Toute entreprise finit par créer des silos et même parfois par développer différentes cultures internes. Ce qui complexifie la conduite de projets de grande envergure nécessitant le concours de plusieurs métiers. La clé du succès est alors de redonner à toutes les entités d’une même entreprise, un vocabulaire, un langage et une méthode de lecture commune. Amazon y est parvenu, non sans une certaine dose d’autoritarisme.

 

L’apparition de silos au sein d’une entreprise, arrivée à une certaine maturité ou ayant atteint une certaine taille, semble être une fatalité. La coexistence de différentes cultures au sein d’une même entreprise rend difficile la réalisation de projets transverses, la résolution de problèmes complexes ou l’avancée à l’unisson dans une même direction, dés lors que différentes entités, dotées de cultures distinctes, sont concernées.

A comme Autorité

Jeff Bezos, le fondateur et PDG d’Amazon, a pris ce problème à bras le corps afin d’introduire de la transparence au sein de sa société, d’instaurer un vocabulaire commun, de déployer des outils et des process homogènes.

Steve Yegge, l’un des dirigeants de la firme de Seatle, à qui Jeff Bezos confia le soin d’apprendre à tous les salariés à communiquer entre eux en utilisant des « services interfaces, autrement dit des interfaces de communication interne, conçues pour être claires, compréhensibles et utilisables par n’importe qui (salariés, fournisseurs ou partenaires externes).

B comme Bezos

L’idée centrale étant que chaque collègue traite chaque autre, quel-qu’il soit, comme s’il était un client de l’entreprise. La volonté de Jeff Bezos fut parfaitement bien traduite dans ce que les salariés de la société appellent désormais la Yegge Rant (déclaration de Yegge). Si l’idée est séduisante sur le papier et remplie de logique, sa mise en oeuvre fut notamment facilité par l’un des sept principes de ladite déclaration :

 

  1. Toute les équipes rendront désormais publique toutes leurs données et leurs fonctionnalités à travers les services interfaces
  2. Les équipes doivent communiquer entre elles à travers ces services interfaces
  3. Aucun autre mode de communication entre les équipes n’est désormais autorisé : ni relation directe, ni accès directs aux données d’une autres entités, ni dossiers partagés, ni portes secrètes…
  4. Peu importe la technologie utilisée pour développer les services interface (HTTP, Corba, Pubsub, développements sur mesure… Jeff Bezos s’en moque.
  5. Tous les services interfaces doivent être conçus pour pouvoir être ouverts à termes vers l’extérieur et donc devenir accessibles à n’importe quel développeurs du monde, sans exception.
  6. Quiconque ne suit pas ces règles, sera viré.
  7. Merci et bonne journée.

C comme Cloud

Il en ressorti le besoin d’aligner tout ce petit monde autour de mêmes protocoles, faisant d’Amazon un vaste espace de données accessibles à tous au sein de l’entreprise. C’est l’intuition d’un autre dirigeant d’Amazon, Andrew Jassy, qui conduisit Amazon à ouvrir cet environnement à l’externe  et qui constitua le point de départ d’un des plus beaux succès d’Amazon : Amazon Web Service, l’offre cloud de la firme. Un espace de stockage de données largement plus important que celui de ses concurrents réunis.

 

Des données bien obéissantes sont désormais bien rangées dans le cloud d’Amazon. Mais les salariés des entreprises clientes d’Amazon, qui utilisent son cloud, pourront-elles compter sur une telle diligence de leurs collaborateurs ? Après les lettres A, B et C, la lettre D devra-t-elle est associée à désordre, à discipline, à désaffection, à démobilisation, à dépendance, à démolition, à défense, à défiance…