Les soft skills sont de plus en plus prisés en entreprise. Mais, ce n’est pas le tout d’en avoir, encore faut-il en prendre consciences et savoir aller les dénicher au fond de soi. Un cheminement que Christophe Deval nous conduit à faire, tout en douceur naturellement, dans son livre Soft Skills. Interview.

 

Bonjour Christophe, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Parce qu’on me l’a proposé lol. Après mon 2ème livre, j’avais dit que j’arrêtais mais pour les 3 suivants on m’a proposé de les écrire et j’ai dit oui. C’est un problème pour moi de dire non aux choses que j’ai envie de faire. Mais là, je pense que je vais m’arrêter un moment. Avec « Découvrir l’ACT » en 2018 j’ai fait la synthèse à destination des psys (mais pas que car c’est une collection grand public) de ce que j’ai appris ces dix dernières années et avec « Soft skills » je fais la synthèse pour le grand public de ce que j’ai appris et qui est scientifiquement validé sur les 10 dernières années. D’ailleurs, c’est une collection orientée boulot, mais ce sont les mêmes skills qui sont indispensables pour réussir dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle. Gérer ses pensées, ses émotions, être connecté à ses valeurs, faire preuve d’empathie et de sens de l’intérêt commun, nous en avons besoin dans toutes les sphères de notre vie.

Après ça tombe plutôt bien, car manifestement le thème des soft skills a l’air d’être à la mode vu le nombre de livres qui sortent sur le sujet, alors qu’il y a encore quelques mois il n’y avait quasiment rien. Le problème des modes est que ça crée des mots valises dont on ne sait pas très bien ce qu’ils veulent dire à la fin (on a eu leadership, talents et d’autres encore dans le même style). Donc j’essaie de clarifier le concept et de donner des clés pour en développer les différentes facettes. En plus, je ne regrette vraiment pas de l’avoir écrit car l’éditeur et la graphiste on fait un super travail et il est vraiment joli le bébé. D’habitude, quand je relis les épreuves je ne supporte plus le livre tandis que là j’y ai pris du plaisir. C’est un signe.

Sur le fond, je pense que le thème des soft skills ou compétences humaines (j’aime bien ce terme-là, vous allez comprendre pourquoi dans un instant) est crucial dans la période que nous vivons. Nous avons un cerveau extraordinaire qui a permis de créer le monde dans lequel nous vivons, avec toutes ces innovations et ces progrès, notamment technologiques. Le problème est qu’on est incapable de le gérer et que, si ça continue, on va tout foutre en l’air autour de nous. Quand on regarde, l’être humain a conquis toute la planète, on épuise toutes les ressources, on élimine petit à petit toutes les autres espèces. C’est la définition même d’un nuisible ! Nous pouvons être égoïstes, court-termistes, tribaux etc parce que nous avons encore un fonctionnement pas très différent de l’époque préhistorique. Et par ailleurs on peut être visionnaires, courageux, altruistes etc. C’est pourquoi nous avons besoin de passer durablement à une version 2.0 de nous-mêmes : altruistes, connectée à nos valeurs, conscients des impacts à long terme et pour les autres etc. Une sorte d’humanité augmentée. C’est à cela que j’essaie de contribuer avec ce livre et dans le programme à distance que j’ai développé autour du livre pour muscler les 10 soft skills clés.

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

C’est un encadré du dernier chapitre et le voici :

Le piège des traits de personnalité

Vous avez passé un questionnaire de personnalité et vous vous êtes dit : « c’est tellement vrai ! ». Et bien, c’est le signe qu’il faut rester sur vos gardes. Si vous avez cette impression de révélation et de concordance avec la réalité, c’est que cela colle parfaitement avec le fonctionnement de notre cerveau qui cherche à mettre la réalité dans des catégories distinctes et étanches. Quand on lui en fournit, il est content : tout devient clair, simple, intelligible.

Mais tout cela est une fiction. Ce qu’on appelle personnalité, c’est juste un ensemble de réactions qui a tendance à se produire de manière plus fréquente. Mais c’est justement ça qui est important : plus fréquent, cela veut dire pas tout le temps.

Plutôt que de considérer que vous « êtes » introverti, ou seulement « plutôt » introverti (ce qui n’explique pas pourquoi parfois vous l’êtes et parfois non), il s’agit de voir dans quels contextes vous êtes introverti ou extraverti : dans quelles circonstances ? Avec quelle intention ou au nom de quoi ? Avec quel résultat ?

C’est la clé pour être plus que ce que vous croyez être. Car vous êtes bien plus que des étiquettes qui prétendent vous décrire. Vous avez à votre disposition une palette de comportements beaucoup plus vaste que ce que ces traits de personnalité laissent entendre.

 

Ça me ressemble beaucoup et ça représente bien ce que j’essaie de faire dans mon travail. J’aime cette idée de devenir sans cesse plus que ce l’on est ou ce que l’on pense être. Pour moi la notion de personnalité (avec tous les tests et questionnaires qui vont avec), c’est comme l’estime de soi : une immense arnaque. Ça fait partie des concepts qui nous enferment, nous rapetissent alors qu’on peut être tellement plus que ce qu’on s’autorise.  Devenir plus complexe, je pense vraiment que c’est notre avenir, à titre individuel et au niveau de collectif. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas ce qu’on est, c’est ce qu’on peut devenir.

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Quand on regarde l’évolution du vivant, selon les théories de l’évolution, on va vers des niveaux croissants de complexité. On a eu les cellules, les organismes pluricellulaires, puis le niveau de la société et des nations. Ce qu’on voit émerger depuis quelques années c’est la nécessité d’un niveau mondial, qui n’annule pas les autres (il y aura toujours des cellules, des individus et des nations) mais qui le complète. On le voit avec le covid qui touche toute la planète en même temps, avec le réchauffement climatique et aussi avec le mouvement « black lives matter ». Cette conscience et organisation mondiale, on en a cruellement besoin si on veut survivre à moyen terme. En même temps, je ne sais pas trop si cela émerge ou si c’est juste un phénomène passager. Je ne suis pas très confiant sur notre capacité à évoluer en tant qu’espèce tant que nous ne sommes pas le couteau sous la gorge. Dès que la menace s’éloigne, nous avons tendance à reprendre bien vite nos petites habitudes. Un exemple bête de notre difficulté à changer : je vois chez mes clients, qui s’étaient fait au télétravail, que, comme cela va mieux sur le front sanitaire, demandent à tout le monde de revenir au bureau comme avant. Bon, mon exemple est totalement hors sujet mais cela illustre notre difficulté à changer durablement.

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

De changer une seule petite chose, dans le sens de ce qui est important pour soi et pour les autres. Lorsqu’on change quelque chose, on impacte en moyenne 6 personnes, qui vont-elles-mêmes changer quelque chose en réaction et toucher chacune 6 personnes. Un peu comme une vaguelette qui se répand quand on jette une pierre sur un étang. On pense souvent que le changement, c’est un virage à 90°. Parfois ça l’est (en réaction à un choc externe en général) mais le plus souvent c’est de changer de 1° la direction, ce qui fait que 10 ans plus tard on atterrit à un endroit complètement différent. Je me dis que si chacun d’entre nous change une petite chose dans le sens du bien collectif, on aura fait bouger le centre de gravité de la planète.

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

Ah il faut faire de la voyance maintenant. Honnêtement, je n’en sais rien du tout. Comme je le disais au tout début, c’est la fin d’un cycle pour moi (au niveau pro et au niveau perso d’ailleurs). Donc je suis dans cette période étrange où les choses sortent de ma vie mais où ma nouvelle vie ne prend pas encore vraiment forme. J’utilise souvent cette métaphore en ce moment : pour changer de vêtement, il faut bien se retrouver à poil à un moment. Bon et bien j’en suis là. Ce n’est pas spécialement confortable et même assez effrayant, mais c’est aussi assez stimulant. Souvent on reste dans ce qu’on a connu, justement pour ne pas traverser cette période de vide et de vulnérabilité. Donc j’essaie. Et on verra bien. Je suis en tout cas impatient de découvrir mes prochaines passions.

 

Merci Christophe,

 

Merci Bertrand

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot | Conseiller | Auteur | Speaker | Enseignant | Blogueur

 

Le livre, Soft Skills : 10 séances d’autocoaching pour cultiver ses talents, Christophe Deval, Vuibert, 2020.