Sans doute avez-vous déjà utilisé Wikipédia de manière sporadique ou régulièrement. Il s’agit de la première encyclopédie en ligne. Sur Google et d’autres moteurs de recherche, elle est systématiquement mise en avant. Elle s’affiche comme libre, mais l’est-elle vraiment ?

Wikipédia est très pratique, et personnellement je m’en sers très souvent. Son mode wiki donne la possibilité à chacun d’y participer en y apportant ses informations. Je l’ai fait, et en suis sorti franchement dépité, réalisant que derrière une universalité déclarée se cachait une certaine doxa, voire un système de communication avec ses mots de la novlangue planétaire, ayant sa propre politique. De plus, son caractère ‘éphémère’ fait qu’un article intéressant peut ne l’être plus du jour au lendemain, ce qui est frustrant pour le lecteur, mais surtout pour le contributeur qui a passé du temps à l’écrire. Le caractère en mouvement de Wikipédia, qui est une de ses forces, est aussi un véritable problème, car des informations justes peuvent être remplacées par d’autres erronées en quelques secondes. J’ai vu des pages entières gommées au trois-quart du jour au lendemain !

C’est un fait, Internet c’est énormément de travail et peu de rémunération pour tous ceux qui contribuent à écrire, composer des vidéos, des photographies, etc. Même la vente sur Internet est souvent très peu rémunératrice, le vendeur ayant l’impression de davantage contribuer à la santé financière de sociétés comme Amazon, eBay ou La Poste, qu’à celle de son activité propre. Chez Wikipédia, on utilise non seulement le travail des autres avec leur approbation mais aussi sans. Je parle ici aussi de ma propre expérience. Je suis collectionneur de gravures anciennes, que j’achète, conserve et photographie. Je publie de ces photographies sur mes sites. Au début, je les mettais sans y ajouter dessus le nom de mon site, et les ai retrouvées un peu partout, sur Internet, mais aussi dans des ouvrages papiers. Il m’est aisé de reconnaître une œuvre d’art ou un objet d’art ancien m’appartenant, car chacun a ses particularités. Par exemple, chaque gravure ancienne a ses défauts dus à l’impression, au coloriage, au papier et au temps. De plus, je retravaille souvent mes photographies, afin que l’objet soit bien mis en valeur. Régulièrement, je retrouve publiées sur Wikipédia, sans mon consentement, une grande quantité de mes images en bonne définition, et cela souvent sans indiquer non plus l’origine. Sans mon approbation, mon travail est inclus dans le domaine public, et de manière internationale. J’ai contacté leur service en charge de cela, et la réponse a été très révélatrice : On m’a répondu que Wikipédia étant américain (Wikimedia Foundation, Inc.), on y suivait la loi américaine stipulant que s’agissant d’une photographie d’une oeuvre non modifiée, ni le fait que le document d’origine m’appartient et que je l’ai acheté, ni le fait que la photographie a été réalisée par mes soins, méritent selon eux l’indication de l’origine du site d’où elle a été extraite. Si l’on suit leur argumentation, chacun peut donc publier à sa discrétion les photographies qu’il a faites d’œuvres anciennes se trouvant par exemple dans les musées du monde ou chez des collectionneurs, et toutes les photographies qu’il trouve d’objets et oeuvres d’art anciens, si les photographies se ‘contentent’ de les reproduire. Cela me semble douteux de pouvoir le faire sans les autorisations. Et puis cela soulève de nombreuses questions : En quoi la loi américaine serait-elle applicable pour des photographies prises sur des sites d’un autre pays ? L’appartenance de l’oeuvre ancienne photographiée n’a-t-elle aucune valeur ? Je le répète, pour ma part j’ai acheté chacune des oeuvres et dépense de l’argent pour leur conservation… Avec l’image, souvent on se sert de la description qu’elle contient, qui est aussi le fruit d’un travail. Ce travail n’a-t-il aucune valeur ? Au-delà de la loi, le fait de ne pas indiquer d’où vient la photographie, où elle a été trouvée, n’est-ce pas tout simplement inconvenant ? Loin d’enrichir Internet, cela l’appauvrit, car si le travail et l’appartenance ne sont pas pris en compte, pourquoi ceux qui possèdent les originaux feraient-ils l’effort de continuer de transmettre ?

D’une certaine manière, Internet est en train de favoriser une sorte d’esclavage moderne, où une partie toujours grandissante de la population mondiale travaille pour des compagnies internationales pour des rémunérations très faibles ou inexistantes. La crise créée autour du coronavirus a accéléré ce mouvement, par exemple avec l’expansion du travail à domicile, sur son ordinateur. Alors que cette ‘crise’ ruinait l’économie de nombreux pays, notamment de la France et de ses citoyens, on apprenait dans un article de Les Échos du 18 août 2020, que « Depuis le début de l’année l’indice FANG + du New York Stock Exchange (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Alphabet, mais aussi des valeurs comme Amazon, Alibaba ou Twitter…) a progressé de 63 % et il vole quasiment chaque jour de record en record. »

Si cet esclavage moderne fait travailler les autres pour son compte, il les vend aussi, enfin leurs données, comme c’est le cas chez Facebook et beaucoup d’autres sites. Cet esclavage est souvent consenti, car des outils sont utilisés pour cela, comme la désinformation, la surinformation, la nouveauté, l’instinct de mimétisme, la peur, le matraquage, la censure, le bâillonnage, la publicité (et autres formes de communications), le monopole, etc. La « liberté » prônée par ces sites, comme par Wikipédia, est juste un leurre, un miroir aux alouettes… ou aux pigeons…

Internet est très loin d’être un monde idyllique. Sous des aspects démocratiques, un véritable impérialisme mondial a été mis en place, sous la houlette d’une poignée de mastodontes internationaux qui sont les seuls à véritablement bénéficier de cette ‘révolution’ numérique. C’est ainsi que Google monopolise l’information, Amazon et eBay la vente, Facebook la vie privée… et Wikipédia, sous ses airs d’encyclopédie libre, monopolise la connaissance !

 

Ce billet est un article invité. Il a été rédigé par Richard Le Menn sur le blog de Bertrand Jouvenot.