Le sentiment appartenance contribue à l’attractivité des entreprises, renforce leur culture et augmente leurs chances de succès. La façon de recruter, la manière dont les employés vivent leur activité professionnelle et les signes qui indiquent qu’une entreprise est au bord du dérapage font partie des thèmes abordées par Marylène Delbourg-Delphis, auteur de Tout le monde veut aimer son travail, un guide qui à l’instar de Guy Kawasaki dont elle est la traductrice française, vous permettra de réenchanter l’entreprise.

 

 

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

 

Marylène Delbourg-Delphis : Parce qu’il y a peu de livres sur le sujet écrits par des dirigeants. Ce livre est le résultat de mon expérience comme dirigeante de plusieurs entreprises, de mes activités de membre de conseils d’administration et de consultante en management chargée de redresser des organisations où je dois revoir les stratégies business et pour cela, redéployer et restimuler les talents.

 

Il y a des dizaines de livres sur les ressources humaines et plus encore sur la gestion des entreprises. Dans ces livres, les sections relatives aux ressources humaines sont pauvres et se focalisent surtout la force de travail comme un centre de coûts et l’objet de dispositions réglementaires. Pourtant les employés sont aussi ceux qui rendent possible l’existence même de l’entreprise. Si on ne prend pas cela au sérieux, on se retrouve avec des employés désengagés et ce désengagement est une charge financière invisible qui peut atteindre des montants considérables. Je considère que la première responsabilité d’un dirigeant est de s’assurer que ses employés aiment leur travail parce qu’ils sont la clef de voûte de l’efficacité opérationnelle et du succès de l’entreprise.

 

Ce livre montre, chiffres et méthodes à l’appui, comment redéfinir la mission du département de ressources humaines et pourquoi la banalisation de cette fonction est l’une des erreurs de management les plus graves qu’on puisse faire. La gestion des employés est au cœur du business et de sa transformation. Humaniser le travail est un objectif moral, certes, mais c’est aussi le choix le plus payant.

 

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

MD-D : Les deux derniers paragraphes de la conclusion, peut-être, parce qu’ils résument les analyses que j’ai développées dans le livre :

 

“Aucune entreprise ne peut résoudre les défis sociaux, supprimer les injustices, le sectarisme, l’inertie ou l’intolérance, mais toute entreprise a le pouvoir de fédérer les individus les plus divers autour de son objectif de réussite. Comme j’aime à le dire et le redire, on embauche des individus, mais on crée ses employés en leur offrant la possibilité de se découvrir eux-mêmes par leur participation à une aventure qui leur offre des perspectives plus vastes qu’eux-mêmes. Cela suppose que les entreprises prêtent attention au design du travail, à la signification personnelle et interpersonnelle que les employés associent à leur activité, qu’elles s’assurent que tout employé a la possibilité́ d’évaluer sa contribution dans un projet donné et dans le cadre global de l’entreprise, et qu’elles encouragent chacun à continuellement élargir son champ de compétence – en d’autres termes, cela suppose qu’elles regardent leur culture non comme un ensemble de valeurs, mais plutôt comme un tissu de connexions dynamiques intégrateur.

Une superbe culture est un peu comme une « sculpture en mouvement » pour utiliser une expression qui décrivait une partie de l’œuvre de l’une des idoles de mon enfance, Alexander Calder. Donc cessez de geler les employés dans des postes dont ils font le tour rapidement ou dans des rôles qui leur interdisent de se développer. Dans le futur du travail, les technologies élimineront les corvées : « L’automatisation des tâches et des métiers peut constituer une chance historique de désautomatisassions du travail humain. » Alors cessez de traiter les êtres humains comme des automates… pour imaginer avec eux votre business de demain.”

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

MD-D : Les tendances actuelles tournent autour du bien-être ou du bonheur en entreprise, mais rares sont les initiatives qui donnent peu de résultats, parce qu’elles portent sur les effets du désengagement, et non sur ses causes. Les solutions que je propose sont moins floues et sont toutes à la portée des entreprises, à savoir. Ce qu’il faut, c’est changer la façon de recruter, créer des équipes qui fonctionnent, organiser la communication entre les équipes, assurer une formation continue et une mobilité interne (ce qui est plus facile si on recrute mieux), faire un redesign régulier du travail et des tâches, communiquer objectifs et résultats, s’assurer que les dirigeants sortent de leur tour d’ivoire et cessent de confondre pouvoir et efficacité opérationnelle, etc.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

MD-D : Tout dépend des catégories de lecteurs. Aux dirigeants : J’aime à leur rappeler qu’on embauche des individus, mais qu’on crée ses employés. Les employés reflètent la réalité d’une boîte en général et celle de leur boss en particulier. Aux employés, mon conseil est qu’ils ont les moyens d’aider leurs dirigeants à mieux les diriger et que râler ne fera pas avancer le schmilblick. A tous : mon constat est que la maintenance d’une boîte humainement médiocre est beaucoup plus coûteuse et frustrante que la mise en place d’une entreprise où les employés sont fiers de leurs dirigeants et les dirigeants de leurs employés.

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

MD-D : En plusieurs mots… Ce qui me passionnera demain est ce qui me passionne depuis plus de 30 ans, la création d’entreprise, l’innovation et tous ceux qui… veulent aimer leur travail.

 

 

Merci Marylène

 

 

Merci Bertrand

 

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot

 

 

Le livre : Tout le monde veut aimer son travail, Marylène Delbourg-Delphis, Diateino, 2018.