L’existence d’un dialogue entre les collaborateurs d’une entreprise ne doit pas être confondue avec le niveau de confiance qu’ils ont les uns envers les autres. Tout au contraire, elle peut même masquer un cruel déficit de confiance entre vos équipes. Écoutons donc un peu ce que la confiance a à nous dire.

 

Lorsque deux personnes ne parviennent plus à travailler ensemble, il convient de leur demander de s’asseoir autour d’une table afin qu’elles dépassent leurs clivages et définissent ensemble les modalités de leur future collaboration.

Puisque le dialogue et la confiance peinent parfois à coexister, enfermons-les donc dans un bureau, le temps de cet article, et écoutons leur discussion à leur insu.

La Confiance et le Dialogue prennent tour à tour la parole pour vanter leurs propres mérites.

 

La confiance ne fait pas de bruit

La Confiance : « Moi je suis indispensable. Sans moi, rien n’est possible. Sans moi, rien de bon ne se fera… »

Le Dialogue : « Moi, moi, moi… tu n’as que ce mot à la bouche. »

La Confiance : « Parce que toi, tu n’as pas plein de mots dans la bouche peut-être ? Tu n’a que ça ! Et tu passes ton temps à essayer d’en mettre dans la bouches des autres ou de les en extraire. »

Le Dialogue : « Peut-être, mais il n’empêche que Ben Horowitz en personne n’a pas manqué de rappeler une loi essentielle dans son livre The Hard Thing About Hard Things. »

La Confiance : « Ah oui et laquelle? »

Le Dialogue : « Dans toute interaction entre des personnes, le nombre des communications nécessaires est inversement proportionnel à leur niveau de confiance. »

La Confiance : « Tu inventes ! Comment veux-tu que je te fasse confiance ! »

Le Dialogue : « Non je n’invente pas, c’est à la page 66 du livre. »

La Confiance : « Bon admettons, ça veut dire quoi ? »

 

 

Et le bruit n’est pas digne de confiance

Le Dialogue : « Bon, prenons un exemple. Pensons un instant à l’entreprise qui occupe le premier étage de cet immeuble. On voit leurs équipes à travers les vitres du couloir quand nous allons à la cantine, tu sais bien. Ils sont tout le temps dans des réunions. L’ambiance à l’air calme. On dirait même qu’ils s’écoutent. Pas une seule fois, je suis passé devant chez eux sans voir des personnes en réunions. Bref, le climat a l’air propice à la collaboration. Et bien c’est faux. Mon ex-colocataire travaillait chez eux et il est parti en courant tellement la confiance entre les collaborateurs manquait cruellement. Impossible d’avancer. Il fallait tout le temps aller en réunions.

La Confiance : « Mais pour quoi faire ? »

Le Dialogue : « Pour expliquer ce que tu faisais. Pour rassurer sur la manière dont tu le faisais. Pour contrôler que l’autre équipe avait bien pris en considération les remarques de la sienne. Pour se faire répéter des choses devant témoins. Pour obliger certains à révéler leurs véritables intentions. Pour se protéger en prenant à témoins ses alliés, etc. »

La Confiance : « Beurk ! Nul ! Horrible ! Tu vois que je suis indispensable ! »

Le Dialogue : « Je ne dis pas le contraire, mais tu ne m’écoutes jamais. La preuve, tu viens encore une fois de me couper la parole ! »

La Confiance : « Pardon ! Je t’écoute, allez, poursuis… »

Le Dialogue : « Pense à présent à notre entreprise. Les autres personnes des boîtes qui nous voient elles aussi à travers les vitres, lorsqu’elles accèdent à la terrasse de l’immeuble pour aller fumer, doivent penser que la confiance n’est pas au beau fixe chez nous. Ils aperçoivent des geeks sagement assis, les yeux rivés sur leurs écrans, concentrés et silencieux. Pourtant, c’est parce que nous nous faisons confiance que nous avons peu besoin de nous parler. Chacun est à son poste, digne de confiance parce que compétent et fait confiance aux autres. On peut s’écrire les choses vite fait par e-mail ou via instant messaging, même si les paroles s’envolent et que les écrits restent. Ce que nous écrivons ne sera pas retenu contre nous. Ce qui est dit est dit. Ce qui doit être fait est fait, etc. »

 

 

Mais ne l’ébruitez pas

La Confiance : « Et si un imprévu survient, qu’un incident se produit ou qu’un problème apparaît ? »

Le Dialogue : « Eh bien, la parole est prise par celui ou celle qui s’en aperçoit afin que cela puisse être réglé ».

La Confiance : « Pourtant il y a un adage qui dit qu’il n’est pas conseillé d’aller voir sa hiérarchie ou ses collègue avec un problème, mais plutôt avec le problème accompagné d’une proposition de solution. »

Le Dialogue : « Justement, la clé de tout est là. On ne peut pas demander à un collaborateur d’apporter nécessairement une solution à un problème. Comment veux-tu que l’hôtesse d’accueil qui a repéré des doublons dans notre annuaire téléphonique sache dans quelle base de données, ou via quel outil il faut passer pour résoudre le dysfonctionnement ? Comment veux-tu qu’un commercial terrain sache quel arsenal juridique il faut utiliser pour rendre un produit conforme aux nouvelles exigences de la Commission européenne afin de ne pas voir sa proposition commerciale mise de côté par le client, sans même qu’il sache pourquoi ? La culture de l’entreprise doit accepter que les problèmes puissent être révélés par chacun afin de pouvoir les résoudre vite. »

La Confiance : « Mais pour ça il faut que je sois là ! Tu vois bien que je suis indispensable ! »

Le Dialogue : « Je ne dis pas le contraire. Je dis simplement que si nous continuons à rester enfermés dans cette salle de réunion, nous allons véhiculer l’idée que nous ne nous faisons pas confiance. »

La Confiance : « Tu as raison. Sortons fumer une cigarette. »

Le Dialogue : « Bonne idée. Tu as du feu? Je ne pas pris mon briquet. »

La Confiance : « Décidément, on ne peut faire confiance qu’à soi-même ! »