Une première expérience de télétravail conduit le plus souvent à un même constat : il est possible de faire en deux heures ce que l’on ne parvient pas à faire en huit heures au bureau. Pourquoi ? Parce que l’entreprise nous occupe mal, mais surtout parce que nous nous auto-illusionnons pour remplir ce trop-plein de temps.

Une entreprise parvient merveilleusement bien à trouver de quoi occuper le temps de ses collaborateurs. Parfois pour le meilleur. Parfois pour le pire : réunions inutiles, interruptions en tous genres, reporting permanent, décisions contradictoires obligeants à faire, défaire et refaire, guerres entre les services, non décision ralentissant l’action, flou délibérément entretenu, apparence de stratégie, coexistences de mode officiels et de voies officieuses, etc.

Tant mieux, car l’entreprise moderne veut nous savoir, et nous voir, occupés. Il ne s’agirait pas de se tourner les pouces. Alors, lorsque l’entreprise n’est pas parvenue à nous occuper totalement, nous recourons à quatorze techniques pour travailler, ou plutôt avoir l’air de travailler, voire nous convaincre nous-mêmes que nous sommes productifs. Mais être occupés ne signifie pas être efficace. Voici donc une liste, malheureusement non exhaustive, bien que déjà longue, d’illusions dont il conviendrait idéalement de se départir.

  • Croire qu’en faisant très bien quelque chose de peu important, cela le rendra important.
  • Imaginer qu’une tâche, sous prétexte qu’elle demande du temps ou qu’elle est compliquée, est forcément importante.
  • Travailler pour travailler, en acceptant de faire des choses sans même plus vraiment savoir pourquoi.
  • Sombrer dans le micro-management et se noyer dans les détails.
  • Accorder une importance excessive aux e-mails et notamment aux réponses à leurs apporter. Alors qu’au contraire, ne pas répondre à certains types d’e-mails peut éviter de complexifier une situation qui l’est déjà, de mettre de l’huile sur le feu, de détourner les autres de l’essentiel. Faites l’exercice, en ne répondant simplement pas à certains e-mails, utilisés pour l’occasion comme témoins, et observez ce qui se passe. Puis relisez lesdits e-mails une semaine plus tard pour mieux réaliser combien ils sont devenus inutiles ou hors sujet entre temps.
  • S’atteler à résoudre des problèmes qui peuvent ou doivent être réglés par d’autres.
  • Tolérer de résoudre plusieurs fois un même problème, sans avoir pris le temps d’imaginer ce qu’il faudrait mettre en place pour que le problème ne se reproduise plus.
  • Considérer comme normal un dysfonctionnement, une anomalie, une incohérence sous prétexte qu’il en a toujours été ainsi et le laisser s’institutionnaliser.
  • Consacrer trop de temps et d’énergie à des sujets qui, même très bien traités, resteront faiblement productifs.
  • Accorder de l’importance à des e-mails qui auraient pu faire l’objet d’une réponse dans une liste de FAQ, ou bien via une réponse automatisée.
  • Ne pas distinguer les 20% de ce que nous faisons et qui génère 80% du résultat.
  • Et inversement, ne pas distinguer, pour mieux s’en débarrasser, les 80% de ce que nous faisons et qui ne génère que 20% du résultat.
  • Courir après la perfection alors que le mieux est l’ennemi du bien.
  • Grossir les problèmes afin de donner de l’importance à son travail.
  • Rendre urgent ce qui ne l’est pas pour donner au travail une importance qu’il n’a pas.
  • Accorder trop d’importance à une tâche, un projet, une mission… alors que nous le savons bien, le travail n’est pas la seule chose dans l’existence.

Entendu, mais comment faire pour sortir la tête de l’eau et se départir ensuite de tant de mauvaises habitudes ? Eh bien, lire par exemple cet article qui vous aidera à reprendre le dessus et à devenir vraiment plus productif.

Pour l’heure, vous pouvez également méditer sur au moins deux points. Tout d’abord, la différence entre efficience et efficacité. L’efficience revient à faire les choses les mieux à même d’atteindre les objectifs poursuivis. L’efficacité décrit la réalisation d’une tâche (importante ou pas) de la manière la plus rapide ou la plus économique (en énergie, en temps passé, en effort). Ensuite, se rappeler que les chantres de l’efficacité personnelle, de la productivité individuelle, de l’efficience à tous crin, comme Paul Arden, Tim Ferriss ou encore Noah Kagan, se sont tous fait virer des sociétés dans lesquelles ils travaillaient. L’entreprise serait-elle devenue un endroit inadéquat pour celles et ceux qui veulent travailler intelligemment ?