Nous pourrions bientôt utiliser nos smartphones pour traiter la dépression. Des apps traquent déjà les humeurs tandis que les téléphones identifient les symptômes.

Le soin psychologique doit s’adapter à son époque. Des centaines de milliers de gens souffriraient de troubles dépressifs majeurs. Mais selon nombreuses études concordantes, seulement une partie de ces personnes reçoivent des soins adéquats. Les applications téléchargeables sur nos smartphones, s’invitent alors comme palliatifs.

Aujourd’hui encore, la principale difficulté réside dans le fait que la psychothérapie, fondée sur des données probantes, est encore difficile d’accès pour les gens. Crainte du psy, assimilation de son mal-être à un trouble mental (suis-je fou ?), peur d’une pratique mal comprise, difficultés à trouver un praticien proche de chez soi, crainte du jugement de l’entourage, aveu d’une faiblesse, coût… figurent parmi les principales explications. Par conséquent, peu de personnes, souffrant de dépression, ont eu en réalité recours à une psychothérapie. Pourtant, la thérapie cognitivo–comportementale, un type de thérapie qui se concentre sur la façon dont les pensées d’une personne peuvent affecter son comportement et son humeur, peut s’avérer aussi efficace que des médicaments dont nous savons désormais qu’ils ne sont pas toujours bien maîtrisés, souvent instables et généralement à l’origine d’effets secondaires importants.

Pendant ce temps, la technologie a déjà transformé bien des aspects de nos vies. D’après les médecins eux-mêmes, les gens recourent de plus en plus à des applications ou des sites pour leurs besoins de santé. Il existe plus de 315 000 applications mobiles de santé. Bon nombre de patients utilisent des applications pour obtenir de l’information sur leurs maladies. Certains téléchargent des applications spécifiques à leurs pathologies. Celles-ci les aident à se rappeler quand prendre leurs médicaments, ou à suivre leur humeur au fil du temps, par exemple. De plus en plus de monde même, cherchent désormais une thérapie en ligne. Et les toutes premières études réalisées à ce sujet montrent que si la thérapie est bien menée (avec un thérapeute qui guide le processus), les gens peuvent en tirer les mêmes bénéfices qu’avec une série de consultations en face à face, largement plus onéreuse.

Mais les avantages vont au-delà de l’aspect purement économique. Pour la mère célibataire avec trois enfants ou la personne âgée qui hésite à se rendre dans une clinique en plein hiver, la thérapie en ligne n’est pas un meilleur soin, c’est le seul soin. Il n’est donc pas surprenant que l’idée ait rencontré un vif succès dans le secteur privé ainsi qu’auprès de gouvernements comme ceux de Norvège ou de Suède.
En examinant les schémas d’élocution et nos mouvements, les smartphones pourraient détecter des changements subtils indiquant le début ou l’aggravation des symptômes, tandis que les personnes à porter pourraient remarquer des changements physiques subtils – bien avant même que les patients eux-mêmes remarquent des problèmes. De tels dispositifs apporteraient alors des données objectives et en temps réel aux soins.
Inutile de dire que la recherche est active. Une équipe de chercheurs du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto comparent les données sur la dépression et celles des Fitbit pour tenter de repérer les tendances qui pourraient ensuite permettre de détecter plus tôt l’apparition de la dépression.

Naturellement, la plus grande prudence s’impose. S’il y a des centaines d’applications dédiées à la dépression, quantité ne rime pas nécessairement avec qualité. Les premiers tests sérieux, effectués par le corps médical, ont montré que la grande majorité des applications n’étaient pas encore fiables et donc utilisables dans une logique thérapeutique.
La gestion numérique de la santé psychologique doit également tenir compte de la vie privée. Tout comme des informations bancaires qui ne doivent pas être partagées de manière imprudente, les informations médicales transportées sur un smartphone doivent être impérativement sécurisées pour l’utilisateur.
Enfin les conflits d’intérêts doivent être évacués. Une application mobile, ne devrait pas être une publicité cachée pour une entreprise privée comme une clinique ou un laboratoire pharmaceutique.

L’automédication a ses limites, que son amplification par la technologie, ne résoudra sans doute pas, bien au contraire. Le rôle du médecin s’en voit changé, redonnant à la parole un rôle de premier plan. Charge aux psychothérapeutes, porteurs de cette parole, d’en user à bon escient, avec bienveillance, vigilance, en toute âme et conscience. Autant de qualités, qu’ils ne se téléchargeront jamais sur un smartphone.