Juin 2058, la révolution écologique et humaniste bat son plein. Le monde s’est enfin métamorphosé grâce-à des start-up comme VerdiCity, entreprise florissante qui transforme les parkings en jardins potagers partagés. Sa fondatrice Olivia discute avec les autres lauréats du « Grand prix de l’entrepreneur vivant ». Ensemble, autour du feu, ils se questionnent sur le management, le sens du travail et la transition écologique. Ceci forme le décor du livre L’odyssée des vivants, de Louise Broaweys que nous avons interviewée.

 

 

 

Bonjour Louise Broaweys, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Pour de nombreuses raisons dont chacune pourrait se suffire à elle-même !

 

Parce que je crois en la force du collectif pour vivre nos métamorphoses.

 

Parce que je souhaite offrir un récit de la transition écologique qui soit optimiste, joyeux, enthousiasmant.

 

Parce qu’il me tient à coeur de partager ce que j’ai eu la joie de vivre moi-même : ces beaux cercles d’écoute, de partage, de résonances.

 

Parce que je crois en la force de la connexion à soi, à ses émotions, à ses joies et ses colères pour mettre du vent dans ses propres voiles et agir, et allumer d’autres foyers autour de soi.

 

Parce que j’aime écrire, j’aime le vivant, j’aime mon métier de facilitatrice et accompagnatrice dans les entreprises et que j’ai eu cette occasion merveilleuse de rassembler ces différentes passions dans un seul projet : une fable managériale qui montre qu’un chemin est possible pour faire bouger nos consciences, nos ombres et nos collectifs. Avec amour et détermination !

A l’heure du confinement à cause du corona-virus, alors que j’écris ces quelques lignes, je me dis aussi que L’Odyssée des Vivants est finalement peut-être tout simplement « L’odyssée des survivants au corona-virus » ! Cette épreuve collective est le moment où jamais pour questionner notre rapport au monde. C’est le moment de célébrer la diversité qui nous permet de résister, de reconnaître que la vie est miraculeuse, terrifiante, fragile. C’est le moment de placer nos valeurs dans l’immanence du monde vivant et les liens qui rendent nos vies vivables, de comprendre que ce n’est pas seulement la Terre qui est empoisonnée mais la fabrique de nos collectifs.

 

Je citerais aussi la préface de Benoit Halgand, étudiant à l’École polytechnique, Membre du collectif « Pour un Réveil Écologique », et qui résume très bien mon intention en écrivant ce livre : « Pour ne pas sombrer dans le fatalisme du Business as usual, nous avons besoin de la force de notre imagination. Nous avons besoin de nouveaux récits pour donner corps à la transition qui, pour l’instant, se caractérise trop souvent par un flou indéterminé. Nous avons besoin d’être portés par une histoire inspirante et motivante. Nous avons besoin de créer un imaginaire collectif qui fait garder espoir en l’homme et nous aide à construire le monde de demain. C’est ce que fait L’Odyssée des vivants. »

 

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

« Je suis née en 1992, dans un monde anxiogène et pollué, un monde qui reculait devant la transition, un monde incohérent et révoltant, au sein duquel les émotions, le travail sur soi et l’entraide, sinon tabous, étaient mis de côté. Et j’ai vu, au début de ma carrière, dans les années 2020, la société basculer lentement, avec toute la force que nous lui prêtions, vers un rapport au monde davantage centré sur le respect et la coopération. J’ai été témoin de ce passage. Ou devrais-je dire : cette époque m’a prise comme témoin. Je sais que pour vous, ce ne sont peut-être que des mots, un passé impalpable, caduque et difficile à imaginer, mais j’ai expérimenté cette aridité, puis la lente transition, et ce que le vivant signifie maintenant pour nous tous, dans nos vies professionnelles et familiales, collectives et intimes. J’ai connu le vivant en soi et la culture du jardin intérieur. Le vivant qui ancre la qualité de nos liens et de notre espace social, celui de la rencontre. Le vivant qui nous entoure, qui nous parle dans sa langue exubérante et végétale, le vivant du sol, du paysage, du jardin partagé.

 

Les premiers mois de ma vie professionnelle furent décisifs, dans la mesure où sans eux, je ne serais pas devenue la femme que je suis aujourd’hui. Je savais que je ne récolterai pas les fruits de mes intentions, mais les fruits des moyens que je me donnerai. « Au lieu de subir, choisis ! », me disait une petite voix que je tenais de ma mère. Depuis, j’ai souvent repensé à cette période (j’avais à peine trente ans, vous savez !) et je me suis demandée : « Mais qu’est-ce qui m’a pris ? D’où est venue cette énergie mystérieuse, cette puissance, ce sentiment d’urgence qui m’habitait continuellement ? »

 

J’en ai conclu qu’à ce point précis de mon existence, je m’étais engagée dans cette voie grâce aux rencontres que j’avais faites. Je leur dois immensément, elles m’ont permis de « laisser passer la lumière ». Je songe souvent aux personnes qui m’ont tendu la main avec une générosité à couper le souffle. À ceux qui m’ont aidé à m’aligner et à révéler ce qui pouvait l’être. À ceux qui ont vu en moi un papillon, alors que je n’étais encore qu’une chenille. À ceux qui se sont laissés eux-mêmes regarder comme papillons. À ceux qui m’ont aidé à accueillir les émotions et les laisser bourgeonner, à écouter mes intuitions, à en récolter les fruits.

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

Je m’inspire de nombreuses disciplines et éthiques qui me permettent de naviguer entre les « trois écologies » : le lien à soi, le lien aux autres, le lien à la nature. Je crois que nous ne pouvons pas considérer ces trois liens les uns indépendamment des autres. Tout est lié.

 

Voilà quelques uns des sujets d’étude qui me tiennent le plus à coeur dans mon métier et dans mon quotidien :

 

La responsabilité d’entreprise (RSE)
Le travail qui relie
La communication non violente
La permaculture
La facilitation
l’éco-féminisme
L’éco-psychologie
Les pédagogies actives aussi appelée les éducations alternatives
La gouvernance organique

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

De ne jamais donner de conseil !

Ou bien simplement, s’il faut vraiment donner un conseil, de ne jamais oublier cette phrase de Joanna Macy : « Maintenant, à l’heure de l’effondrement, nous vivons le moment le plus délicieux. Nous devons tous tomber amoureux. Tomber amoureux de ce qui est. Et ce qui est est merveilleux. »

J’adore cette phrase, elle est cousue sous ma peau.

D’ailleurs, il y a une autre phrase que j’aime beaucoup, et qui est cousue sous ma peau aussi (au niveau de l’autre poignet!) : « Le plaisir est aussi une production ». C’est une citation de Bill Mollison, l’un des deux fondateurs de la permaculture.

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

Je suis en train d’écrire mon nouveau roman. Je profite du confinement pour écrire une heure ou deux chaque jour, pendant la sieste de mon fils.

 

Le premier, intitulé La Dislocation, sortira en août 2020 chez HarperCollins.)

 

Dans ce nouveau roman, j’explore des sujets passionnants comme la magie, les cercles de sorcières aux Etats Unis et le survivalisme…

 

Je vous en livre un extrait !

 

« Depuis que j’avais appris comme Dennis avait agi en ma faveur, j’avais acquis une confiance nouvelle. J’avais même un peu plus d’énergie pour aller au travail, avancer sur mes dossiers et même assurer quelques animations chez les clients : j’organisais des cercles d’écoute active, des rituels, des groupes de prise de conscience ou de partage de sentiments, des prises de décisions consensuelles. Je n’avais pas vraiment perdu la main. Je savais bien qu’on me refilait les projets les plus ésotériques, mais finalement cela me plaisait assez. Les moments que je vivais avec mes clients étaient émouvants, et parfois même tout à fait comique. L’humour créait du lien, j’en étais certaine. J’avais même organisé une danse du bannissement, en l’honneur de Starhawk, mon idole. Je demandais aux personnes du groupe de se déplacer dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et de hurler les phrases qui les avaient rendues impuissantes. Le groupe reprenaient ensuite ces phrases haut et fort, les unes après les autres : « je suis la gentille fille qui doit plaire à tout le monde, les garçons ne pleurent pas, je ne dois pas me plaindre, tu n’es capable de rien, tu n’écoutes jamais… » C’était incroyablement libérateur. »

 

 

Merci beaucoup, Louise.

Merci Bertrand

Le livre : L’odyssée des vivants, Louise Broaweys, Editions Diateino, 2020.