Le traducteur d’un livre entretient nécessairement une relation particulière avec son auteur et finit par connaître son oeuvre mieux que quiconque. C’est pourquoi nous interviewons régulièrement ces hommes et ces femmes de l’ombre afin qu’ils partagent avec nous leur compréhension intime des meilleurs ouvrages. Dans le cadre de notre série « Ils ont traduit. Ils ont appris… », voici donc l’interview de Marylene Delbourg-Delphis, traductrice de Wise Guy : Les secrets d’une icône de la Silicon Valley de Guy Kawasaki.

 

Bertrand Jouvenot : Bonjour Marylene Delbourg-Delphis, quelles réflexions vous a inspiré ce travail de traduction ?

Marylene Delbourg-Delphis : Wise Guy n’est pas le premier livre de Guy Kawasaki que j’ai traduit… J’ai aussi traduit les deux versions de L’Art de se lancer, la dernière en date étant de 2015, Le Style Macintosh, Google+ pour nous autres. J’ai revu la traduction des autres ouvrages publiés par Diateino et écrit les préfaces françaises pour tous ces livres.

Lorsque j’ai entrepris ce travail de traduction à la fin des années 2000, je répondais surtout à une demande de Dominique Gibert, la fondatrice des éditions Diateino, qui cherchait une personne connaissant très bien l’auteur ; c’est Guy Kawasaki lui-même qui lui avait recommandé de me contacter. J’avais en effet embauché Guy pour diriger ma société de technologie dans la Silicon Valley en 1987. A l’époque, il était déjà célèbre parce qu’il était l’évangéliste du Macintosh chez Apple. J’avais été très touchée qu’il accepte si facilement de travailler pour et avec une femme, ce qui était d’autant plus remarquable qu’il y avait alors extrêmement peu de femmes dans la tech, et, bien évidemment, encore moins d’européennes. Quand j’ai entrepris de faire ce premier travail de traduction, c’était plus pour exprimer à Guy ma reconnaissance et mon amitié, parce que je dois dire que je n’avais pas beaucoup de temps comme dirigeante d’entreprise… Ce faisant, ces traductions m’ont permis de mieux saisir une personne qui m’était pourtant très familière. Notre communication se faisait—et se fait toujours—en anglais et donc dans le cadre de sa langue à lui. Subitement, je devais refléter sa pensée et sa manière de s’exprimer en français, dans ma propre langue. Ce n’était pas toujours facile, parce que le style de Guy est à la fois direct, plein de subtilités indirectes et très idiomatique. Mais cela m’a permis de comprendre un ami de façon plus personnelle et de me rendre compte que le travail de traduction n’est pas seulement la transcription de la pensée de quelqu’un d’autre, mais aussi une expérience empathique.

 

BJ : Qu’aimeriez-vous nous apprendre sur l’auteur ?

MDD : Probablement que le Guy Kawasaki que tout le monde connaît, attentif, tolérant, cordial, plein d’humour et charismatique dans sa présentation publique est la même personne dans le monde privé. Beaucoup de gens célèbres ont deux visages, un personnage professionnel d’un côté et autre, parfois très différent. Ce n’est pas du tout le cas de Guy. C’est la même personne.

 

BJ : Qu’imaginiez-vous trouver dans ce livre en l’ouvrant pour la première fois ?

MDD : La même personne que celle que je connais depuis 30 ans et une plus grande coïncidence encore entre l’auteur et sa réalité personnelle. Wise Guy est partiellement une autobiographie même s’il s’en défend un peu, mais aussi un livre de business. Sa capacité de mentorship qui apparaissait en filigrane dans ses ouvrages précédents est beaucoup plus visible dans Wise Guy. C’est un livre de management écrit par un auteur-mentor qui s’adresse à ses lecteurs en ami, conseiller, complice, coach, entrepreneur, administrateur et capital-risqueur. Il partage avec eux un panel d’expériences qui insiste sur l’importance d’une relation osmotique entre business et vie personnelle.

 

BJ : Qu’aviez-vous appris en définitive, lorsque vous avez écrit le mot FIN de cette traduction ?

MDD : Quand on termine une traduction, on est soulagé, parce que c’est un travail aussi prenant que celui d’écrire un livre—puisque je suis auteur moi-même… Mais plus généralement, ce que j’ai appris, ce sont les trois choses principales que j’évoque dans ma préface :

1) La valeur du vécu dans les livres de management,

2) La valeur de rester soi-même en toute circonstance et

3) A quel point l’ouverture d’esprit permet à chacun de garder son intégrité tout en se transformant.

 

Merci Marylene Delbourg-Delphis,

 

Merci Bertrand.


Le livre Wise Guy, Guy Kawasaki, Diateino, 2019

 

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