Accomplir notre vocation individuelle nous permettra de prendre notre place dans le monde pour rester maître de notre destin. Un point de vue que défend Jean Watin-Augouard, auteur d’Osons notre vocation, un livre dans lequel il défend une vision résolument optimiste de l’homme en disant stop au gaspillage humain. Interview.

 

Bonjour Jean Watin-Augouard, pourquoi avoir écrit ce livre maintenant ?

Jean Watin-Augouard : Vocation ! Vous avez dit vocation ?  Ah oui ! et l’on pense alors à quelques archétypes : le prêtre, l’instituteur/enseignant, le médecin, le musicien…Tous semblent, de fait, avoir une finalité commune : aimer, protéger, éduquer…son prochain. L’altruisme est leur fil rouge. Et les autres ? Qu’on se le dise : la vocation est l’affaire de tous et de toutes bien sûr ! Elle singularise chaque personne par sa raison d’être sur Terre et sa finalité. Celle-ci s’exprime par une modalité ou raison de faire – en général par le métier – et par une matérialité ou contribution au monde. Ainsi donc la vocation de chaque être humain se définit par le triptyque : finalité, modalité, matérialité. La vocation est une évidence trop souvent oubliée. Une singularité propre à chacun, trop souvent niée. Un mystère qui se dévoile au fil du temps.

C’est après avoir écrit plusieurs articles dans La Revue des marques sur l’homme, le sens qu’il donne à son métier, le lien qu’il crée avec la marque, l’empreinte créative qu’il entend laisser que le mot « vocation » a surgit. Il devrait nourrir un article. Ce sera un livre. Vocation ou selon l’étymologie latine « vocare, vocatio », être appelé à….On condamne à juste titre le gâchis alimentaire mais quid du gâchis humain ? gâchis de compétences, d’expériences non vécues, de rêves enfouis, de dons jamais révélés, des talents jamais exploités, de vies humaines non accomplies quand nous ne trouvons pas notre raison d’être sur Terre. La vocation est à la fois un enjeu personnel, sociétal et universel.

On vante les mérites du transhumanisme, annonçant un homme nouveau, « post humain », bionique, « augmenté » par des implants placés dans son corps. L’à-venir a-t-il encore besoin de l’humain, tel que nous le connaissons aujourd’hui ? La seule et vraie augmentation de l’homme s’obtient par ce qu’il a de plus profond en lui, de singulier, d’unique et d’intime : sa vocation.

On annonce que l’intelligence artificielle va modifier profondément, à terme, la structure des emplois et appeler de nouvelles compétences. L’heure n’est plus aux emplois par défaut, subis, mais aux métiers choisis par vocation.

La crise sanitaire, économique et sociale de la covid 19 a conduit beaucoup de personnes à l’introspection, à s’interroger sur le sens de leur vie, de leur travail. On a constaté un afflux de demandes de bilan de compétence – parfois d’existence – une quête de nouvelles orientations professionnelles. Les reconversions se multiplient dont certaines prendraient leur source dans un rêve d’enfant ou d’adolescent enfoui. En somme, une vocation qui aurait été oubliée, négligée.

L’objectif du livre est de « dépoussiérer » et de « laïciser » le mot vocation. De le rendre audible et compréhensible à toute personne aussi bien athée, agnostique ou croyante. Et, qu’après en avoir compris le sens et les enjeux, celle-ci fasse de la quête de sa vocation et son accomplissement l’œuvre de sa vie pour lui en donner le vrai sens.

Le livre (300 pages) réunit un texte, une trentaine de témoignages de personnes sur leur vocation et quelques quarante questions pour guider vers la vocation.

 

 

Une page du livre qui vous ressemble plus particulièrement ?

 

Sommes-nous, tous, éligibles à la vocation ou celle-ci serait-elle le privilège de certains élus ? De même que nous avons une empreinte digitale qui nous est propre, singulière, de même nous avons une empreinte mentale qui nous rend unique. Accomplir notre vocation, c’est laisser notre empreinte sur le monde. De même que nous nous singularisons par un visage extérieur qui est nôtre, de même le regard que nous portons sur le monde, par notre visage intérieur, atteste de notre singularité. La diversité de ces regards, chacun unique, vient enrichir le monde. Autant de visages différents, autant de vocations elles aussi différentes, autant de dons pour les accomplir, qu’ils soient « faveur du ciel », ou « faculté innée ». L’unicité de chaque être humain saute aux yeux, au sens propre comme au sens figuré ! Ce qui se voit à l’extérieur (visage, attitude, regard…) se vit à l’intérieur (âme, conscience). Au nombre des spécificités humaines, celle d’avoir un visage « extérieur » qui nous singularise sans pour autant le voir, sauf dans le miroir tous les matins, pour quelques instants seulement, mais qui ne renvoie qu’une apparence et non une existence. Ainsi, on ne prend pas réellement conscience de sa singularité. On l’ignore et, de fait, on s’ignore. Aussi bien est-il utile de rappeler le bon usage du narcissisme, sans lequel il n’est d’estime ni de confiance, ni de croyance en soi. Accomplir sa vocation, c’est donc grâce à son visage intérieur ou son for intérieur se voir mentalement, par son activité dans le regard des autres. C’est se connaître et, se reconnaissant dans son miroir mental, se respecter, s’aimer, sans pour autant se prendre pour le nombril du monde.

Si l’être humain ignore souvent qu’il a une vocation, n’est-ce pas parce qu’on ne lui a jamais dit qu’il en avait une ? « Je suis parfaitement optimiste. Je crois que les hommes sont merveilleux. Il faut peut-être qu’on leur dise », conseillait Jacques Brel[1]. « Il n’est pas interdit de penser que chaque personne est exceptionnelle même quand ses actions se trouvent confinées à la médiocrité du quotidien », souligne, dans la même veine, Jacques Testart[2]. Peut-on faire l’économie de notre vocation, comme l’on pourrait s’arrêter de respirer ? De la même manière que la respiration est le souffle du corps, la vocation est le souffle de l’esprit.

 

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

Quatre tendances, au moins, semblent émerger : la quête de sens, la société inclusive, l’entreprise et l’intérêt général, la défense du bien commun, enfin les valeurs de fraternité, de partage, de générosités révélées par le Covid 19 malgré les « vents mauvais »

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article ?

 

On peut vivre sans avoir cherché sa vocation mais, comme disait Voltaire : « j’ai décidé d’être heureux car c’est meilleur pour la santé ». Aussi bien « trouvez et accomplissez votre vocation car c’est meilleur pour votre santé ». Trouver votre vocation, c’est l’œuvre de votre vie.

 

Les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

Quatre sujets retiennent mon attention :

  • Comment « faire société » quand celle-ci est menacée par les extrémismes, populismes, complotismes…?
  • Comment conjuguer la raison d’être de l’entreprise avec la raison d’y être (par la fonction) et surtout d’en être (engagement) des salariés. La congruence entre la vocation de l’entreprise et celles des salariés est-elle possible, crédible, pertinente ?
  • Les neurosciences cognitives dans le prolongement de ce qu’annonçait le professeur Henri Laborit dans le film Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais (1980) : tant que l’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent, tant qu’on n’aura pas dit que, jusqu’ici, ça a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chances qu’il y ait quelque chose qui change»
  • Révéler les actions humaines singulières portées par une vocation pour une société plus responsable.

 

Merci Jean

 

Merci Bertrand

 


Le livre : Osons notre vocation, pour contribuer de manière unique à un monde meilleur, Jean Watin-Augouard, TheBookEdition, 2020.

 


[1] Eddy Przybylski, Brel, la valse à mille revers, Paris, L’Archipel, 2008. Jacques Brel, fou de vivre, réalisateur Philippe Kohly, Fr3, 22 novembre 2019.

[2] Jacques Testart et Agnès Rousseaux, Au péril de l’humain., p. 220.