Le secteur de l’immobilier indirect se portait encore très bien quelques heures avant la crise du Covid. La mauvaise passe qu’il s’apprête à traverser ne doit pas occulter le fait qu’il court un danger bien plus grand. Sans le réaliser, la France est en train d’apporter sur un plateau d’argent à la Chine, le cheval de Troie qui lui permettra de posséder un jour tout Paris. La profession se doit de réagir.

Un pêché tellement français

La pierre-papier ne s’est jamais aussi bien portée. La capitalisation progresse. Le secteur enregistre des performances record. Si bien que les acteurs du secteur pourraient s’endormir sur leurs lauriers. Mais surtout, commettre un crime très français, celui de raisonner à l’échelle nationale en oubliant le reste du monde.

Le monde change. Son centre de gravité, économique du moins, se déplace peu à peu de l’ouest vers l’est. La croissance mondiale n’est plus tirée par la vieille Europe et les Etats-Unis semblent avoir renoncé à une forme de leadership tel que nous l’avons connu depuis l’après-guerre.

Et si l’avenir de la pierre-papier était en Chine

La question peut paraître folle. Mais le sage est parfois celui qui pose les bonnes questions. Dix éléments au moins permettent de répondre par l’affirmative.

1.    La Chine est le pays doté de la plus grosse épargne mondiale. Ses citoyens ont donc de quoi investir massivement.

2.    Contrairement au Japon, devenu riche avant de devenir vieux, l’Empire du milieu est devenu riche alors qu’il était déjà vieux. Le pays est donc le réservoir d’une population toute désignée pour investir dans l’immobilier indirect.

3.    La politique de l’enfant unique a donné naissance à une société dans laquelle une jeune personne est forcément choyée par six adultes : ses parents et ses quatre grands-parents. Elle a surtout créé un contexte dans lequel des centaines de millions d’enfants uniques vont par conséquent devenir les uniques légataires testamentaires de la richesse engrangée par leurs parents, qui ont sué toute leur vie pour se créer un capital. Un argent qu’il faudra bien placer un jour.

4.    Les Chinois, qui n’hésitent pas à rappeler qu’ils étaient encore, il n’y a pas si longtemps, des paysans, ont traditionnellement thésaurisé. A présent, la jeune génération est entrée dans une phase de consommation effrénée mais qui laissera sans doute un jour place à une phase de placement.

5.    Les Chinois n’ont pas une confiance absolue en leur Etat et n’hésitent pas à placer leur argent hors des frontières du pays dès qu’ils le peuvent.

6.    L’image de l’immobilier est désastreuse en Chine puisque la démographie galopante engendre une urbanisation trop rapide conduisant à de véritables désastres. A titre d’exemple, en 2009 à Shanghai, une barre entière d’un immeuble en construction sur le point d’être livré, s’est renversée en avant. Les projets urbains menés par l’Etat peuvent quant à eux devenir des échecs retentissants, comme la ville de Kangbashi, construite à partir de zéro au cœur de la Mongolie pour accueillir une population d’un million d’habitants d’ici 2023. Une population qui ne s’y installera pas, ce qui a conduit le gouvernement chinois à revoir ses projections à 300 000 habitants, pour cette ville fantôme comme tant d’autres en Chine, comprenant désormais des quartiers entiers de gratte-ciels entièrement vides, de bâtiments administratifs désertés, de silences angoissants.

7.    Le concept de pierre-papier est encore parfaitement inconnu en Chine.

8.    L’image de la France et de Paris en particulier est très bonne auprès de la classe chinoise montante.

9.    La consommation chinoise est volontiers ostentatoire. Il s’agit de montrer que l’on a réussi, d’afficher des signes de richesse.

10. Pouvoir devenir propriétaire de biens immobiliers à Paris est, pour un Chinois, un rêve qu’il n’a pas encore eu, car son imagination ne lui a pas permis de deviner qu’en France, une profession tout entière a mis sur pied une formidable machine à permettre de devenir propriétaire des plus beaux biens, même avec peu d’argent, même sans jamais les visiter.

Agir ou subir, il faut… réagir

Pour l’heure, la profession se satisfait de ses résultats nationaux. Quelques start-up s’acharnent à tenter de disrupter le secteur qu’elles jugent poussiéreux en effectuant de la collecte en ligne. Mais au fond, tout va bien. Pourquoi s’aventurer dans des projets lointains ?

Certes, aborder le marché chinois est un sujet complexe. Mais les Chinois sont opportunistes et rapides. Qui nous dit qu’un jour, le dirigeant visionnaire d’une SCPI française ne prendra pas son bâton de pèlerin pour aller expliquer le concept de la pierre-papier en Chine ? Qui nous dit que des jeunes Français qui ne croient plus à la France, comme il y en a tant, n’iront pas créer leur société en Chine comme cela se fait de plus en plus, pour vendre de l’immobilier indirect aux Chinois ?

Nous connaissons les Chinois. Ils feront mine de ne pas comprendre tout en écoutant. Puis ils feront une alliance discrète avec une SCPI française plus audacieuse que les autres, ou tout simplement nouvelle, pour commercialiser des mètres carrés parisiens à une Chine avide de prestige. Pour commencer, un quartier de la capitale, ou un espace du futur Grand Paris deviendra peu à peu la propriété de Chinois, jamais sortis de leur pays, puis un second, puis un troisième.

Le phénomène sera suffisamment discret, souterrain, progressif et masqué par la poussière que les grands projets urbains ne manquent pas de faire, tant en politique, qu’en économie ou dans les médias, pour que le gouvernement d’alors le perçoive, tandis qu’il est peut-être déjà trop tard.

Mais au fait, parlez-vous chinois ? Savez-vous par exemple, comment pourrait être traduit pierre-papier en mandarin ? Peut-être que les deux trois jeunes diplômés que vous avez envoyés à Shenzhen ou Hong Kong  pour y ouvrir le bureau chinois de votre SCPI afin d’explorer les opportunités commerciales, le savent ? A moins que vous ne préfériez qu’un algorithme chinois, soutenu par le pays le plus en pointe au monde en termes d’intelligence artificielle, se charge de lire, de comprendre et de traduire cet article, afin de faire remonter l’idée à ceux qui demain rachèteront votre entreprise après avoir racheté Paris?