la transformation que nous avons engagé à la CAMIF : engagée par le sens osé l’expérimentation la confiance et l’autonomie manager via le collaboratif et partager le plaisir. Son aventure est exemplaire !

 

Je crois que de nombreuses entreprises et Dirigeants souhaitent redonner du sens, définir une vocation. Faire du chiffre d’affaires, avoir une position de leader sur le marché c’est bien, mais pour quoi ? Ça n’a pas forcément de sens.  Si vous avez défini une cause, une vocation alors toutes les actions, les transformations et les missions prennent du sens. Et c’est beaucoup plus puissant pour provoquer l’engagement.

 

Il est capital de redéfinir la finalité du travail. Il faut redonner une finalité au travail et au missions demandées !  Les jeunes générations notamment sont plus motivées pour travailler pour une entreprise qui a du sens. Celles qui n’ont pas de sens vont avoir encore plus de difficulté à provoquer l’engagement de leurs salariés.

 

Voyons les valeurs. Les valeurs guident nos actions.

Je vois que beaucoup d’entreprises ont défini des valeurs.  Elles apparaissent dans leur communication sur le site web mais c’est souvent creux. C’est vide ! Personne ne les connaît vraiment et surtout elles ne sont par incarnées. Je veux dire par là que les managers, les collaborateurs ne les utilisent pas dans leurs métiers pour expliquer une décision, pour motiver, pour recadrer un collaborateur ou un collègue. Parfois même les Dirigeants ne sont pas exemplaires sur les valeurs définies ! Alors qu’en fait, elles sont très utiles au quotidien, pour pendre une décision, pour recruter ou pour provoquer l’engagement de tous. Ce chapitre est donc important à mes yeux car c’est le socle de la relation et du lien social qui unit les salariés, les clients les fournisseurs de l’entreprise. Donner du sens et partager des valeurs sur la façon d’y parvenir. J’accompagne des entreprises sur ce sujet.

Vous trouverez dans ce livre des conseils pratiques, des histoires vraies décryptées, des outils et des méthodes.

Voici ce que dit Emery Jacquillat :  « Il est temps d’activer le plus puissant levier de transformation de la societé : les entreprises. Questionner sa raison d’être, redonner du sens pour engager la révolution de l’entreprise à mission, qui place au cœur de son projet des enjeux sociaux et environnementaux. Vous me direz, mais quel rapport avec l’ouvrage Vivement lundi ?  Le rapport est la raison même pour laquelle j’ai accepté d’écrire cette préface : aucune transformation de l’entreprise ne s’opère sans ceux qui la font vivre chaque jour : les collaborateurs. Ce sont eux, les acteurs du projet, les mieux placés pour savoir comment traduire la mission de l’en- treprise dans les choix au quotidien. Un projet aussi ambitieux que celui de changer le monde demande des collabor’acteurs activement engagés, et donc, probablement aussi, un changement de posture des managers.

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

F.P. : Le télétravail bien évidemment est la tendance qui me semble la plus forte, la plus puissante. Elle est inexorable. Il est impossible de revenir au modèle organisationnel et managérial précédent la crise du COVID. Nous avons tous télétravaillé. Maintenant, ce télétravail a été subi et non préparé.

 

Nous passons désormais au télétravail organisé et préparé. Les entreprises doivent se poser, faire un diagnostic de la situation et construire un nouveau modèle de travail. Cependant, je pense que PSA commet une erreur grave en imposant le télétravail avec 3,5 jours par semaine soit 25 heures pour 10 heures au bureau !  Pour beaucoup de salariés le fait d’aller travailler est structurant. Cela rythme la vie de la semaine et permet de se positionner dans la société et socialement. Ensuite nombreux sont ceux qui n’ont pas envie de rester chez eux 3,5 jours par semaine et cela pour des raisons personnelles très légitimes (locaux inadaptés, choix de vie, famille…)

 

Les visios, Zoom Teams… ensuite ont démontré leur efficience. Maintenant le modèle d’organisation doit être co-construit avec les collaborateurs plus qu’imposé. N’oublions pas que le travail physique et présentiel crée aussi du lien social. C’est là que se noue les relations, les amitiés et les belles histoires de couples aussi ! Il faut préserver et renforcer ce lien social. L’homme est un animal social selon Aristote. Donc le télétravail oui mais préparé, organisé, équilibré et concerté.

 

Ensuite certains managers et Dirigeants n’étaient favorables au télétravail avant la crise. D’autres ne savent pas vraiment comment faire. Ils doivent lâcher prise sur le contrôle, le micromanagement !

Il est indispensable de les accompagner de les former au télémanagement. Trop souvent les managers ne sont pas assez formés. Manager est un vrai métier. Télémanager aussi et suppose de maitriser des compétences. La formation est un levier essentiel pour que cela se passe bien et pour que les performances économiques et sociales soient au rendez-vous.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

F.P. : Bien, à part de lire mon livre bien sûr ! Je ne vois pas. ..Voici quelques extraits

 

Emery Jacquillat dit que c’est un livre de cuisine et qu’il devait être remboursé par la sécurité sociale ! : « En fait, je me demande s’il ne devrait pas être remboursé par la Sécurité sociale… A défaut, j’invite tous les chefs d’entreprise à s’en saisir, à l’offrir à chacun de leur manager pour les rendre encore meilleurs dans la libération des énergies, celles de nos collaborateurs, indispensable pour mener à bien cette révolution.  Vivement lundi !

 

Le meilleur conseil est peut-être de se poser et de se dire quelle est mon intention profonde ? Qu’est-ce que je souhaite au fond de moi ? Face à une situation difficile mon conseil c’est de se concentrer sur son cercle de contrôle. C’est à dire sur les actions qui ne dépendent que de vous. Celles sur lesquelles c’est vous lecteur qui décidez de le faire ou pas. Très souvent, on se focalise, on se stresse sur des problèmes sur lesquels on ne peut absolument rien faire. La météo par exemple. Vous ne pouvez pas influencer le temps. Mais il ne dépend que de vous de décider de prendre un parapluie ou pas. Dans le cas de la reprise économique actuellement, inutile d’en vouloir à la crise, à la Chine, à l’Europe… Cela sera sans effet. Mais en revanche se poser et réfléchir à ce que vous pouvez faire autour de vous oui. Cette réflexion peut être individuelle mais elle peut aussi être collective. Il y a plus d’idée dans deux têtes que dans une ! Donc vous pouvez provoquer la prise de conscience, le recherche de solution en intelligence collective en sollicitant tous les collaborateurs de l’entreprise sur une questions clé.

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

F.P. : La crise m’a fait prendre conscience que toutes mes prestations, conférences, conseils, diagnostics et formations sont réalisées en présentiel. Et qu’il est maintenant capital d’insérer une partie en digital, à distance. Et c’est tout à fait possible ! et ça marche. J’ai animé récemment des séminaires de 10 à 50 personnes avec des salles de sous commissions et des allers-retours en plénière avec Zoom. Cela a permis de produire un travail collectif à forte valeur ajoutée. Ce qui était possible en présentiel l’est aussi en digital !

Je suis étonné de la facilité qu’offrent ces outils. Mes clients aussi d’ailleurs. L’intelligence collective et la capacité d’adaptation n’ont pas de limites sinon celles que nous nous fixons nous mêmes !

 

L’autre thème qui me passionne c’est la formation. Comment créer les conditions pour apprendre, retenir et appliquer. La notion d’entreprise apprenante est passionnante.  Et d’ailleurs cela est directement lié avec le sens. C’est la 5eme discipline ! rendre les collaborateurs intéressé par le fait d’apprendre de les réconcilier avec la formation est un sujet passionnant. Cela commence par le fait de trouver du sens à apprendre. Puis se concrétise par le fait d’être acteur et d’apprendre à ses collègues.

 

Merci Franck,

 

Merci Bertrand

 

Franck Pagny est auteur, conférencier et formateur mais surtout Happyculteur d’entreprise. Et c’est un métier qui a du sens !

 

Le livre : Vivement lundi, Franck Pagny, Vuibert, 2020

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot | Conseiller | Auteur | Speaker | Enseignant | Blogueur