Les personnalités toxiques hantent les couloirs de l’entreprise. Ca, on le savait ! En revanche, comment les repérer et surtout s’en protéger ne s’apprend pas sur les bancs de l’école. Patrice Ras nous offre un précieux petit guide, à l’usage des gens normaux que nous sommes, pour gérer ces prédateurs qui doivent l’être sous peine de faire beaucoup de dégâts. Nous l’avons interviewé. Écoutons-le nous prodiguer quelques enseignements.

 

 

Bonjour Patrice Ras, pourquoi avoir écrit ce livre… ?

Patrice Ras : Au départ, j’ai été contacté par un éditeur (Eyrolles) pour l’écrire. J’ai construit le plan du livre et rédigé un chapitre, amis, l’éditeur n’a pas donné suite..
Je me suis demandé ce que j’allais faire et j’ai décidé de finir le livre et de chercher un autre éditeur (j’en avais déjà 3 à l’époque). Finalement, c’est Studyrama qui l’a publié. Mais cette proposition n’était pas dûe au hasard, car j’ai été confronté toute ma vie à des gens et des relations toxiques. Ce livre m’a donc obligé et incité à faire le point sur ce sujet. En rédigeant le plan et le premier chapitre, je me suis d’ailleurs aperçu que j’avais beaucoup à dire sur la question….

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

P.R. : (La conclusion)

Les signes de relations toxiques sont : l’absence de liberté, de respect, de clarté et d’équilibre relationnel. Ce dernier critère est le plus important. Les prédateurs cherchent à profiter de vous, à prendre ou, mieux, à piller vos cinq ressources principales : votre
énergie ou votre travail, votre argent et vos biens matériels, votre temps, votre liberté et votre confiance en vous.
Les trois grands types de relations (toxiques ou non) sont la domination, la manipulation et l’influence. Ces trois types de relations ne sont pas nécessairement toxiques, mais leur déséquilibre, si. Aucune situation n’est toxique en soi, c’est le déséquilibre de la relation qui génère la toxicité, cela quelle que soit la relation, pourvu qu’elle soit une relation d’interdépendance et de rapport de force : patron salarié, professeur-élève, médecin-patient, parent-enfant, mari-femme, etc.
Les prédateurs sont de trois types : les loups-garous (dominateurs), les vampires (manipulateurs) et les sirènes (persuasives). Il existe
aussi des prédateurs mixtes, comme les pervers narcissiques, qui sont évidemment les plus destructeurs. En réalité, chaque prédateur « joue » plus ou moins de ces trois pôles.
Sur quoi reposent les relations toxiques ? Sur la pathologie (les prédateurs sont souvent des malades), l’immoralité (mensonge, malhonnêteté, infidélité, non-intégrité) et l’asocialité (refus des règles de la vie en société), sur l’agressivité et la violence (recours
à la force pour imposer ses désirs à autrui), la duplicité (double visage : doctor Jekyll et mister Hyde). Enfin, les prédateurs jouent
avec vous un jeu malsain de type chat (eux) et souris (vous).

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

P.R. : L’évolution de la société occidentale en général et française en particulier est totalement paradoxale : sur le plan juridique, les choses évoluent plutôt bien, puisque les droits des victimes sont de plus en plus reconnus et les prédateurs de mieux en mieux identifiés :
En France, les lois sur le harcèlement moral et le bien-être au travail constituent des avancées vraiment importantes. Les entreprises peuvent-être tenues responsables du mal-être de leurs salariés et doivent prévenir et remédier à ce mal-être. Dans les faits, les choses évoluent plutôt mal : le nombre d’agressions physiques et surtout verbales, les incivilités et le non-respect des biens et des personnes explose…
Ce qui est nouveau, c’est qu’une ligne rouge semble avoir été franchie : celle de la police, censée avoir le monopole de la violence légitime… Les violences policières se multiplient ainsi que les attaques sur les policiers en tous genres et même les pompiers ! La violence des uns répond à la violence et l’entretient. C’est la dynamique de l’escalade inhérente à tout conflit interindividuels ou collectif. Un climat malsain de guerre civile semble se développer en France…
Aux Etats-Unis, la violence a toujours fait partie de la société, puisque les armes y sont en vente libre, la délinquance y est endémique et les violences policières presque « normales » ou du moins banales (notamment sur les Afroaméricains) du fait de l’impunité des policiers… Mais le meurtre de Georges Floyd et les émeutes, ainsi que le mouvement Black Lives Matter pourraient bien changer les choses… Ce changement viendra donc d’en bas (le peuple) et non pas d’en haut. Ceci est d’autant plus évident que les politiciens sont extrêmement violents (verbalement) en particulier Donald Trump lors de la campagne électorale de 2020…

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

P.R. : Repérer, dénoncer et « interdire » la communication Klaxon (Tu…Tu…Tu …) c’est-à dire de parler SUR l’autre ou de laisser l’autre parler SUR vous (et non A vous) : « Tu es… Tu as fait ou pas fait… » etc. Car il s’agit toujours d’une tentative de manipulation (culpabiliser), d’agression (critiquer) et / ou de domination (imposer). D’ailleurs TOUS les conflits fonctionnent avec cette forme de communication toxique : quand quelqu’un est frustré ou blessé, il répond de façon … blessante en parlant SUR l’autre : « TU m’énerves ! » (au lieu de dire : JE suis énervé… que tu aies fait ceci… »). Ce petit détail change absolument TOUT dans la relation… Par ailleurs, je précise que cela n’a rien à voir avec le tutoiement, car la communication Klaxon se décline également au pluriel : « Vous… »

 

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

P.R. : L’ego. C’est la source de toutes les relations toxiques, de toutes les paroles toxiques, de toutes les attitudes toxiques, de tous les comportements toxiques et de tous les messages toxiques. L’ego, c’est aussi et surtout le contraire de l’Amour, comme l’ombre et la lumière. C’est ce parasite qui nous vampirise notre énergie. C’est notre part toxique. Enfin, c’est le thème de mon prochain livre…

L’influence : c’est la seule relation saine et claire, qui est malheureusement souvent confondue (à tort) avec la manipulation ou la pression (voire la domination). J’ai écrit un (petit) livre sur ce sujet pour remédier à cette confusion et combler cette lacune. L’influence EST la solution aux relations toxiques et c’est parce que les gens ne savent pas et n’osent pas influencer qu’ils manipulent, imposent ou agressent l’autre…
Merci Patrice

Merci Bertrand

 


Le livre : Les 50 règles d’or pour gérer les personnalités difficiles, Patrice Ras, Larousse, 2017